Hiver 1844-1845, loups et ours attaquent la population
dans les villages des Hautes-Pyrénées

(Extrait des Archives Départementales des Hautes-Pyrénées)

 

Pour les défenseurs des introductions de l’ours dans les Pyrénées et du loup, l’histoire des problèmes avec l’homme débute à la fin du 19ème siècle lorsqu’il n’y a plus d’attaques connues sur les humains. Comme si l’ours et le loup, en étant protégés, avaient changé de comportement à l’égard de l’homme. Pourtant, le 20ème et ce début de 21ème siècle ne sont pas sans accident, incidents, morts et blessures. Mais ceci doit rester « secret ».

A l’occasion des introductions d’ours de 1996, 1997 et 2006, il n’a jamais été fait d’étude historique ou sociologique. Normal, cela aurait été dérangeant pour les défenseurs de l’ours propagandistes du tout sauvage où l’homme est intrus. Bruno Besche-Commenge a fait une recherche rapide sur les documents en ligne des Archives départementales des Hautes-Pyrénées concernant autant le loup que l’ours. Il nous livre ci-dessous les résultats de cette recherche que chacun peut poursuivre avec les références fournies. D'autres récits sont à envisager.....



Ours et loups attaquent en vallée de Campan
Hiver 1844 – 1845

 

Le site des archives des Hautes-Pyrénées continue à mettre en ligne des documents passionnants. Pour qui a longtemps fréquenté les salles de lecture des dépôts d’archives, rien ne vaut l’atmosphère qui y règne, le contact physique avec le document, son grain, son odeur, parfois encore la poudre qui servit à y sécher l’encre se colle à vos doigts, lien direct presque familier avec le rédacteur … c’est irremplaçable.

Mais quelle commodité aussi de pouvoir ainsi découvrir directement chez soi le plaisir du texte. C’est ainsi que parcourant les dernières mises en ligne je me suis arrêté sur un document de Campan qui s’est avéré, au milieu de notes plus austères, riches d’informations sur les ours et les loups dans la vallée lors du terrible hiver 1844 – 1845. Ce hasard des pépites que l’on découvre sans s’y attendre est aussi un plaisir des archives.

La note est rédigée par le juge de paix du canton. En bonne méthode il faudrait chercher d’autres documents susceptibles de corroborer les attaques d’ours et de loups sur des humains qu’il relate. Mais, vu sa fonction, on peut penser qu’avant d’écrire il s’est assuré de la réalité de ce qu’il rapporte, ne s’est pas arrêté aux rumeurs. Je retranscris ci-dessous ce passage.

B.Besche-Commenge – 28 octobre 2012

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Notes sur l’hiver de 1844 – 1845

L’hiver 1844 – 1845 doit être classé parmi les hivers rigoureux ; de mémoire d’homme on n’avait vu autant de neige et le sol couvert pendant si longtemps. Le mauvais temps n’a pas cessé peut on dire pendant les mois de février et de mars ; jusque là nous ne nous étions pas aperçus que nous nous trouvions dans la rude saison. Ainsi à vrai dire l’hiver n’ a commencé pour (le bourg Campan) que le dimanche 9 février. Nous avions eu une pluie abondante les jours précédents, mais au moment que les vêpres allaient être chantées , il commença à neiger de telle force que le lendemain le sol était couvert à une profondeur de quarante centimètres. Depuis lors le mauvais temps a continué. Les personnes qui plus tard liront ces notes pourront juger de la position des habitants de nos vallée par la copie de la lettre adressée par le rédacteur à l’écho de la vallée, journal imprimé à Bagnères.

Campan, le 1er mars 1845

Un ours (les mots soulignés dans le texte) énorme, s’il faut en juger par l’empreinte de ses pattes sur la neige, est descendu des forêts de sapin qui couronnent la cime de nos montagnes, dans la vallée de la Seoube, dans la nuit du mardi au mercredi 6 février. Six chasseurs intrépides, comme le sont les montagnards, se sont mis le lendemain à la poursuite de cette bête fauve. La trace profonde qu’elle laissait dans la neige ont conduit nos campanois jusqu’au pré de St Jean et à peu de distance de nos belles carrières de marbre. Arrivés dans cet endroit, ils ont pu se convaincre que malgré leurs efforts ils ne pourraient atteindre le féroce animal. Ruisselant de sueur, ils se disposaient à prendre le repos qui leur était si nécessaire, lorsque jetant leurs regards vers la maison de Salles Mondi (note en marge : c’est sur l’emplacement de cette maison que les Quatre Veziaux se proposent de construire la maison hospitalière) ils s’aperçurent avec douleur qu’elle est presque couverte par la neige ; c’est à peine s’ils distinguent le haut de la cheminée, par laquelle s’échappe de la fumée, indice certain que le pauvre vieillard est dans sa demeure. Ces jeunes gens qui ne consultent que leur bon cœur, s’élancent malgré leur fatigue vers cette habitation, et après des efforts inouïs ils arrachent Salles Mondi du tombeau où il était enseveli en le faisant passer par la lucarne du grenier. Vous peindre la joie de ce vieillard serait peine inutile, il ne savait comment témoigner sa reconnaissance à ses généreux libérateurs, qui apprirent de lui que pendant six jours il n’avait mangé que du lard. L’unique livre de pain qu’il avait emportée lors de sa dernière descente dans la vallée ayant été consommée la veille des dernières neiges.

Vous voyez M. le Rédacteur, que si nos jeunes et vigoureux chasseurs ont pris une peine inutile en poursuivant l’ours qui était venu les braver jusque dans leur demeure, leur journée a été bien remplie puisqu’ils ont eu le bonheur d’arracher à une mort certaine le pauvre Salles Mondi.


Quelques particularités sur l’hiver, événements déplorables survenus.
/…/Les bêtes fauves ont souffert considérablement ; on a tué des renards sans nombre ; les loups paraissaient pendant le jour ; la nuit ils parcouraient le Bourg de Campan, la ville de Bagnères. Un ours est entré dans le jardin du maire de Trébons ; le même probablement est arrivé jusqu’au pont de pierre de Bagnères.

Un homme de Lésignan (note en marge : Lourde) rentrait chez lui un peu tard, il est poursuivi pendant longtemps par deux loups, il a le malheur de glisser sur la neige et est dévoré.

Un père de famille à Luz, s’occupait à déblayer le passage sur un sentier qui conduit à sa maison, il est attaqué par un ours qui lui dévore la tête et le bras en présence de ses enfants qui ne peuvent rien pour lui porter secours.

Plusieurs personnes ont vu pendant le jour roder deux loups aux environs de Campan et Beaudéan ; ils étaient tellement familiarisés avec les hommes, qu’ils se dérangeaient à peine lorsqu’ils les rencontraient. On s’est mis plusieurs fois à leur poursuite et on n’a jamais pu les joindre. Des chasseurs de Campan et Beaudéan se sont remis au Mourgoueilh mais inutilement, ils ont toujours échappé.

Pour note : ? Cazeaux, Juge de paix

 

Source :

Procès-verbaux et faits importants de la mairie de Campan (139 folios)

Type de document : Registre de délibérations
Date : 1843-1849
Cote Archives départementales : 123 E DEPOT 83
Cote Archives communales : 2 D 5
Lieu de conservation : Archives départementales des Hautes-Pyrénées

Ces ours qui tuent et blessent

 


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