Ah, les joies du ski en peaux de phoques et des raquettes, l'ivresse
des grands espaces blancs! A la recherche d'air pur, de défoulement
hebdomadaire ou d'un retour à la nature, les randonneurs prennent
d'assaut les pentes enneigées du Jura bernois, encouragés
par les offices du tourisme de la région. Avec un peu de chance,
le promeneur croisera même le chemin d'un chevreuil, d'une marmotte
encore somnolente voire d'un lynx!
Les gardes-faune de la région dressent un constat nettement moins
idyllique. Chaque jour ou presque, ils ramassent des animaux morts au
cur des forêts ou le long des routes. Comme si le gel, la
faim et les prédateurs ne suffisaient pas, les bêtes sauvages
sont traquées par les randonneurs et leurs chiens, effrayées
par les VTT qui dévalent les sentiers ou, pire, terrorisées
par le passage fracassant des motoneiges. L'association Mountain
Wilderness a lancé un cri d'alarme en manifestant
dimanche contre ces monstres rugissants, dont l'utilisation
récréative est parfaitement illégale en Suisse.
Le relief jurassien est réputé parmi les amateurs de ce
sport, qui franchissent la frontière pour vrombir sur la poudreuse
helvétique et narguer au passage des gardes-faune impuissants.
Pro Natura
s'inquiète des raquettes, ces semelles de plastique d'apparence
bien inoffensive. L'organisation écologique a découvert
des guides touristiques qui dirigent les randonneurs tout droit dans
des réserves naturelles. Si le touriste y trouve son compte en
matière d'observation du gibier, ce dernier n'a plus qu'à
plier bagage devant l'afflux des sportifs et à se réfugier
toujours plus loin, toujours plus haut, là où l'herbe
est rare.
Il ne s'agit pas de jeter la pierre à tous ceux qui parcourent
la montagne à pied, à skis ou à vélo, mais
seulement de rappeler que derrière ces fourrés enneigés
se terrent des animaux affaiblis par l'hiver, qui luttent pour leur
survie.
En restant sur les sentiers et en faisant preuve d'un minimum de respect
et de bon sens, on peut admirer, sans les détruire, les trésors
de la nature. Faute de quoi il ne restera plus à nos descendants
que de mornes excursions dans le silence obsédant de montagnes
désertes.
Auteur
: David Gaffino
Source : Le
Journal du Jura (Suisse) du 14 février 2006