Il existe une série
de clichés bien connus, qui sont bien plus que de simples abréviations
paresseuses. Ce sont des clichés de lesprit et du cur.
Ce sont de véritables substituts de la réflexion qui constituent
des armes redoutables pour ceux qui défendent les intérêts
économiques et politiques de quelques factions. Ces abrégés
simplificateurs éteignent tout débat de manière
méprisante.
Lexemple
parfait, cest ce petit mot bien propre: nimby.
Plus besoin de le définir. Nous savons tous que cest
lexemple même de légoïsme, de la priorité
donnée à lintérêt personnel plutôt
quau bien commun, nest-ce pas ?
Les gens atteints
de nimbysme se cachent derrière leur petite haie privée
pour crier « pas dans mon jardin ! », pendant que
le monde se réchauffe et que des emplois doivent être créés.
Ces témoins
dune petite bourgeoisie engoncée dans son confort et ses
courtes vues, veulent protéger leur qualité de vie et
la valeur de leur bien. Quelle sottise ! Ils ne pensent quà
eux-mêmes. Ils sont irresponsables. Ce sont les ennemis du progrès;
disons même les ennemis de notre petite planète bleue.
Cest le
ton du cliché « nimby », qui est largement
répandu par les politiciens et la presse. En Grande-Bretagne,
très récemment; un des « facilitateurs éoliens
» du gouvernement travailliste se plaignait de lopposition
grandissante aux parcs à éoliennes dans le pays. Le problème
selon lui, était causé par les conseillers communaux «
nimby », qui sopposaient à loctroi de permis
de construire des parcs à éoliennes.
Il est en fait
peut-être temps de regarder au-delà du cliché et
de se demander ce que défend le nimby. Ce que la personne
atteinte de nimbysme défend, cest ce que défendaient
jusquil y a peu tous ceux dentre nous qui étaient
sensibles aux questions denvironnement. Le nimby croit que pour
contribuer à lamélioration du monde, il faut commencer
là où on a un peu dinfluence, c'est à dire
dans sa communauté locale et dans son paysage.
Cette influence
peut sexercer à propos de collecte dordures, de vandalisme,
de transport, dutilisation des sols. Au cur même,
se retrouve lidée que lintérêt local
doit être pesé face à lintérêt
national. Travailler dans son petit coin est rarement très excitant
; cest une question dapplication, mais le nimby croit que
ce travail est plus valable que tous les grands discours sur létat
de la Planète Terre. Le nimby protège le petit contre
le puissant.
Ceux dont le «
jardin est menacé » (une petite phrase assassine et
méprisante qui pourrait représenter le pays tout entier)
connaissent maintenant la puissance de largent, de la politique
et du populisme ambiant.
Je ne lai
vraiment compris que lorsquun parc industriel à éoliennes
a été proposé dans ma région, entre quatre
villages voisins. Je ne me rendais pas compte de lémotion
et du venin que ce projet allait susciter.
Quelque chose détrange
sest passé: les gens dont je croyais partager les idéaux
écologiques se trouvaient subitement être des partisans
enthousiastes de ce projet qui allait détruire un paysage façonné
par lhomme depuis des siècles et où la vie sauvage
et lhomme coexistent de manière harmonieuse. Encore plus
curieux, le héros du jour était le promoteur, une firme
importante, clairement motivée par les profits potentiels et
la manne des subsides publics. Ceux qui étaient diabolisés,
cétaient les humbles villageois qui tentaient de se défendre
contre cet énorme développement qui allait complètement
changer leur vie au village. Cétaient eux les égoïstes,
les « nimbies » !
Ce discours culpabilisateur est partout autour de nous. On linculque
à nos enfants à lécole. Nous devons tous
faire notre effort. Ces quelques formules consacrées
suppriment tout effort de réflexion. Plus besoin de réfléchir
aux énergies renouvelables. Elles ne peuvent quêtre
parfaites! Lémotion remplace la réflexion
Lorsque le monde
des affaires sallie aux politiciens « verts » pour
discréditer toute personne qui aurait limpertinence de
se poser des questions sur les vraies motivations de chacun, dautres
clichés font surface. Lopposition est alors «
composée dune petite minorité locale très
excitée ». Tout département ministériel
qui se poserait trop de questions se voit immédiatement accusé
de « traîner » ou dêtre « encombré
».
Face à cette
propagande et à ces idées préconçues, il
faut du courage pour être un « nimby ». Les beautés
dun petit coin tranquille seront insignifiantes face au sort de
la planète. Face à ces tableaux statistiques « sexy
» qui présentent lavenir de lhumanité,
quest-ce que la défense dune lande de bruyères,
dun petit bois, dune chapelle ombragée, dun
village ? Ridicule
Et bien non, ce
ne lest pas ! Cest dans ces humbles villages que réside
lesprit dune nation. On ne peut leffacer tout simplement
sous les slogans nébuleux dintérêts nationaux
mal définis.
Il y a longtemps
que lon sait cela. Bien que les clichés daujourdhui
noient les pauvres « nimbies » courageux ; ils seront compris
dans lavenir. Entretemps, quiconque aura le courage de défendre
les « nimbies » dans ce pays, ne mérite pas les quolibets.
Il a droit a toute notre gratitude.
Le nimby est lun
des héros inconnus de notre temps.
Traduit et adapté
de Terence Blacker, THE
INDEPENDENT par LucRivet / 4 janvier 2008