Comité de pilotage « Biodiversité »

 

La biodiversité concerne tout le vivant même le plus petit. Mais aussi l'homme. Tous les acteurs de la vie sont concernés comme tous les ministères et pas seulement celui de l'écologie. Le Ministère de la santé et des sport, avec Roselybe Bachelot, monte en première ligne sur ce terrain que l'on croyait réservé et du domaine écolo. dont les associations ont largement caricaturé le véritable contenu de cette notion à développer dans un cadre de développement durable avec ses trois piliers : environnement, social et économie.

 


Le Ministère de la Santé et des Sports accueille aujourd’hui le comité de pilotage itinérant consacré à la biodiversité. « Il s’agit en effet d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur et que j’ai eu l’occasion d’aborder de très près dans mes précédentes fonctions de Ministre de l’Ecologie, entre 2002 et 2004″, a déclaré Roselyne Bachelot.

Extrait du Discours de Roselyne Bachelot :

Biodiversité et santé : les liens qui existent entre ces deux sphères sont complexes et passionnants. Leur étude doit être nuancée.

Pour commencer, sans prétendre à l’exhaustivité, je voudrais donner quelques exemples significatifs des vertus de la biodiversité dans l’univers médical et l’élaboration des médicaments.

Ainsi, dans le monde végétal, la quinine, issue de l’écorce de l’arbuste de la forêt tropicale de l’Equateur qu’est le quinquina, a été le premier traitement contre le paludisme et en reste le traitement de référence.

De la même manière, l’armoise, identifiée parmi le millier de plantes aux propriétés fébrifuges de la pharmacopée chinoise, a donné naissance à partir de l’artémisine, une nouvelle famille de médicaments pour lutter contre le paludisme.

En dehors de la seule thérapeutique, la flore vient également enrichir la palette des cosmétiques disponibles. Sans doute reste-t-il, dans ce domaine comme dans les autres, beaucoup de choses encore à découvrir.

La plupart – si ce n’est l’ensemble – des antibiotiques sont extraits de champignons microscopiques, avant d’être transformés par l’industrie pharmaceutique afin d’améliorer les caractéristiques.

Le monde animal fournit également à l’homme des produits à visée thérapeutique. L’huridine, anticoagulant puissant, extrait de sangsues, en est un exemple, de même que les dermaseptines, molécules aux propriétés anti-microbiennes, extraites de la peau de certains batraciens.

L’autre face de la biodiversité, en matière de santé, est celle de l’interaction entre les vecteurs de maladies et leurs prédateurs.

Plus grande est la biodiversité, plus grand est le nombre possible de vecteurs de pathogènes, mais également plus grand est le nombre de prédateurs de ces vecteurs. La biodiversité est donc à la fois facteur d’émergence de maladies et facteur de régulation de celles-ci.

Il faut donc, autant que possible, maintenir une diversité suffisamment importante, dans des écosystèmes peu perturbés, afin de contenir vecteurs et hôtes des maladies, et de provoquer des effets de dilution des pathogènes.

Car – faut-il le rappeler ? – les populations d’espèces sont très hétérogènes génétiquement à l’état naturel. Cela permet de lutter contre les pandémies : si certains individus, en effet, meurent, d’autres résistent et constituent un rempart contre la maladie.

Cependant, l’augmentation de la biodiversité par l’introduction d’espèces exogènes peut être un facteur de propagation de la maladie.

Ainsi, l’introduction accidentelle de l’écureuil de Corée en France, subissant, comme d’autres mammifères, les attaques des tiques, a augmenté le nombre d’espèces pouvant être le réservoir de l’agent de la maladie de Lyme.

Pourtant, il existe certains cas dans lesquels la diminution de la biodiversité a constitué un facteur positif.

Ainsi, aux Antilles, l’introduction accidentelle de mollusques exogènes, les thiaridés, d’origine asiatique, a fait disparaître une espèce de mollusques locaux, Biomphalaria glabraat, espèce qui constituait l’hôte intermédiaire du parasite responsable de la bilharziose, laquelle a maintenant pratiquement disparu de cette région.

De même, le but des vaccins est la disparition de certains virus, tels que celui de la variole, maintenant éradiquée, et, espérons-le, dans un bref avenir, celui des virus à l’origine de la poliomyélite ou de la rougeole par exemple. Dans ces cas, la diminution de la micro-biodiversité est positive.

Mais, de manière générale, la biodiversité est à la fois un garde-fou et un précieux atout dont nous ne saurions nous priver.

La diversité du monde vivant constitue également une importante ressource pour la recherche médicale.

Je ne prendrai qu’un seul exemple, celui de l’ours brun, seul mammifère capable, pendant son hibernation, de mobiliser ses graisses sans faire fondre ses muscles. La compréhension de ce phénomène pourrait être particulièrement utile pour améliorer les moyens de lutte contre l’obésité humaine.

La préservation de cette biodiversité requiert donc des décisions politiques fortes et je sais que vous avez à cœur, chère Chantal Jouanno, de défendre ce patrimoine. Le Grenelle de l’Environnement y a déjà contribué.

Et je ne doute pas que l’année 2010, année internationale de la biodiversité, permette de poursuivre le travail engagé.

Et les chantiers ne manquent pas.

Ainsi, la diminution de la pollinisation par les abeilles est particulièrement préoccupante.

La diminution de la biodiversité dans le monde végétal est un facteur d’augmentation des maladies chez les plantes. Par voie de conséquence, elle peut se traduire par des disettes pour l’espèce humaine, ce que nous devons impérativement éviter.

De la même manière, dans le monde animal, les élevages intensifs de volailles favorise l’émergence des virus grippaux tels que le H5N1. Là encore, nous devons être très vigilants.

Je vous fais toute confiance, chère Chantal Jouanno, avec le parcours qui est le vôtre, pour relever tous ces défis et défendre ainsi la santé dont je rappelle qu’elle est un bien public, un bien particulièrement précieux.

Ainsi, si parfois la diminution de la biodiversité peut être positive, lorsqu’elle vise à l’élimination ou à l’éradication de certains agents pathogènes pour l’homme ou l’animal, le plus souvent, il s’agit d’un phénomène globalement indésirable, et plus particulièrement en matière de santé.

Toutes les substances ayant des propriétés thérapeutiques sont en effet loin d’avoir été découvertes et toute diminution de la biodiversité peut faire craindre la disparition d’un espoir de traitement.

La nature – ce « temple » de « vivants piliers » que célébrait Baudelaire –est, en quelque sorte, une bibliothèque dont on n’a pas lu tous les livres.

Sans doute reste-t-il beaucoup de choses à découvrir dans ce domaine et notre devoir pour les générations futures est de le préserver.

(Comité de pilotage « Biodiversité » – Discours de Roselyne BACHELOT-NARQUIN)

Source : Le Monde Actu du 8 juillet 2010


 

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