Ours, figure emblématique des Pyrénées
ou
une histoire de divinité

 

Mythologie, astronomie, histoires terrifiantes, contes et peluches, l'Ours est partout dans notre vie. Son histoire est pleine d'idées reçues mélangées à de nombreuses vérités.

L'ours, une histoire dans le temps


Ses patronymes :

  • Arthur en Celte.
  • Bernard qui vient du germain "ber" (ours) et de "hard" (dur, fort). C'est, paraît-il, le patron des alpinistes, des skieurs et des publicitaires.
  • Martin, un saint très populaire qui a aussi son nom lié aux Anes (l'âne Martin). On dit qu'un évêque quelque part en Ariège avait un âne comme seule monture et confident qu'il appelait Martin . Un jour l'âne fut mangé par un ours. Le brave évêque courut après l'ours, le rattrapa et pour le punir lui mit un bonnet d'âne et le condamna à remplacer toute sa vie le brave compagnon de l'évêque. Il l'appela également Martin.
  • En Roumanie, la Saint Martin est le jour de la fête de l'ours
  • Dans la tradition slave, Saint André est le patron et le double de l'ours (y aurait-il un lien avec le Pic Saint André à Gavarnie ?). C'est ainsi que le Saint et l'ours sont célébrés tous les ans le 30 novembre.
  • Au moyen âge, les grands seigneurs prétendent tous descendre d'un ancêtre ursin. C'est ainsi que le premier roi des Goths à Toulouse s'appelait Ursin.
  • Saint Ours.

Les constellations célèbrent l'Ours

  • La Grande Ours (ursa major) qui est composée de 7 étoiles en forme de chariot avec un timon. On dit aussi que c'est la forme d'une casserole avec sa queue.
  • La Petite Ours (ursa minor) dirigée à contre sens et parallèle à la Grande Ours, un peu plus vers le Nord (dans l'hémisphère Nord), avec ses 2 étoiles de queue qui indiquent la direction et l'étoile polaire.

L'Iliade nous apprend que l'une des deux constellations figurait sur le bouclier de Vulcain.

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L'ours dans la mythologie


Selon la légende de l'Antiquité grecque, Artémis, la fille de Zeus, était adorée comme déesse-ourse. C'était la maîtresse de la faune sauvage qu'elle domine et protége. Elle cultive l'esprit de virginité pour elle et ses nymphes. Mais Zeus séduit Kallisto la plus belle des nymphes et compagne d'Artémis en prenant les apparences de sa fille. Il en profite pour violer Kallisto. Mais Héra, la femme trompée et Artémis la déesse trahie rentrent en forte colère. Kallisto est changée en ourse et condamnée à l'errance sauvage et solitaire dans les montagnes.

Arkas, le fils du Dieu et de la nymphe apprend à chasser tout en grandissant. Mais Héra, dans toute sa cruauté de vengeance imagine de mettre le fils en présence de sa mère à l'occasion d'une chasse.

Pour éviter ce drame, Zeus décide d'enlever le fils et la mère vers le ciel pour les placer dans les étoiles. C'est ainsi que naquirent la Grande et la Petite Ourse...

La légende fut reprise par les Romains où Artémis est remplacée par Diane la déesse chasseresse et Zeus par Jupiter.

Les indiens Iroquois ont une toute autre version au cours d'une famine sur les bords de la rivière Orvéga dans un village Mohawk. Un ours géant et vorace était la cause de cette famine. Tous les indiens se faisaient tuer par cet ours redoutable. Mais un jour (ou une nuit) dans leur rêve, trois frères se mettent à poursuivre cet ours qui, pour leur échapper, s'enfuit dans le ciel. C'est ainsi qu'est née la Grande Ours.

Par contre les Ostyaks voyaient l'origine de l'ours dans le ciel. Par un coup de patte de la petite ourse dans la voûte céleste, il aurait eu la voie ouverte sur le monde des Hommes. La petite Ourse était investie d'une mission civilisatrice et pouvait punir les mauvais en enseignant des rites purificateurs d'où la célébration du sacrifice de l'Ours.

Il semble que pour les gallois celtiques, la constellation de la Grande et de la Petite Ourse soit Cerbyd Arthur, le char de leur Roi Arthur tiré par des ours.

