Les membres de l'expédition botanique pyrénéenne
"Candolle 2007" qui étaient partis l'été
dernier sur les traces du botaniste suisse Augustin
Pyramus de Candolle chargé par Napoléon 1er en
1807 de dresser un inventaire complet de la flore pyrénéenne,
ont dressé mardi à Toulouse un premier bilan scientifique
de leur expédition.
Composée
de cinq scientifiques et de leurs accompagnateurs, cette expédition
avait sillonné d'est en ouest pendant 70 jours toute la chaîne
pyrénéenne.
"A deux
siècles de distance mais en nous basant sur les carnets de Pyramus
de Candolle, conservés à la bibliothèque du Conservatoire
de Genève, nous avons marché dans les mêmes délais
et surtout sur les traces exactes de ce botaniste contemporain de Cuvier",
a expliqué mardi à Reuters Alain Félix, organisateur
de cette expédition.
"Le premier
enseignement, c'est que cette chaîne montagneuse a beaucoup évolué
en deux siècles. Des zones entières ont été
désertées par l'homme et regagnées par les bois.
Des villages ont disparu, des mines ou carrières ont été
abandonnées. Le pastoralisme a lui aussi cédé du
terrain. L'aménagement de zones touristiques de grande ampleur
a eu aussi des impacts importants. Victime, en plus, du réchauffement
climatique, la flore a été modifiée",
ajoute Alain Félix.
" Pour
survivre, quand elle y parvient, la flore se rapproche des zones maritimes
qui bordent cette montagne ou change d'altitude. Au centre du massif,
des centaines de sources sont en train de se tarir et des glaciers disparaissent",
a expliqué de son côté Miguel Néau, herboriste
membre de cette expédition pilotée par le Conservatoire
botanique des Pyrénées.
"Nous avons
référencé 1.808 espèces, dont toutes celles
qu'avait répertoriées Pyramus de Candolle, a t-il ajouté.
Mais certaines sont de plus en plus rares, et surtout, d'autres espèces
nouvelles sont de plus en plus invasives".
L'ASTER DES
PYRENEES MENACÉ
"L'Aster
des Pyrénées, par exemple, est de plus en plus menacé.
Cette fleur violette unique au monde et que l'on ne trouve que sur une
dizaine de sites pyrénéens, disparait inexorablement malgré
les mesures de sauvegarde", a t-il dit.
"En revanche,
la Séneçon du Cap est en train d'envahir des zones entières
de la montagne en menaçant le reste de la flore. C'est une marguerite
jaune qui avait été accidentellement importée dans
les peaux de moutons d'Afrique du Sud transitant par la montagne après
déchargement en Espagne. Cette fleur est toxique pour le bétail",
a dit encore Miguel Néau.
"Une autre
fleur, l'-arbre à papillon-, est en train d'envahir les rives
des cours d'eau qu'elle remonte en chassant la flore locale. C'est une
fleur violette en grappes qui ne poussait jusqu'au 19' siècle
que dans les potagers de la plaine", a-t-il noté.
"Mais tout
n'est pas désespéré. L'homme et la flore ne sont
pas définitivement chassés des Pyrénées",
ont conclu les membres de cette expédition avant de se rappeler,
émus, ce village des Pyrénées-Orientales, Belloc,
traversé au début de leur périple.
"Dans ses
carnets, précise Alain Félix, Pyramus de Candolle décrivait
une église, des fabriques, des prairies, du bétail, des
maisons et plus de 200 âmes à l'année. Nous n'avons
retrouvé qu'une chapelle grignotée par une immense forêt".
Auteur
: Nicolas Fichot
Source
: Reuters
du 29/01/2008