Opération Vigie chez les écologistes pro-ours

 

La création de ces vigies qui peuvent être assimilées à des milices, pose un problème éthique, moral et juridique. Ce genre d’initiative revient sans contexte à créer une police de l’environnement parallèle en estimant que l’officielle, ONCFS, n’est pas suffisante ou assez efficace. Voilà des méthodes qui nous ramènent aux pires années que la France et l’Europe aient connues dans les années 30 et 40. Comment l’Etat, la République, la démocratie peuvent tolérer de tels procédés ? Comment ne pas comprendre les réactions violentes des pyrénéens qui se sentent surveillés et traqués par des individus qui font des suspects en puissance ?

Opération Vigie : des patrouilles pour l’ours dans les Pyrénées


Opération Vigie

Ferus, comme d’autres ONG, a été alarmé par les menaces explicites et répétées de braconnage d’ours dans les Pyrénées. Elles ont suscité diverses réactions, des courriers aux autorités françaises et européennes, des mises en garde de l’Etat et de ses services dont la responsabilité serait engagée si par malheur un ou plusieurs ours étaient éliminés.

Nous avons décidé de patrouiller volontairement dans la montagne pour contribuer à prévenir un empoisonnement ou des dérangements et des harcèlements comme ceux qui ont fini par coûter la vie à Franska en 2007. Nous savons qu’arrivés au bout de leur folle logique certains ennemis de l’ours espèrent en tuant des animaux empêcher le lent accroissement naturel de la petite population. En cette période de l’année tuer une mère, c’est aussi tuer ses oursons.

Nous avons attendu de disposer de suffisamment de patrouilleurs volontaires pour commencer effectivement. C’est désormais chose faite.

L’ensemble des associations de CAP Ours ont été approchées par Ferus aux fins de monter cette opération. Certaines ont décidé d’en être partenaires, d’autres se sont déclarées intéressées. A ce jour APATURA, le Comité Ecologique Ariégeois (CEA), FERUS, Association Nature Comminges et Pays de l’Ours-ADET fournissent des patrouilleurs et participent au dispositif.

Les avantages de cette démarche sont multiples, notamment :

  • elle peut contribuer directement à empêcher un empoisonnement en cas de découverte de carcasses suspectes ou de charognards morts, même si c’est très aléatoire.
  • elle peut dissuader certains candidats-braconniers de passer à l’acte. - elle montre que le terrain n’est pas abandonné par les amis des ours aux ennemis du plantigrade.
  • elle permettra de recueillir des informations, des données, de nouer des contacts qui seront utiles par la suite, et de mieux appréhender la réalité.
  • elle redonnera bon moral aux adhérents et sympathisants qui penseraient à tort que nous ne travaillons pas directement à la protection des ours.
  • elle est un message adressé aux services de l’Etat et de l’ONCFS qui de leur côté doivent maintenir leur vigilance et leur propre dispositif anti-braconnage.

Nos associations invitent nos adhérents et sympathisants qui arpentent les Pyrénées à nous remonter tout signe suspect ou autre à l’adresse vigie@ferus.org ou par téléphone 06 46 62 19 47 .

Protocole d’intervention

Les volontaires qui participent aux opérations de prévention contre le braconnage des ours sont appelés « patrouilleurs ». Les personnes qui assurent la coordination des opérations et le contact avec l’extérieur (notamment les autorités et les ONG concernées) sont appelées « vigie ».

  1. adhérents, sympathisants ou simplement partenaires occasionnels d’une association, les patrouilleurs participent volontairement à l’opération à titre individuel et personnel.
  2. les patrouilleurs ont pour objectif de parcourir en véhicule (sur les voies autorisées) et à pied la zone fréquentée par les ours pour limiter les risques de braconnage, notamment d’empoisonnement. Plus tard et si nécessaire la prévention contre les dérangements volontaires pourra être ajoutée.
  3. en aucun cas leurs actions ne doivent contribuer à déranger les animaux : ils s’engagent à ne pas chercher à observer l’ours à tout prix et à ne pas affûter à cette fin.
  4. les patrouilleurs n’auront pas d’armes à feu sur eux.
  5. ils s’efforceront d’agir en bonne intelligence avec l’équipe ours (ONCFS) et tout autre service de l’Etat qui contribuerait sur le terrain au suivi ou à la protection de l’ours. La vigie leur fournira les renseignements dont elle disposera.
  6. ils se déplaceront si possible par deux, munis de jumelles et d’un appareil de photo numérique ou d’un portable capable de prendre des photos. Ils en prendront systématiquement une de leurs véhicules en les quittant, même en milieu urbain. Ils photographieront tout élément suspect, sans mettre leur sécurité en péril, carcasses bien entendu, animaux sauvages morts, véhicules inquiétants.
  7. ils chercheront des traces d’empoisonnement, cadavres d’animaux charognards, carcasses de bétail, et observeront les allées et venues des hommes dans les zones supposées être fréquentées par les ours. Ils noueront contact avec ceux avec lesquels ils estimeront pouvoir dialoguer, et leur diront, si les circonstances leurs paraissent favorables, pourquoi ils sont là. Dans le cas contraire ils seront des randonneurs.