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L'ours, la réincarnation de l'homme


On a vu que dans la mythologie grecque et romaine, l'ours était la réincarnation de la femme. Mais le monde des humains l'a vite assimilé au sexe mâle. Pour l'humain c'est l'Homme déchu par les Dieux :

"Homme sous son épaisse fourrure descendu de la montagne à la rencontre des vivants".

Il inspire les croyances, d'ailleurs encore tenaces pour certaines, et il est le messager des Dieux et le gardien des enfers.

On dit aussi qu'il ressemble à l'homme. On l'affuble de sobriquets.

Dans les Pyrénées on dit de lui que c'est "Et Pedescaous", c'est à dire le va-nu-pieds car, avec un peu d'imagination, on dit que l'emprunte de ses pieds ressemble, à quelques pointures prêts, à celui de l'homme. Et puis, cette autre ressemblance humaine avec sa capacité à se tenir debout, avec ses griffes qui ressemblent aux ongles de la main. Ou encore, la femelle qui allaite ses petits et la manière dont elles les corriges ou jouent avec eux. Ce sont des images émouvantes que l'on retrouve à travers les peluches des enfants.

On l'appelle également Martin ou Dominique (voir plus haut). Mais le plus révélateur (et le plus courant et le plus respectueux actuellement c'est quand on l'appel "Et Moussu", c'est à dire "Le Monsieur". On voit donc que dans les vallée aussi mystérieuses que pauvres, l'animal qui partage les rigueur de la vie avec les hommes est respecté en tant que Maître que l'on craint, que l'on jalouse parfois mais que l'on admire.

Selon des écrits de Gaston Phébus datant du Moyen Age, on croyait que l'ours faisait l'amour comme des humains. Depuis on a compris qu'ils copulaient comme tous les autres mammifères à l'exception des humains.

D'autres populations étant en rapport avec l'ours lui ont donné des sobriquets plus ou moins agréables.

  • Les scandinaves : "Pied d'or", "le Maître de la forêt", "le vieux", "le vieillard noir", "Grand-père", "Grand-oncle", "Grand-mère".
  • Les Lapons plus au Nord mais plus imagé : "le vieil homme avec le manteau de fourrure".
  • En Sibérie on retrouve les mêmes racines : "le manteau de fourrure", le Maître", "le Seigneur" ou "le Père".

On voit donc partout une certaine déférence à l'égard de ce plantigrade. Je n'irai pas jusqu'à plaisanter au point que certains chasseurs français (pas forcément pyrénéens) pense à lui sous le nom de "descente de lit".

Les Ketes de Sibérie satisfaisaient au rituel en lui coupant une patte antérieure après l'avoir abattu et la lançait trois fais en l'air (une sorte de pile ou face) pour savoir s'il s'agissait ou non du grand-père décédé l'année précédente.

Sur certains monastères et temples bouddhistes, on peut voir la représentation du "Yéti" sous la forme de grand singe ou d'apparence ours. De là à conclure qu'on ne sait pas très bien si…..

Leroi-Gourhan, un préhistorien, écrivait :

"l'ours est partout un homme déguisé"

Nous voyons que l'ours est partout dans les esprits et qu'il y a bien une culture de l'ours. La célébration païenne du "pet de l'ours" sont révélatrices de croyances et superstitions autour de cet animal mythique dont on peut se demander si dans les Pyrénées, comme dans de nombreux pays occidentaux dits civilisés, l'influence de l'Eglise catholique n'est pas à l'origine de la disparition de ces cultes divins en relation avec l'au-delà. Mais doit-on pour autant en conclure que l'homme accepte de cohabiter physiquement avec l'ours. L'histoire nous montre d'ailleurs qu'il y a toujours eu plus de chasse et de combats contre l'ours que de cohabitation avec ce prédateur sauf pour les ours dressés uniquement par des populations du Couserans.

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Prochainement une suite à la légende de l'Ours :

  • Le gardien des âmes
  • Le séducteur de femmes
  • Le symbole de fécondité
  • La femme nourricière
  • La désacralisation d'Et Moussu
  • Le compagnon de misère et une richesse illusoire
  • Le remède miracle
  • Le gibier prestigieux face au berger désarmé
  • L'exode de la faim et la disparition
  • Le défi su siècle en terme politique.


Le Grand Charnier

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