Réchauffement climatique, déforestation, précipitations
trop faibles: les scientifiques s'interrogent sur les raisons de la
disparition progressive des neiges éternelles du Kilimandjaro,
le plus haut sommet d'Afrique qui culmine à 5.895 mètres.
Il y a deux ans, un Tanzanien, Faustin Meela, qui habite le village
de Marangu au pied de la majestueuse montagne, n'en a pas cru ses yeux.
Le glacier du Gredner sur le "Kili", qu'il avait escaladé
six ans auparavant, avait disparu.
Et le pire est peut-être à venir. Le peu de glace et de
neige qui restent au sommet du Kilimandjaro, mais aussi sur le Mont
Kenya et les montagnes Ruwenzori (entre la RDCongo et l'Ouganda), pourraient
disparaître d'ici à 20 ou 50 ans, selon les scientifiques.
La perte de ces trésors naturels peut être en grande partie
attribuée à l'homme, estiment-ils. Et plus précisément
aux émissions de gaz à effet de serre, qui sont liées
à la combustion des énergies fossiles (gaz, pétrole,
charbon) et piègent la chaleur du soleil dans l'atmosphère,
provoquant un réchauffement de la Terre.
Mais les scientifiques reconnaissent aussi manquer cruellement d'informations,
en raison notamment du peu de données météorologiques
locales, pour expliquer totalement la fonte des neiges sur les sommets
africains.
"Beaucoup de personnes disent +Oh, ce doit être le réchauffement
de la planète+", explique à l'AFP Ellen Mosley-Thompson,
glaciologue à l'université américaine de l'Ohio:
"mais il est irresponsable de pointer du doigt une seule cause."
Pour Stefan Hastenrath, professeur en études atmosphériques
à l'université du Wisconsin (Etats-Unis) et expert en
glaciers africains, les neiges africaines ont commencé à
fondre vers les années 1880, soit au début de la Révolution
industrielle.
Depuis plus d'un siècle, l'Afrique de l'Est connaît une
forte diminution du niveau des lacs et une augmentation des vents d'ouest,
signe d'un climat de plus en plus sec, note M. Hastenrath. "Ce
n'est pas vraiment de notre faute", en déduit-il.
Selon d'autres théories, la disparition progressive des neiges
éternelles en Afrique peut être attribuée à
la déforestation ou à des perturbations récurrentes
dans les précipitations.
Couper des arbres réduit l'humidité dans l'atmosphère,
ce qui diminue la couverture offerte par les nuages et la brume. En
conséquence, les glaciers sont à la merci de vents secs
et du soleil, explique un porte-parole du Mouvement de la ceinture verte,
Fredrick Njau.
Ce mouvement, qui a été fondé par le prix Nobel
de la paix 2004, la Kényane Wangari Maathai, lutte contre la
déforestation. Il a lancé le mois dernier un projet de
deux millions de dollars (1,56 million d'euros) pour replanter des arbres
sur les pentes du Mont Kenya (5.199 mètres), deuxième
plus haut sommet d'Afrique, en partie pour stopper la fonte des neiges.
Les glaciers ne sont pas seulement splendides, ils sont aussi vitaux
pour l'approvisionnement en eau.
"D'ici à 2025, environ 480 millions de personnes en Afrique
habiteront des régions où l'eau manquera ou sera sévèrement
limitée", selon un rapport de l'ONU publié à
l'occasion de la 12e conférence internationale sur le climat
qui se tient à Nairobi jusqu'au 17 novembre.
Alors que le temps presse, un professeur en géologie à
l'Université de Londres, Evan Nisbet, a proposé de recouvrir
le sommet du "Kili" d'un immense drap pour le protéger
du dégel. Une idée qui, pour beaucoup, ne tient pas la
route.
"Le plus triste, c'est que bientôt, la seule glace qui restera
du Kilimandjaro sera dans des frigidaires à l'université
de l'Ohio", prédit Mme Mosley-Thompson.
Auteur
: Gerry SMITH
Source : AFP du vendredi 10 novembre 2006