Ils rapporteront tout incident à la vigie. Ils seront munis des numéros d’appel d’urgence de la gendarmerie et du service départemental de l’ONCFS. S’ils sont en présence d’éléments précis et inquiétants ou douteux (cadavres inexpliqués), ils les appelleront sans délai.

La vigie doit être informée de chaque patrouille (date et lieu supposé) par un mail ou un coup de fil. Elle tient à jour mais ne divulgue à personne le nom de tous les patrouilleurs. Elle est en contact avec les services officiels pour veiller si possible à la coordination des opérations, éviter les double-emplois, et transmettre aux patrouilleurs les dernières informations sur les ours. Elle peut ainsi conseiller aux patrouilleurs certains secteurs.

Elle informe aussitôt les autres patrouilleurs des résultats de la dernière mission, avec sa localisation. Les patrouilleurs peuvent s’informer les uns les autres directement.

Elle tient informé l’ensemble des associations partenaires des missions accomplies et des événements.

L’opération est activée, suspendue, relancée en fonction des informations dont disposeront les associations organisatrices. La vigie a tout pouvoir pour prendre les décisions en cas de nécessité et d’urgence (envoi, rappel de patrouilles).

L’opération est définitivement arrêtée sur décision conjointe des associations partenaires.

Bonnes patrouilles.

Associations APATURA, Comité Ecologique Ariégeois (CEA), FERUS, Association Nature Comminges et Pays de l’Ours-ADET.

Source : Site Web de FERUS du 18 octobre 2011 (Ndr : cette date est celle mentionnée sur la page Web en référence. Il apparait qu'elle a été modifiée puisque le communiqué de l'ADDIP est du 29 septembre et d'autres articles de presse à partir de cette date)

Les réactions à ce communiqué
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"Vigies" ou "miliciens", les volontaires pro-ours enflamment les Pyrénées

Simples "patrouilles" de protection des ours arpentant la montagne pour les uns, "milices" au service de "l'écoterrorisme" pour les autres, la mise en place par les pro-ours d'équipes de volontaires pour la prévention d'actes nuisibles met le feu aux poudres dans les Pyrénées, où vivent environ 25 ours à l'heure actuelle.

Les pro-ours, représentés par des associations comme Ferus ou le Pays de l'Ours-Adet, ont annoncé dans un communiqué qu'ils "patrouilleraient volontairement dans la montagne pour contribuer à prévenir un empoisonnement ou des dérangements et harcèlements" des ours.

"Quand l'écoterrorisme vise les habitants des Pyrénées", répondent dans leur propre communiqué les anti-ours de l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées (Addip), qui dénoncent "l'inquiétude paranoïaque des miliciens patrouilleurs".

DROITS DE L'HOMME

Les patrouilleurs "contre le braconnage des ours", qui n'auront pas d'armes à feu, seront supposés "remonter tout signe suspect ou autre" aux coordinateurs des opérations "appelées 'vigie'" précisent les pro-ours. Ils "observeront les allées et venues des hommes dans les zones supposées (...) fréquentées par les ours", et décideront s'ils sont suspects ou "de simples randonneurs", ajoutent-ils.

Les anti-ours estiment que "le fonctionnement de telles milices est totalement attentatoire aux droits de l'homme tels que l'article 8 de la Convention européenne concernée les reconnaît : respect de la vie privée et familiale". L'Addip a décidé de "soumettre le problème à la Cour européenne des droits de l'homme".

"Face aux dictatures et fascismes de tous ordres, notre histoire (...) a toujours montré que les Pyrénées, bien avant d'être le grand zoo des ours slovènes, sont le Pays de la Liberté", conclut l'Addip, appuyée par d'autres associations anti-ours.

Source : Le Monde.fr avec AFP du 30.09.2011

Polémique autour de la vigie ours

Nouvelles tensions dans les Pyrénées entre les défenseurs de l'ours et ses opposants. Depuis un mois, les associations Ferus et Pays de l'Ours-Adet ont mis en place des patrouilles de volontaires pour prévenir les actes de malveillance envers le plantigrade. « Cette vigie se déroule pendant les randonnées de nos militants qui se concentrent sur les zones où vivent les ours, explique Sabine Matraire, en charge de cette opération chez Ferus. Cette initiative doit dissuader les opposants qui ont émis des menaces très claires contre le plantigrade ces derniers mois ». Une opération révoltante pour les anti-ours qui dénoncent « l'attitude paranoïaque des miliciens patrouilleurs ». Ils rappellent que c'est à l'Etat d'assurer la protection de l'ours. « Ces personnes prennent des photos des éleveurs et des gens qu'ils croisent dans la montagne ce qui crée un climat de suspicion », peste Bruno Besche-Commenge, de l'association de sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (ASPAP). Selon Ferus, les équipes de suivi de l'ours ont été doublées depuis la mise en place de la vigie.

