Longtemps site symbolique de la lutte contre le tunnel
du Somport, l'ancienne gare de Cette-Eygun, occupée par les membres
de l'association La Goutte d'eau, a été évacuée
hier
Elle semblait inéluctable depuis l'épuisement de tous
les recours en justice et elle a bien eu lieu dans la journée
d'hier. L'évacuation de la Goutte d'Eau, nom donné dans
les années 80 à l'ancienne gare de Lescun/Cette-Eygun,
s'est déroulée dans le calme. « Les huissiers
de justice nous ont demandé de venir car ils craignaient une
forte mobilisation, mais tout se passe bien », affirmait en
milieu de matinée le capitaine Desangles, adjoint au commandant
de compagnie de gendarmerie d'Oloron, présent sur les lieux depuis
8 h 30 avec une douzaine d'hommes.
Mandatés par Réseau Ferré de France (RFF), propriétaire
de la gare, Me Serge Mayoroff et Me Pierre-Yves Le Clézio, huissiers
de justice associés à Oloron, ont demandé à
la quinzaine d'occupants de la gare de vider les lieux. A contrecoeur,
les résidents ont obtempéré sans se presser. «
Ca ne sert à rien de résister. Mais regardez la date :
ils nous expulsent juste avant le 1er novembre à partir duquel
les expulsions sont interdites pour tout l'hiver. Résultat, une
femme enceinte va dormir dehors. Grâce aux forces de l'ordre !
» fulminait Haroun. « On nous a donné la matinée
pour tout évacuer. Or, il y a ici des gens qui n'ont pas un sou
mais qui ont accumulé beaucoup d'affaires au fil des ans. Ils
sont obligés de partir. Qu'est ce qu'ils vont en faire ? La Goutte
d'Eau a toujours été un lieu qui accueillait les gens
dans la m... » poursuivait le jeune homme, tout en aidant
ses camarades à vider la bâtiment. « Nous, on
n'est pas d'ici. On est arrivés de Bordeaux hier, pour empêcher
cette expulsion, renchérissait Jérôme. Mais on a
vu ici des gens qui s'exprimaient artistiquement, sans rien demander
à personne. Ils vont être obligés d'aller sur Pau
et de traîner. Comment voulez-vous qu'ils s'expriment dans la
rue ? ».
Serrurier, déménageurs et maçons.
Faisant fi de ces observations et ignorant quelques invectives et cris
de colère, les huissiers ont demandé aux résidents
- qui n'étaient pas des squatters car au départ, l'occupation
faisait l'objet d'un accord entre Réseau Ferré de France
et La Goutte d'Eau - de porter leurs affaires à l'extérieur
du périmètre de la gare. Une équipe de déménageurs,
invitée par les huissiers, était également sur
place pour vider le reste. Quant au serrurier qui s'est déplacé,
toujours à la demande des huissiers, il n'a pas eu à intervenir.
Contrairement à l'entreprise du bâtiment Bordatto d'Oloron
qui est arrivée vers 11 heures et qui est de suite entrée
en action.
Sans aller jusqu'à murer le bâtiment, les maçons
ont bien oeuvré pour tenter d'empêcher une réoccupation
immédiate. A l'aide de pieds de biche, les trois hommes ont en
effet procédé à l'enlèvement de toutes les
portes et de toutes les fenêtres de l'ancienne gare. Désormais
ouverte à tous les vents, la bâtisse paraît inhabitable.
Reste à savoir ce que feront ses anciens occupants, peu prolixes
sur le sujet hier matin. Toujours est-il que l'évacuation s'est
terminée sans incident, hier après-midi vers 16 heures.
Les motivations des derniers occupants de La Goutte d'Eau n'étaient
plus les mêmes, mais une longue page de l'histoire mouvementée
de la lutte contre le tunnel du Somport s'est tournée ce mardi
25 octobre 2005.
Auteur
: Marcel Bedaxagar
Source : Sud-Ouest
du 26 octobre 2005