L'ours et la réintroduction

 

Extrait de l'interview donnée par Nelly Boutinot, secrétaire générale, du ROC à Univers-nature en 1999 au sujet de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées.


U.N -
Vos actions sont-elles ciblées sur certains domaines ou espèces précises, et les assumez-vous seul ?

ROC -...
Nous avons également en cours d'autres actions ponctuelles. Nous essayons d'apporter notre aide à ceux qui veulent protéger les grands prédateurs que sont l'ours, le loup, le lynx, et même les petits, car il ne faut pas oublier le renard et les petits mustélidés qui sont persécutés en France.
......

U.N - Tout à l'heure vous avez parlé de l'ours, à ce sujet, que pensez-vous de sa réintroduction en France ?

ROC - Avant d'entrer dans le cas particulier de l'ours, les grandes lignes de la politique du ROC, c'est que les réintroductions sont des actions tellement difficiles à mener, qu'elles doivent être décidées que lorsque l'on a pu s'assurer de l'adhésion de l'ensemble de la population à l'action. Donc, on est plutôt défavorable à l'esprit de réintroduction. Quand la nature est prête à accueillir des espèces disparues qui existaient auparavant, la nature "s'arrange pour qu'elles reviennent, à l'instar du loup en France. Le retour naturel d'espèces est déjà tellement problématique, qu'imposer une réintroduction c'est véritablement une action ultra-délicate, et on a beaucoup de réserves à émettre sur le sujet.

Pour la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées, quel dommage que l'on n'ait pas pu sauvegarder l'espèce pyrénéenne, et qu'on ait laissé sa destruction par la chasse et l'empoisonnement, faire qu'on en soit maintenant réduit à devoir renforcer sa population si l'on veut qu'elle se maintienne. Et là c'est un peu différent, car avec un renforcement de population, il y a quand même la population originelle qui reste. C'est une réintroduction, mais dans un contexte différent, parce que les populations locales se sont rendu compte, in extremis, trop tard, mais enfin elles s'en sont rendu compte, qu'il ne faut plus laisser faire. Donc, même ceux qui étaient les adversaires acharnés de l'ours, conviennent maintenant que ce serait dommage qu'il n'y ait plus d'ours dans les Pyrénées. Par conséquent, il y a dorénavant semble t-il, les conditions sociologiques minimum pour que la population d'ours soit renforcée. Toutefois, comme il y a parallèlement une réintroduction dans les départements voisins, est-ce qu'on peut à la fois financer la réintroduction dans les départements voisins et le renforcement de la population dans les Pyrénées atlantiques, il y a le problème de l'argent, sous-jacent à cette question !!

Pour trancher, je dirai que je préfère un renforcement de population plutôt qu'une réintroduction ailleurs dans la chaîne, mais qu'il fallait peut-être que l'ours soit réintroduit ailleurs, pour que les Béarnais veuillent finalement défendre leur population locale. Bref, tout cela est très complexe.

Ce n'est pas la spécialisation de notre association, bien que l'on essaie d'avoir un maximum d'idées sur le projet, et de confronter différents points de vue, mais nous n'avons pas un rôle majeur dans ces problèmes-là. Autant nous pouvons contester la diminution de l'ours à cause de la chasse, autant nous voudrions qu'un consensus s'établisse avec les chasseurs pour qu'ils acceptent l'ours à nouveau et ne le tirent pas; car finalement, comme pour le loup, les chasseurs quand ils acceptent, c'est avec l'arrière-pensée que plus tard il y en aura suffisamment pour qu'on puisse les inscrire espèces chassables.

Mais bon, il y a tellement de problèmes avec d'autres espèces qui existent bien, encore, comme le renard, la fouine, ... que nous nous concentrons plutôt sur la défense des espèces encore présentes, que sur les problèmes de réintroduction et de renforcement.

L'interview complète

Pour en savoir plus sur l’association LE ROC,présidée par Hubert REEVES


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