Très menacés, les ours, loups et lynx européens
ont pu être largement préservés, voire réintroduits
dans certains pays, grâce à la Convention de Berne qui
célèbre mardi à Strasbourg son 25è anniversaire.
"Cette convention a établi la première liste d'espèces
protégées pour toute l'Europe à une époque
où très peu de pays avaient leur propre liste",
explique Eladio Fernandez Galiano, chef de la division du patrimoine
naturel et de la diversité biologique du Conseil de l'Europe.
25 ans après
son adoption, la Convention de Berne a été ratifiée
par la Communauté européenne et 44 pays, soit la plupart
des 46 pays membres du Conseil, à l'exception notable de la Russie,
auxquels sont venus s'ajouter quatre pays africains (Tunisie, Maroc,
Sénégal et Burkina Faso).
En établissant
des bases minima de conservation des espèces de faune et de flore
menacées pour toute l'Europe, largement reprises dans la directive
"Habitat" de l'Union européenne en 1992, la Convention
de Berne a donné un coup de frein à la disparition progressive
d'oiseaux ou de grands carnassiers, à la fois victimes des chasseurs
et d'une destruction de leur habitat traditionnel.
Objet de peurs
ancestrales, le loup, tout comme l'ours, avait pratiquement disparu
il y a 25 ans de plusieurs pays d'Europe occidentale comme la France,
la Suisse, l'Allemagne ou la Norvège. Les politiques de protection
ont "permis de faire à nouveau accepter ces espèces,
notamment en France, même si des problèmes de cohabitation
avec l'Homme subsistent", relève M. Fernandez Galiano.
Alors que 2.000
à 2.500 loups vivent aujourd'hui, sans trop de problèmes,
en Espagne où l'espèce n'a jamais disparu, et que 500
subsistent en Italie, les autorités françaises ont décidé
l'abattage, dès cette année, de quatre des 55 à
60 loups répertoriés en France où les meutes commencent
à peine à se reconstituer, grâce à des apports
italiens.
Sur les 8.000 à 10.000 ours bruns recensés aujourd'hui
en Europe (hors Russie), la plupart vivent en Roumanie où on
en chasse environ 600 par an, tandis que l'Italie et l'Espagne s'efforcent,
tant bien que mal, de maintenir leurs populations à une centaine
de têtes.
Dans les Pyrénées
françaises où les ours ont été réintroduits
à partir de Croatie et de Slovénie, ils ne sont guère
plus d'une dizaine aujourd'hui, confrontés à de fortes
pressions touristiques dans leur zones traditionnelles d'habitat. "L'ours
a en effet besoin d'espace et de calme, ce qui est souvent loin d'être
le cas à côté d'une station de ski",
note M. Fernandez Galiano. La dernière ourse de souche pyrénéenne
en France a été abattue début novembre par un chasseur,
causant la consternation des militants pour la survie des plantigrades.
Un peu moins menacés
que les loups et les ours, les lynx, à l'exception du lynx ibérique,
dont il ne reste plus que 130 exemplaires, ont eux aussi recolonisé
ces dernières années plusieurs pays, notamment la Suisse
et la France, à partir de l'Europe centrale, et surtout des Carpathes
où ils subsistent en grand nombre.
La Convention de Berne a également permis de sauver des espèces
moins emblématiques, mais tout aussi importantes pour la biodiversité,
comme l'outarde barbue, un oiseau échassier autrefois très
prisé des chasseurs, une variété rare de rouge-gorge
ou encore une orchidée poussant dans les Alpes.
Le nombre de zones
protégées en Europe a été multiplié
par 20 ou 30 au cours des 25 dernières années. "La
nature a grandi en importance publique, elle est devenue un atout touristique"
reconnait M. Fernandez Galiano pour qui la prochaine étape devrait
être de "protéger la nature hors des zones protégées",
grâce une meilleure intégration de la protection de l'environnement
dans les politiques agricoles, routières ou industrielles.
Source
: AFP
/ Courrier international du 30 novembre 2004