L'ours dans les Alpes

 

Certains écologistes font une fixation pathologique sur l'ours dans les Pyrénées et sa réintroduction uniquement dans ce massif. Mais pourquoi ne le serait-il pas dans d'autres régions de France ? Il est bien connu qu'il était présent sur tout le territoire nationale et que, petit à petit, sous la pression humaine, il s'est retranché en montagne comme beaucoup d'autres espèces. Les Alpes ont donc connu l'ours il n'y a pas si longtemps. Contrairement aux Pyrénées, il y a été totalement exterminé. Toutefois, il reste encore quelques traces de son passé qui laissent à penser qu'il n'était pas si apprécier que cela.

 


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Ours dans les Pyrénées

 

 

Un peu d'histoire


L'ours a officiellement disparu des Alpes françaises en 1937. La chasse, le poison, le déboisement intensif des basses vallées, les aménagements militaires et la pression démographique du XIXème siècle ont fini par avoir raison de l'ours plus d'un siècle plus tôt que dans les Pyrénées.

  • Avant 1800
    Selon certains auteurs, l'ours aurait disparu des Alpes de Haute Provence (Ex Basses Alpes) entre 1790 et 1800. Jean-Jacques Camara, l'ours aurait disparu de Vésubie en 1730. Toute fois on signale un ours sur le comté de Nice le 17 novembre 1780 avec une capture à Saint-Martin-Vésubie.

  • Vers 1800
    Rosso écrit en 1826 que "l'apparition des ours dans les Alpes-Maritimes est si rare, les moyens qu'on emploie pour les chasser si prompts qu'ils ne peuvent plus s'y propager". Mais la littérature signale " un noyau intéressant " à Saint Paul sur Ubaye jusque vers 1840. <
    Selon diverses bibliographies il resterait environ 300 ours dans les Alpes françaises en 1800. Ce qui est peu. Mais il faut prendre cet inventaire avec quelques précautions puisqu'il ne fait pas mention des Alpes du Sud comme évoqué ci-dessus et les moyens de comptage étaient probablement plus modestes qu'aujourd'hui sachant que même les Slovènes ne font qu'une évaluation. La décomposition par massif serait la suivante selon différents ouvrages :
    • Massif de l'Oisans et environs (approximativement Isère et Drôme actuelles) : 26 à 30 ours
    • Massifs de la Tarentaise, des Bauges et du Beaufortain (Savoie et Haute-Savoie actuelles) : 28 à 30 ours.
    • Massif de la Chartreuse (Savoie et Isère) : environ 20 ours
    • Massifs du Trièves, Dévoluy, Champsaur, Gapençais (Hautes-Alpes, Isère et Drôme actuels) : de 40 à 45 ours environ
    • Haute Maurienne, Briançonnais et Queyras (Savoie et Hautes-Alpes) : environ 40 ours
    • Massif du Vercors (Drôme et Isère) : environ 60 ours
    • Régions de Basse Maurienne, Hurtières et Belledonne (Savoie et Isère) : de 66 à 70 ours

      Toutefois, Bernard Prêtre dit ne pas avoir pu donner de chiffre pour la Haute-Savoie en raison de la dispersion et de l'isolement des plantigrades. Il semble, néanmoins, qu'ils aient survécus jusque vers 1880.

  • Vers 1860
    A cette période, il n'y a probablement plus d'ours dans les Alpes du Sud et il n'en resterait qu'environ 70 sur l'ensemble du massif. La répartition géographie pourrait être celle-ci (toujours avec beaucoup de précautions) :
    • " Oisans : 5 ours. Nous pouvons noter qu'une femelle et deux oursons ont été aperçus en 1840 à Saint-Firmin, dans le Valgaudemar.
    • Tarentaise, Beaufortain et Bauges : 9 ours
    • Chartreuse : 4 ours
    • 9-10 entre Trièves et Gapençais : 9 ou 10 ours. Nous notons un ours tué en 1850 à Névache dans la vallée de la Clarée.
    • Haute Maurienne, Briançonnais et Queyras : de 5 à 10 ours
    • Vercors : 20 ours
    • Basse Maurienne et Belledonne. 12 ours

