François Arcangéli se prend à rêver d'ours...

En cette fin d'année 2009 où l'Etat n'a pas encore pris de décision quant à l'avenir du " plan ours ", François Arcangéli, maire d'Arbas en Haute-Garonne, village qui n'a vu l'ours que l'instant d'un lâcher, mais aussi Président de l'ADET - Pays de l'ours, donne, à travers une vidéo, des précisions sur ce qu'il souhaite en matière d'introduction d'ours

 


François Arcangeli parle des ours
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François Arcangéli dit-il toute la vérité en parlant des ours ?


Cette vidéo donne la version des écologistes défenseurs de l'ours. Mais quelle est la réalité ? Et dit-il tout au sujet de ces introductions ?

Pas si sûr !

François Arcangéli prétend que ces introductions sont une réussite. Ce n'est qu'une vision idéologique de la situation. Pourquoi ?

En 2000, le rapport final LIFE, (Voir dossier LIFE) système européen de financement des 3 premières introductions, concluait à un fiasco. Mais si des associations y croient…
Le fait est que l'Union Européenne n'a pas renouvelé son financement et les introductions de 2006 ont été une affaire strictement franco-française.
Quant aux allusions au financement Life-Coex, contrairement à ce qui est parfois dit ou suggéré, il n'était pas destiné à financer des introductions mais à "faciliter la mise en œuvre des conditions légales et socio-économiques nécessaires à la conservations des grands carnivores dans les régions ciblées, en diminuant les situations de conflit qui affecte la protection de ces espèces". En guise de facilitation de l'acceptation sociale de l'ours, les associations environnementalistes se sont engagées dans de nombreuses séries de procédures judiciaires à l'encontre de particuliers, organismes et même l'Etat (plainte auprès de l'Union Européenne).
Ce programme de "réconciliation" qui s'est terminé par un colloque à Luchon en 2007 est un échec. Les oppositions aux introductions se sont renforcées et les positions radicalisées au point de n'avoir pratiquement plus d'associations et organismes d'acteurs locaux favorables à ce programme de repeuplement des Pyrénées en ours. Il suffit de voir la feuille de présence au Groupe National Ours pour s'en convaincre. Pas besoin de sondages à partir desquels on peut se rendre compte, d'ailleurs, que l'hostilité des populations locales s'est renforcée. Ce programme Life n'a pas été renouvelé pour la France.

Que dire également des diverses actions en justice des associations environnementalistes qui ne sont sûrement pas de nature à favoriser les relations entre opposants et défenseurs de l'ours.

Sur le plan de la coexistence et de l'acceptation sociale, nous pouvons dire, contrairement à François Arcangéli, sans aucun risque de nous tromper que les introductions sont un fiasco.

François Arcangéli nous parle de deux ours mâles autochtones, de souche pyrénéenne, qui se trouveraient en Béarn et auxquels il faudrait des femelles. La situation n'est pas tout à fait celle-là. Il y a, à priori, 3 mâles à l'ouest des Pyrénées. Deux en Navarre, de souche pyrénéenne, sur territoire espagnol qui font, de temps en temps quelques "raids" sur le Béarn ou la haute Soule et un autre approximativement sur la commune de Laruns (très étendue). Deux questions se posent alors :

  1. Les espagnols sont-ils d'accord pour accepter des femelles lâchées en France ? Ce n'est pas évident à lire la motion du Sénat espagnol.
  2. Arcangéli ne dit pas combien d'ours il faudrait ni si les conditions sont réunies pour accepter le nombre recommandé. Aujourd'hui, contrairement à 1993, l'intérêt général ne prime plus, il faut une acceptation sociale locale. Le chiffre de 70 ours avancé par certains spécialistes dans les années 90, au milieu d'une montagne habitée tout l'été et humanisée, nous autorise à nous interroger.

Mais pourquoi introduire des ours en Béarn maintenant alors qu'il ne reste que des mâles sur le déclin ?

Parce que des engagements strictement français existent depuis plus de 15 ans et l'Etat n'en a tenu aucun sans que jamais les associations écologistes n'aient protestées.

En annexe du " cahier des charges des aménagements de la RN 134 (vallée d'Aspe) et des mesures de protection de l'environnement nécessaires pour réduire au minimum les atteintes à la flore, à la faune et pour favoriser une bonne insertion dans le paysage " (1) datant du 15 février 1993, il y a en annexe, donc participant aux conditions de l'aménagement, " le rapport sur les conséquences sur les populations d'ours bruns du réaménagement routier dans la vallée d'Aspe, Pyrénées occidentales ", dont le texte a été révisé le 10 février 1993, établi par Christopher Servheen, co-président de l'UICN / SSC et Djuro Huber de l'université de Zagreb.

Ces rapports sont édifiants. Dans le premier, § 4-2 "L'absence d'un projet économique cohérent" il est indiqué au sujet de la sauvegarde de l'ours : "Ce projet aussi louable soit-il s'est développé en opposition avec les populations locales, l'intérêt général primant le particulier. Il est aujourd'hui un échec" (2). Et il est précisé : "L'ours des Pyrénées est condamné et les habitants de la vallée [ndr : d'Aspe] ont été déconsidérés aux yeux de l'opinion publique".

