1/ Qu'est-ce
que la nature ? (du latin "natura ")
C'est un milieu pouvant être physiquement existant sans l'homme.
C'est un milieu et un habitat dans lequel peuvent s'épanouir
des espèces animales et végétales sans intervention
humaine.
Pour éviter un procès d'intention, je précise que
je dis bien " PEUT
. sans intervention humaine " et non
pas " DOIT
.. ". Ce qui signifie que le milieu naturel
peut exister avec une intervention humaine mais cette intervention n'est
pas indispensable à son existence contrairement à un milieu
urbain qui n'existe que par et grâce à une intervention
et une présence humaine.
2/ Qu'est-ce
que les personnes peuvent aller chercher dans la nature ?
Les motivations peuvent être diverses selon les individus, leurs
origines, leur mode de vie, leurs centres d'intérêts, etc
Ca peut être, comme à l'origine des temps la cueillette
ou la chasse pour vivre (usage et consommation des espèces végétales
et animales existantes sans intervention humaine), la découverte,
l'observation, le dépaysement par rapport à un milieu
urbain totalement fabriqué par l'homme, un retour à ses
origines, l'air pur, la détente, l'évasion, le sentiment
de liberté et d'absence de contraintes, etc
.
Ce que l'humain va chercher ne peut pas être prédéfini
et est difficilement inventoriable. Tout dépend de sa culture,
de son vécu, de son ressenti, de son affectif personnel à
un instant " T ". Personne ne peut penser à sa place.
C'est à chacun de le définir et de se définir.
Il n'existe pas de schéma et c'est là qu'une intervention
humaine sur le milieu naturel peut avoir des conséquences. Voir
point 4
3/ Qu'est-ce
que le sport de nature apporte à l'humain ?
Il faudrait définir le mot " sport " en revenant à
son origine du vieux français " desport " qui signifiait
" amusement ". Si l'on admet que le sport est un ensemble
d'activités et exercices physiques qui s'expriment sous la forme
de jeux individuels et collectifs, est ce que le terme de " sport
nature " est correctement utilisé ?
Ne devrions-nous pas parler, plus précisément d'activités
physiques en milieu naturel pour être plus proche des points 1
et 2 ?
La randonnée pure (et bien d'autres activités) est-elle
un jeu ou une simple activité physique dans un milieu déterminé
?
Par contre la descente de canyons peut être un jeu tout comme
le VTT (pas forcément d'ailleurs), l'alpinisme, l'escalade sur
SNE.
4/ Conséquences des interventions humaines sur le milieu naturel
liées aux pratiques de sport nature.
De tout temps, au moins en France, l'homme est intervenu sur le milieu
naturel. Il a créé un milieu urbain, des voies de communication,
des lieux de culture (agriculture) et d'élevage lorsqu'il a quitté
l'ère de la cueillette et de la chasse de subsistance. Il est
rare, aujourd'hui, de trouver des lieux naturels sans que l'homme ne
soit intervenu à un moment donné.
En fonction de ce que l'homme recherche dans ce milieu naturel, sa transformation,
sa modification et son aménagement peuvent avoir des conséquences
sur son utilisation. Par exemple, un chemin de terre qui servait au
VTT, au footing et à la randonnée équestre, une
fois transformé en voie verte selon les normes AFNOR en vigueur
avec toutes ses règles et contraintes d'utilisation peut ne plus
correspondre au ressenti et aux besoins de certains usagers traditionnels
du milieu. Par contre, sa transformation peut en amener d'autres y recherchant
des sensations différentes.
C'est à ce type de transformation qu'il faut faire très
attention pour ne pas sombrer dans un développement d'équipements
dit abusivement de " sport nature " pour en faire un milieu
de type urbain ou de périphérie urbaine.
C'est aussi là qu'il y a rencontre ou dualité entre activité
urbaine et " nature "
5/ Les dangers
de l'urbanisation et de l'aménagement des milieux de " sport
nature "
Aménager un milieu pour la pratique d'une activité physique
c'est contribuer en grande partie à son aseptisation. L'exemple
des voies vertes françaises et belges est édifiant. Des
normes de fabrication et des règles d'usage sont clairement établies.
Mais quel lien avec la nature définie plus haut ? C'est comme
un lotissement ou un stade au milieu de la campagne. Mais est-ce mieux
qu'une cité au milieu d'une ville. C'est donc bien, le plus souvent,
un schéma urbain posé au milieu de la nature.
Mais tous les aménagements sont-ils adaptables à toutes
les pratiques et tous les milieux ?
Le ski a évolué, depuis le début du XXème
siècle d'une pratique en milieu naturel souvent sauvage, sans
équipement, vers des stations avec un domaine délimité
et pratiquement aseptisé en terme de danger objectif. Est-ce
que toutes les pratiques de montagne doivent suivre cet exemple et est-ce
que toutes ces pratiques ne devraient se faire que dans des " stades
nature " aménagés : randonnée, VTT, alpinisme,
canyon, ski de montagne, etc
et l'escalade en SNE ?
Qui doit en décider ? Un maire, un cabinet d'études, une
administration, des technocrates, les fédérations sportives
ou les usagers eux-mêmes ?