  • Vers 1900
    A cette période, l'ours n'est déjà plus qu'anecdotique dans les Alpes françaises avec une vingtaine d'individus. La situation peut se résumer ainsi :
    • Tarentaise-Beaufortain-Bauges : un ours (153 kg) est tué à la montagne du Charbon (commune de Doussard), dans les Bauges (Haute-Savoie), en 1887.
    • Oisans : peut-être un solitaire
    • Trièves-Dévoluy-Champsaur-Gapençais : un ours, qui pourrait être le dernier, est abattu en 1895 à Prapic, sur la commune d'Orcières.
    • Chartreuse : un ours
    • Haute Maurienne et Briançonnais : 2 ours
    • Vercors : 7 ours.
      • font sLes 2 dernières captures du massif auraient eu lieu en 1898.
      • Un ours est tué au Grand Veymont par un berger.
      • En 1901, un mâle de 20 mois (qui aurait curieusement pesé 33 kg) est tué au col de l'Arc (Villard-de-Lans).
    • Belledonne-Hurtières-Basse Maurienne : 4 ours

    Il ne reste donc que 3 noyaux potentiellement "actifs" : Vercors, Hurtières et Trièves.
  • Vers 1920
    Il ne resterait dans les Alpes françaises que 5 à 6 ours :
    • 2 à 3 en Vercors
    • 2 en Basse Maurienne, Hurtières et Belledonne

Hors de ces deux massifs, l'ours semble avoir disparu vers 1910. Nous pouvons remarquer que

  • Le 2 novembre 1919, une femelle130 kg est abattue aux Hurtières.
  • Le 13 août 1921, une vieille femelle de 105 kg est abattue à Montgelaffrey (Maurienne).
  • Une observation a été faite en 1927 à Bonneval (Haute Maurienne) au lieu dit " Les Buffettes "
  • Vers 1930
    Il restait probablement deux individus dans le Vercors et plus qu'un seul en 1940. Le dernier a été observé à Saint-Martin-en-Vercors en 1937.
  • A partir de 1930
    Des signalement divers et anecdotiques jamais confirmés comme celui du naturaliste suisse Roberd Hainard qui dit avoir trouvé des traces d'ours jusque vers 1975 dans le Chablais (Haute-Savoie), dans le secteur de la Dent d'Oche. Ou encore ces témoignages de chasseurs en octobre 2000 qui disent avoir aperçu une ourse et son ourson dans la vallée d'Arvieux (Queyras).
    Si tout ceci était exact, cela se saurait par d'autres faits objectifs.
  • A partir de la fin des années 1980, un projet d'introduction d'ours dans le Versors apparaît avec une volonté, en 1995, de s'en occuper après les Pyrénées.

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Les causes de la disparition de l'ours dans les Alpes


Les causes de la disparition de l'ours dans les Alpes sont multiples et sensiblement les mêmes que dans les Pyrénées. Mais on ne peut pas analyser les causes sans parler des motivations.
L'ours est pour l'homme un " nuisible " au même titre que le renard et le loup. Il attaque les troupeaux parfois même l'homme. Il fait peur et perturbe la vie économique d'une population pauvre de montagne. Sa disparition apparaît comme un bienfait alors que sa présence est un malheur pour les familles.

En 1844, l'ours est déclaré " nuisible " par le législateur français. Les préfets peuvent organiser des battues car "les ours pourront être détruits partout, en tous temps et par tous moyens et en tous lieux..."
Des battues étaient organisées chaque année de 1860 à 1904. Pas seulement pour le réguler mais aussi pour l'éradiquer. C'est en particulier le cas dans le Vercors et les Bauges où ils sont nombreux.

En dehors de ces aspects, d'autres facteurs apparaissent en particulier au XIXème siècle tel que :

  • La pression démographique nécessitant toujours plus de terres cultivables en moyenne montagne mais aussi la construction de villages de plus en plus haut.
  • L'accroissement des coupes de bois pour le papier en particulier en Belledonne en 1869, dans la continuité des coupes pour la marine du XVIIème siècle.