Source : 20 minutes.fr du 3 novembre 2011

Des volontaires surveillent les ours des Pyrénées

«Patrouilles de dissuasion » pour les uns, « milices » pour les autres : la mise en place par les associations pro-ours de volontaires pour surveiller le plantigrade dans les Pyrénées crée des tensions dans le massif. A la suite de menaces et d'appels au braconnage par certains éleveurs, les associations Ferus et Pays de l'Ours-Adet envoient en effet des militants sur le terrain pour prévenir l'empoisonnement ou les harcèlements des ours. Le 3 septembre 2010, Philipe Lacube, président de l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées (Addip), un des opposants les plus virulents à la réintroduction des ours, avait affirmé sur France 3 que « deux ours avaient été abattus en Haute-Ariège »

Depuis un mois, une vingtaine de militants participent donc à cette opération, la Vigie, principalement le week-end. « Ces personnes profitent de leur randonnée pour se concentrer sur les zones où vivent les ours et accentuent la vigilance pour dissuader les éventuels actes de malveillance, explique Sabine Matraire, chargée de l'opération Vigie chez Ferus. Nous sommes conscients que nous ne pouvons pas surveiller toutes les Pyrénées, mais notre présence sur le terrain peut décourager les opposants qui ont émis des menaces très claires ces derniers mois. » L'association Ferus avait déjà mis en place ce même type d'opération en 2008 à la suite de menaces d'empoisonnement de l'ourse Hvala.

Les opposants au plantigrade dénoncent, eux, « l'attitude paranoïaque des miliciens patrouilleurs ». « Nos menaces sont réelles car il y a un ras-le-bol des éleveurs sur le terrain face à ce problème de l'ours qui les empoisonne », explique Philippe Lacube. Son camp rappelle que c'est à l'Etat d'assurer la protection de l'espèce réintroduite.

Les anti-ours s'inquiètent surtout du fichage, par les partisans de l'animal, des allées et venues des personnes dans le massif, « Les éleveurs peuvent être pris en photo à tout moment, ce qui est une atteinte à la vie privée, s'insurge Bruno Besche-Commenge, de l'Association de sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (Aspap). Ce n'est pas au citoyen de se substituer à l'Etat. Cela crée des tensions dans les Pyrénées et une ambigüité vis-à-vis des randonneurs que l'on croise ».

On estime à une vingtaine le nombre d'ours sur l'ensemble du massif pyrénéen, dont une dizaine ont récemment été identifiés sur le versant français.

Source : Le Parisien du 1 novemnre 2011

Pyrénées. La guerre de l'ours rallumée

L'opération « Vigie » vient de rallumer la guerre de l'ours dans les Pyrénées. Imaginée par l'association Férus (1), elle prévoit la mise en place de patrouilles de volontaires pour assurer la protection de l'ours, notamment en Couserans, où les attaques de l'été qui s'achève ont attisé la colère des éleveurs. Et où des menaces de représailles ont été explicitement exprimées. Du côté de Férus, Gilbert Simon, président national de l'association, défend le procédé avec conviction : « Nous avons engagé ce type d'actions en mars 98, lorsqu'il y a eu des menaces d'empoisonnement de l'ourse Hvala, rappelle-t-il. À l'époque, d'ailleurs, personne n'avait réagi. Aujourd'hui, nous constatons qu'il y a des menaces sérieuses de braconnage de l'ours dans les Pyrénées, comme du loup et du lynx ailleurs. Nous remettons donc ce procédé en place : l'Office national de la chasse ne peut pas être partout. Et, dans certains cas, il n'est pas illogique de faire appel à la vigilance citoyenne, ce que les associations écologistes pratiquent d'ailleurs dans de nombreux pays dans le monde ». Les patrouilles devraient donc se mettre très rapidement en place. Et Gilbert Simon de conclure : « Dans les vallées pyrénéennes très encaissées, il n'est pas très compliqué d'exercer ce genre de vigilance ». De son côté, Bruno Besche-Commenge, vice-président de l'Addip (2), voit dans ces patrouilles… des « milices privées, tout simplement » : « Férus, mais aussi d'autres associations, se sont d'abord vantées d'avoir mis en place des caméras. Dans quel cadre légal ? Ces milices n'ont pas de raison d'être. À l'État d'assurer la protection de l'ours et de sanctionner ceux qui, éventuellement, pourraient s'en prendre à lui ». Le rappel à la loi, c'est exactement le message que fait passer, en réponse, la préfecture de l'Ariège : « Si des infractions sont constatées, elles seront sanctionnées », promet le préfet Salvador Perez.

(1) Association nationale de protection et de conservation de l'ours du loup et lynx en France.

(2) Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées.

Auteur : L.G
Source : La Dépêche du Midi du 1 octobre 2011


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