Le pastoralisme est-il en danger de mort sur le Couserans ?

L'ours sur l’estive de Pouilh en Ariège-Pyrénées, une saison 2013 difficile.

 

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Les attaques d’ours sur l’estive de Pouilh en Ariège-Pyrénées ont fait l’objet d’une forte polémique entretenue par l’Equipe Technique Ours (ETO) de l’ONCFS et largement relayée par ses associés traditionnels, les associations écologistes ADET-Pays de l’ours et Ferus, allant jusqu’à nier l’existence de prédations. Polémique amplifiée par une préfète nouvellement arrivée en Ariège qui, mal informée et faisant confiance à des fonctionnaires englués dans plus de 30 ans de mensonges, a tenu des propos pour le moins inappropriés concernant éleveurs et bergers, vite remise en place par l’ASPAP et l’ADDIP.

Les deux articles du numéro de septembre de Terre d’Ariège se situent au-dessus de ces polémiques stériles pour regarder la situation avec réalisme et de manière dépassionnée. Le titre pose la bonne question : "Le pastoralisme est-il en danger de mort sur le Couserans ?" Malheureusement, les pouvoirs publics n’apportent pas la bonne réponse néanmoins contenue dans un article du Code Rural qui, manifestement, n’a jamais été respecté. Jusqu’à quand ?


La saison avait mal démarré pour Jean Benazet , le berger de l’estive de Pouilh sur le haut Salat. Quand il est monté à la fin du printemps pour commencer à préparer sa saison d’estive 2013, il a découvert la cabane de Pouilh anéantie par une avalanche.

Le début de l’estive fut dur, avec une montée retardée d’un mois, une pousse de l’herbe tardive et les premières attaques d’ours (7 attaques en juillet, 9 brebis reconnues prédatées).

Les conditions de travail détériorées par le manque de logement décent en partie basse (deux ALGECO posés en urgence pour remplacer la cabane détruite), sont rendues invivables par la crainte permanente de voir le troupeau attaqué par les ours.

Pourtant ce berger, d’un grand professionnalisme, a accepté cette année, comme d’habitude, de prendre un stagiaire pâtre pour le former. Sa volonté farouche de transmettre ce métier qu’il aime avec passion, a été plus forte. Il faut dire que Jean connaît bien “ sa montagne ”. Cela fait 25 ans qu’il garde les brebis…..
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Au delà de l’atrocité subie par le bétail en montagne, loin des règles de bien-être animal voulues par la loi, il y a les blessures invisibles imposées aux humains. Pour combien de temps encore ?

Auteur : Emmanuel Trocmé, ingénieur références et référent montagne.

Impact : L’estive sera-t-elle vide l’année prochaine ?

Les Roubichou ont descendu une grande partie de leur troupeau durant le week-end suivant l’attaque. “C’est la date habituelle pour trier et descendre les brebis prêtes à agneler, mais suite à cette attaque, nous avons décidé de descendre tout le troupeau. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser les bêtes 15 jours de plus, car on risque une nouvelle attaque. Sur des brebis qui se préparent, ce serait une catastrophe.”

Ce départ d’estive précipité a cependant laissé quelques bêtes en montagne : “ une soixantaine sont restées car elles n’étaient pas dans le parc au moment du tri. Nous ne savons pas encore si elles sont simplement dispersées, suite à la panique, ou si nous ne les retrouverons jamais. Nous aurons sûrement la réponse dans quelques jours, quand tout sera redevenu plus calme. ” Quant à l’année prochaine, les Roubichou sont encore indécis : “ si l’Etat ne fait rien, nous ne remonterons sûrement pas l’année prochaine. D’autant plus que nous nous sommes agrandis à Saint Victor Rouzaud. Déjà cette année, nous il ne nous était plus nécessaire de monter. Mais c’est une bonne montagne, avec une bonne ambiance : nous avons décidé de continuer. Quant à l’année prochaine, nous allons nous donner le temps de la réflexion ”, explique M. Roubichou.

Selon Claude Durand, Président du GP, au moins cinq autres éleveurs ont retiré l’intégralité de leurs brebis de l’estive, alors que la descente était prévue au 30 septembre. Et les perspectives pour l’année prochaine sont mauvaises : “ je sais déjà qu’au moins un éleveur ne remontera pas. Il a vendu une partie de ses brebis, pour ne garder qu’une dizaine de bêtes, qu’il gardera chez lui. C’est un éleveur qui montait depuis plus de 40 ans ”, indique Claude Durand. “ Nous sommes l’un des premiers GP à avoir été fondés en Ariège, et nous serons peut-être l’un des premiers à disparaître si ça continue comme ça ”, conclue tristement le Président.

Auteur : E.L.
Extraits de Terre d’Ariège du 20 septembre 2013

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