En fait, l'homme prenait de plus en plus de place et avait besoin de cet espace, vital pour sa vie, au détriment de l'espèce animale la plus dérangeante. La problématique est moins une question de cohabitation qu'une question d'espace indispensable aux deux espèces : ours et humain.
Aujourd'hui, peut-on sincèrement penser que l'ours a sa place dans les Alpes ? Où alors, pourquoi ne pas en réintroduire comme c'est le cas des rapaces (Gypaètes barbus et vautours fauves entre autre) pour assurer une continuité sur tout l'arc alpin ?

Pourquoi ne renforcer que l'ours des Pyrénées ?

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Epilogue..... alpin


L'histoire de l'ours dans les Alpes françaises et les causes multiples de sa disparition montre parfaitement qu'au XXIème siècle, une cohabitation n'est pas possible. Qui, aujourd'hui, oserait proposer et imposer une présence de l'ours dans les vallées alpines ? Qui peut prétendre qu'il y serait bien accueilli ? Qui pense qu'il y a encore sa place et de la place pour y vivre ?
C'est sans doute l'objet d'un débat.

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La fosse aux ours... un témoignage du passé


Une fois au moins on peut abandonner les rives accueillantes du lac d'Annecy pour effectuer une marche de 2 heures en montagne (montée 1 heure 10, descente 50 minutes). L'occasion est offerte par la balade du jour qui après une montée, parfois rude, mène à une fosse destinée à capturer les ours jusqu'au début du XXe siècle.


A cette époque, des plantigrades vivaient encore dans les Alpes françaises. Le sentier de retour traverse une belle forêt et débouche à Prafeu, d'où la vue sur Faverges et les montagnes environnantes est intéressante.

Pour rejoindre le point de départ de la promenade en venant d'Annecy, il faut emprunter la N508 en direction d'Albertville. Deux kilomètres avant Faverges (Haute-Savoie), au rond-point planté d'arbustes, on choisit la route qui conduit à ce bourg. Juste avant le pont garni de drapeaux, on prend la route à droite après le rucher. A la fourche, on continue à gauche sur la route d'Englannaz. Lorsqu'on arrive sur une placette avec un bassin au centre, on peut stationner à cet endroit.

La marche commence sur la route montante jusqu'au deuxième hameau. Après un bassin (1), on s'engage sur le chemin herbeux légèrement à gauche. Il débouche à l'extrémité d'une route. On choisit alors la section goudronnée en face qui passe devant une grande maison.

Après avoir franchi un ruisseau, on poursuit la progression sur un chemin raide, rocheux et caillouteux. Aux différentes fourches, on suit le balisage jaune ou vert no 7 ou les indications portées sur les pancartes.

Après une grange à gauche, Montangelier, puis des ruines on atteint un carrefour à 750 mètres d'altitude (2). A cet endroit on emprunte le sentier à droite menant, 200 mètres plus loin, à la fosse à ours. Il s'agit d'une cavité de section carrée d'un plus d'un mètre de côté et d'une profondeur d'environ 3,50 mètres. L'ouverture était cachée par des branchages et un appât attirait l'ours, qui chutait alors sur des pieux.

De retour au carrefour (2) on emprunte le chemin en face. Il rencontre diverses sources et devient un sentier traversant une jolie forêt moussue. Le sentier se transforme en chemin dans la descente avant d'arriver à Prafeu, d'où l'on peut admirer le paysage.

On rejoint la route près de deux maisons (3) et on descend à gauche. En faisant une escapade jusqu'à la croix érigée sur la colline à droite, on bénéficie d'une jolie vue sur Faverges et les montagnes environnantes.

Avant le virage, on suit le sentier à gauche et on continue la descente en forêt jusqu'à la route d'Englannaz à 495 mètres d'altitude. La balade se termine dans le village au terme d'une marche de 3,9 kilomètres.

Source : Le Monde du 29 juillet 2006

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