Les anti-ours pyrénéens et les anti-loups alpins se sont
retrouvés vendredi soir à la salle polyvalente de Serres-sur-Arget
autour d'un thème commun : « La problématique des
grands prédateurs ». L'ASPAP (Association de sauvegarde
du patrimoine Ariège -Pyrénées) avait invité
les éleveurs de brebis des Alpes ; ceux-ci ont répondu
présent avec, à leur tête, Joseph Jouffrey, président
de la fédération ovine des Hautes-Alpes et Pierre- Yves
Motte, président de la chambre d'agriculture de ce même
département.
Des contacts téléphoniques
nombreux avaient été pris à la fin de l'été
et c'est à l'occasion de son assemblée générale
que l'ASPAP avait songé à cette invitation afin de resserrer
concrètement des liens déjà très évidents.
« Quoi qu'il advienne, disait Joseph Jouffrey, nous sommes amenés
à travailler ensemble. On peut nous appeler comme on veut (NDLR
: allusion aux qualificatifs choisis par Nelly Olin) mais on sait
réfléchir. L'opinion est en train de se retourner. Quand
les ours approchent trop des villes, on les enlève
»
Le président de la fédération ovine voit là
une faille dans l'argumentaire adverse. Les anti-loups comme les anti-ours
sont en tout cas d'accord sur une chose : ils ne veulent pas laisser
le champ libre aux associations qui prônent la réintroduction
des grands prédateurs. « Si on laisse faire, déclare
Stéphane Lessieux de l'ASPAP, les éleveurs des Alpes
vont bientôt se retrouver eux aussi avec des ours, et nous avec
des loups. Nous allons nous unir pour faire contrepoids et profiter
de la campagne électorale pour présenter notre réflexion.
Nous allons solliciter les candidats pour leur demander de se positionner.
»
La rencontre de
Serres préfigure aussi un plus large mouvement. Les éleveurs
pyrénéens se rendront dans les Alpes, à Gap, début
2007. La délégation ne devrait pas être seule puisqu'il
est question de rassembler les pays voisins. Les Pyrénéens
viendront avec des Espagnols dans leurs rangs ; les Suisses et les Italiens
devraient également être de la partie. L'élargissement
ne s'arrête pas là : les éleveurs sont aussi en
contact avec des scientifiques parisiens du réseau Pro
NaturA-France, notamment Jean-Pierre Digard, directeur de recherche
au CNRS qui s'est penché sur les comportements anthropomorphistes
vis-à-vis des animaux et la « zoophilie militante
».L'homme passerait au second plan si l'on suivait un
raisonnement extrémiste. La question est évoquée
dans le livre : « L'ours, les raisons de la colère
» (1) qui a été
lancé lors de la réunion de Serres, un chapitre est d'ailleurs
consacré aux travaux de J.P.Digard. Tout cela devrait déboucher
prochainement sur un colloque ; les « antis », c'est sûr,
ne vont pas s'en laisser conter.
Source
: La
Dépêche du Midi du 11 décembre 2006
(1)
- Il s'agit du texte imprimé de Violaine Bérot "Pourquoi
dire non à la réintroduction"