Dans le second rapport produit en annexe, nous ne retiendrons que deux points pour montrer que François Arcangéli ne dit pas tout pour satisfaire ses fantasmes :

  1. Il nous informe page 2 que " au cours des 50 dernières années, les populations d'ours ont terriblement diminuées : le chiffre est passé de 200 à moins de 10 individus. Un taux de reproduction connu extrêmement bas… "Qui a cherché les vraies raisons de cette disparition ? Personne ! Ce rapport n'en fait même pas état. S'il n'en reste que 3 aujourd'hui, avant d'en introduire d'autres, il serait peut-être judicieux de savoir pourquoi nous en sommes arrivés là car il est plus que probable que les mêmes maux produisent les mêmes effets et, quelque soit les introductions, à terme, il n'y aura plus d'ours.
  2. Dans les recommandations de réduction de l'influence humaine, page 8, il est dit " dans la mesure du possible, il serait nécessaire d'abandonner les maisons isolées et autres structures semblables (cabanes de bergers) et de les supprimer des habitats de l'ours ". En clair, et c'est mentionné par ailleurs, il faut réduire la taille des villages et abandonner le pastoralisme au profit du seul ours. Il serait souhaitable que Monsieur Arcangéli le dise ouvertement pour ne pas tromper les interlocuteurs tout comme mentionner, dans le même paragraphe l'interdiction de la chasse et… de la randonnée. Dans les termes de ce document officiel, nous avons la confirmation du propos évoqué par la journaliste Marianne Bernard en 1992 dans son livre "Génération Démagogie" par lesquels Gilbert Simon (3) alors qu'il était Directeur de la Nature et des Paysages, avait proposé au député des Hautes-Pyrénées, Pierre Forgues, de mettre éleveurs et bergers dans la banlieue des villes.

Pour la population d'ours des Pyrénées centrales, François Arcangéli oubli de préciser qu'il ne reste qu'un mâle en Ariège Est et que, tous les autres, sont au Val d'Aran avec des incursions régulières sur Melles, Saint-Lary, Sentein…. Là aussi, avant d'introduire en France pour renforcer une population qui se trouve, pour l'essentiel, en Espagne, a-t-on demandé l'avis des espagnols ? Et puis, pourquoi sont-ils en Espagne ? Il doit bien y avoir une raison. Est-ce que François Arcangéli dit tout dans ce domaine ?

Il faudrait cesser de rêver et revenir les pieds sur terre. Les écologistes pro-ours de l'ADET, FIEP, FERUS, WWF peuvent toujours parler. C'est leur droit. Mais ils ont aussi le devoir de dire TOUTE la vérité, ne rien cacher comme les rapports du CEMAGREF de 1990 et 1992 sur la vallée d'Aspe et jouer carte sur table avec tout le monde au lieu d'engager des procès à tout va. Il ne faut pas oublier que ce ne sont pas eux qui font les Pyrénées, qui y vivent et y travaillent au quotidien, que les paysages ne se sont pas façonnés grâce à eux pas plus que ne s'est développé la biodiversité que nous connaissons et décrite et inventoriée bien avant leur existence.

Monsieur Arcangéli devrait s'inspirer du rapport Servheen dont il se sert souvent et discrètement selon son intérêt, lorsque, dans la conclusion il est écrit : " Il ne faut pas demander aux populations SI l'ours doit être sauvé, mais plutôt COMMENT appliquer les mesures de sauvegarde ". En 1993, il s'agissait bien de SAUVEGARDE et non d'INTRODUCTION. Aujourd'hui, tout a changé. Il est trop tard pour parler de sauvegarde. Tirons le rideau et travaillons sur d'autres espèces moins emblématiques mais tout aussi importantes qui pourraient bien disparaître rapidement comme, il y a quelques années le bouquetin des Pyrénées, tel que des races d'ovins, de bovins et de caprins qui, elles, participent activement au maintien et au développement de la biodiversité et font partie de cette biodiversité.

Quand on pense Pyrénées, on ne pense pas " Ours " mais on pense montagne, ski, paysages, moutons…

Louis Dollo, le 29 décembre 2009

(1) La déviation de Bedous inaugurée en août 2009 est issue de ce cahier des charges vieux de 16 ans. Sur l'ensemble de l'itinéraire de la vallée d'Aspe, l'Etat n'a tenu aucun compte des préconisations du cahier des charges notamment pour la protection de l'habitat des ours. Aucune association environnementaliste ne proteste ou n'en fait état. Et pour cause... Le malthusianisme forcené du WWF pourrait ressortir.

(2) Nous sommes en 1993 et c'est écrit dans un rapport établi par le Ministère de l'Environnement et le Ministère de l'équipement, du logement et des transports.

(3) Aujourd'hui, Gilbert Simon, Inspecteur Général de l'environnement, est vice-président de l'association FERUS et du WWF - France et président du comité scientifique du WWF - France

 

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