Le danger est également l'exemple fourni actuellement par ces
pratiques en milieu " aseptisé " (ou presque) à
des personnes se lançant dans un véritable milieu naturel
tel que la montagne. Certains randonneurs ne comprennent pas que des
passages ne soient pas équipés, aménagés
et accessibles à tous sans rien connaître à aucune
technique de l'alpinisme (2)
pourtant indispensable. Certains vont même jusqu'à s'étonner
de la présence de neige en avril sur un passage du Chemin de
Compostelle ou d'autres de la fermeture d'un refuge à l'automne
et encore mieux de la présence d'un berger dans une cabane pastorale,
ce qui perturbe la quiétude des lieux qu'on lui avait décrit
autrement
ou la surprise d'orages au passage d'un col (pas prévu
dans le topo) alors qu'ils n'en ont pas eu sur les bords du canal du
Midi ou encore la présence de bouses de vache glissantes sur
un chemin de montagne un jour de transhumance ou l'existence de mouches
tout comme l'incompréhension de constater que le téléphone
ne marche pas et qu'il n'y a pas de robinet d'eau potable à chaque
cabane ou des toilettes aménagées (3).
Toutes ces présentations artificielles du milieu naturel sont
de nature à perturber un comportement et à solliciter
des équipements pour reproduire la sécurité et
le confort d'un milieu urbain.
Il y a donc un double danger :
A/ envoyer au
" casse gueule " des personnes qui se croient habituées
au "sport nature" sans être informées de ce
qu'est véritablement le milieu naturel.
B/ aménager sans discernement le milieu naturel pour sécuriser
et en définitive reproduire à la campagne un milieu
urbain.
Ne faudra-t-il
pas trouver un autre équilibre en tenant compte du souhait :
A/ des usagers
eux-mêmes, soit directement soit par l'intermédiaire
de structures représentatives ;
B/ des habitants permanents de ces milieux ;
Plutôt que
de laisser tout reposer sur la réflexion individuelle d'un cabinet
d'études ou d'une structure administrative plus ou moins bureaucratique
?
Mais ne faudra-t-il pas aussi informer et former les publics urbains
de ce qu'est un véritable milieu naturel, à moins que
l'option soit prise d'éliminer ce que nous appelons le "
wilderness " ?
A
ces dangers structurels, vient s'ajouter un autre danger beaucoup plus
sournois qu'est celui pudiquement nommé " organisation de
l'activité " et qui se concrétise par un ensemble
de textes législatifs et réglementaires pour " encadrer
" l'évolution des dites activités. Un grand nombre
de technocrates et bureaucrates sont culturellement incapables de raisonner,
réfléchir, évoluer, proposer et organiser sans
une série de textes qui indiquent la bonne parole et la bonne
voie. Par ailleurs, il existe, par nature, un certain nombre d'activités
et d'individus qui ont horreur de ce genre d'encadrement. Vouloir imposer
des règles ou trop de règles peuvent tuer l'activité
au profit d'une autre d'un genre nouveau et peut-être plus osé.
A titre d'exemple, nous pouvons citer l'évolution du ski alpin
vers le hors piste, le surf hors piste, le free ride
.
A quand d'autres évolutions pour échapper à un
encadrement (4) ?
Ce sont d'autres
questions !
6/ les contraintes
liées à la pratique des " sport-nature "
Si nous acceptons l'idée que les " sports-nature "
se pratiquent dans un milieu naturel il faudra accepter l'idée
que la nature a ses contraintes qui ne tiennent aucun compte du caractère
et des caprices de l'homme.
Si nous acceptons l'idée que les " sports-nature "
peuvent se pratiquer dans certains cas en milieu urbain (5),
il faudra savoir informer et prévenir les pratiquants des contraintes
du milieu naturel qu'ils ne connaissent pas.
Quelles sont ces contraintes ?
- Contraintes
liées au temps : pluie, neige, chaleur, froid, orage, vent,
etc
- Contraintes
liées au terrain : montagne, plaine, milieu humide, terre,
caillou, herbe, feuilles, arbres, buissons, etc
- Contraintes
liées à la protection de l'environnement : faune, flore,
habitats
- Contraintes
liées à la cohabitation avec d'autres usagers du milieu
: autres sportifs ou pratiquants d'activités physiques, promeneurs,
pêcheurs, chasseurs, bergers, agriculteurs, forestier, naturalistes,
habitants riverains, etc
- Contraintes
liées à la sécurité : dangers objectifs
liés au temps et au terrain, dangers subjectifs (fatigue, inattention,
technicité
), éloignement des points d'alerte et
de secours, absence de téléphone et difficultés
d'accès, etc
- Contraintes
liées à l'engagement personnel : éloignement,
autonomie des personnes, niveau de technicité, etc
En guise de conclusion (6)
Ce type de débat n'est pas prêt d'être clos. Il sera
permanent et évoluera dans le temps. Je n'ai pas la prétention
d'avoir vu tous les aspects de la problématique. Je n'ai fait
qu'apporter quelques éléments de réflexion qui
resteront à compléter. La discussion est donc largement
ouverte et accessible sur ce forum :
Néanmoins, il me semble qu'il serait dommageable de vouloir transformer
la nature en stade et transposer les stades dans un milieu naturel.
Il est tout aussi dommageable que certaines collectivités voient
dans les sports-nature un seul élément de développement
économique et touristique. A vouloir trop en faire, nous tuerons
la poule aux ufs d'or et nous aurons un ensemble de structures
devenues obsolètes ou sans suivi d'entretien.
A suivre
.
Louis DOLLO
Le 6 septembre 2004