Prédations en Béarn- L'indemnisation à revoir

 

Le calcul des indeminsation est mal adapté à la réalité d'un troupeau qui disparait pratiquement dans sa totalité. Elle ne tient pas compte du travail de sélection de l'éleveur et de l'avenir de l'exploitation. Une remise en cause des méthodes actuelles faites pour quelques brebis isolées s'impose pour toutes les prédations dues à l'ours et au loup. Le Béarn sera-t-il un exemple du genre ?

 


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« Les écologistes, c'est nous ! »


HAUT-BEARN. -- Eleveurs et bergers l'ont redit mercredi à l'occasion de l'assemblée générale de leur comité de défense tenue à Aramits : ils ne veulent pas de nouveaux ours dans les Pyrénées

Les oreilles de la ministre de l'Ecologie, Nelly Olin, ont dû siffler mercredi soir. Une centaine d'éleveurs du Comité de défense contre la réintroduction d'ours dans les vallées béarnaises lui ont en effet adressé un message à l'occasion de leur assemblée générale, à Aramits. Ils ne veulent pas entendre parler de nouveaux fauves. Ici et dans le reste des Pyrénées.
« C'est vrai, l'Etat est passé de quinze à cinq ours. Mais nous ne discutons même pas sur le nombre éventuel d'un nouveau plan. Pour nous, c'est zéro sur l'ensemble de la chaîne », explique Philippe Lahourcade, co-président du mouvement au côté de Marc Paris. « Nous, on ne change pas de position. On sent bien que ce programme va nous déposséder de notre outil de travail et de notre territoire. L'ours, c'est l'extinction programmée du métier de berger. C'est quand même nos familles qui ont fait cette nature. Franchement, les premiers écologistes des Pyrénées, c'est bien nous ! »
Les éleveurs n'ont pas manqué non plus de commenter la prise de position du conseil de gestion de l'IPHB. « Jean Lassalle a demandé l'abandon du renforcement. Mais nous sommes habitués à vivre des rebondissements réguliers dans cette affaire. L'IPHB n'a exprimé qu'un avis pour l'instant. Tant que le syndicat mixte, composé d'élus, n'aura pas pris une délibération claire, aux côtés des conseils municipaux concernés, nous considérerons que les réintroductions sont toujours engagées ».

120 adhérents.
Le comité de défense, créé voilà bientôt dix ans, a connu ces derniers mois une augmentation sensible de ses adhésions. Il a notamment fait beaucoup parler de lui lors du blocage de la caravane du Tour de France, le 19 juillet. Des éleveurs de l'Ouzom et de Haute-Soule ont gonflé les rangs. L'association revendique aujourd'hui autour de 120 adhérents. « On va bientôt atteindre les 150. » Elle a rejoint la Fédération pyrénéenne des éleveurs de montagne, née avec le printemps, pour dire non à l'ours avec davantage de force à l'échelle du massif.
Dans les semaines qui viennent, Philippe Lahourcade et ses troupes ne ménageront pas leurs efforts pour être entendus. « Nous avons pris conscience de l'importance de la communication. Jusqu'à présent, nous avons parlé avec notre coeur. Malheureusement, notre position est souvent caricaturée. Et cette caricature que l'on fait de nous nous radicalise souvent. On mérite quand même un minimum de reconnaissance. On demande à être écoutés ».
A cet égard, le comité espère pouvoir rencontrer rapidement la ministre. « Elle devait venir en Béarn. Mais aux dernières nouvelles, elle se rendrait plutôt à Toulouse le 4 novembre. Nous n'avons prévu aucune action particulière. On suit l'actualité. La responsabilité de la réintroduction est maintenant entre les mains des élus, même si c'est l'Etat qui mène le jeu ».

Le dégât d'ours du 4 juillet changera-t-il la donne ?
Dans les vallées, nul n'a oublié la catastrophe subie par l'éleveur aspois René Mougnague; au niveau de la cabane d'Aule. Le 4 juillet dernier, à 1 800 mètres d'altitude, alors qu'il se préparait à rentrer son troupeau au bercail, vers 19 heures, dans un brouillard à couper au couteau, les bêtes ont été prises de panique. Le lendemain, à l'heure des comptes, une soixantaine de brebisavaient été retrouvées, en bas d'un ravin, mortes ou grièvement blessées. Des traces de l'ourson de Cannelle avait été repérées nonloin de là.
Les autorités ont retenu que l'ours était à l'origine des dégâts. En revanche, le montant de l'indemnisation fait litige. René Mougnague demande bien plus qu'un « banal » remboursement. Il met en avant un préjudice qui porte sur l'avenir génétique du troupeau. Une première : « Jusqu'à présent, on ne prenait pas en compte ce type de demande, mais la valeur d'une brebis », commente Yves Haure, le secrétaire général du Parc national.

Avenir génétique.
Au total, 50 brebis n'ont pas survécu. « Le barème fixé par la commission peut certainement convenir à l'indemnisation de dégâts isolés, mais il ne correspond pas au dommage que nous avons subi le 4 juillet », indique l'éleveur dans un courrier adressé au directeur du Parc national.
« Lors de cet incident, nous avons perdu une génération complète de jeunes brebis. Elles représentaient l'avenir génétique, les futures reproductrices sur lesquelles nous fondons chaque année notre progrès et nos espoirs pour les cinq à dix ans à venir ». L'éleveur indique que son troupeau était inscrit à l'Union pour les races ovines laitières du département. « C'est pourquoi nous leur avons demandé à titre d'expert, d'établir l'évaluation du préjudice, ainsi que le coût de la reconstitution de l'intégrité du troupeau ».
L'argumentation de René Mougnague repose sur la méthode utilisée avec d'autres administrations dans les cas d'atteinte sanitaire comme la tremblante. Et il avance l'idée de généraliser désormais ce type d'expertise quand les dommages atteignent une telle ampleur. « Ce genre d'accident est trop pénible pour qu'en plus, l'indemnisation ne prenne pas en compte la totalité de la perte financière et du préjudice professionnel. »
L'arbitrage de la commission d'indemnisation devrait tomber le 25 octobre.

Auteur : Patrice Sanchez
Article paru dans Sud-Ouest le 20 octobre 2005

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La commission ad hoc donne gain de cause au berger

DEGATS D'OURS -- La commission d'indemnisation s'est accordée hier sur la cas de René Mouniague

Le cas du berger René Mouniague, qui avait perdu cinquante brebis prises de panique, le 4 juillet dernier aux estives d'Aule (Bious-Artigues), conduira-t-il à reconsidérer le mode d'attribution des indemnisations des dégâts d'ours ? Le dernier mot sur ce dossier reviendra au ministère, le conseil d'administration du Parc national devant être préalablement saisi lors de son prochain conseil d'administration, le 7 novembre prochain. Toujours est-il que la commission spécialisée, qui se réunissait hier à l'antenne oloronaise du Parc national, a unanimement reconnu le bien-fondé de la demande de l'éleveur. Qui, arguant du haut niveau génétique qu'il a fait atteindre à son troupeau, réclame d'être indemnisé de ses pertes réelles. Celles-ci intégreraient non seulement le prix des bêtes mortes l'été dernier, mais aussi le manque à gagner représenté par cette sévère perte. Selon les critères habituels, le berger pouvait prétendre être indemnisé à hauteur de 11 300 euros. Mais Claude Soulas, le technicien du Centre départemental ovin d'Ordiarp, organisme d'expertise, a réévalué le préjudice en raisonnant selon la procédure suivie pour la tremblante du mouton. De la sorte, sachant qu'il faudra à l'éleveur trois années pour renouveler son cheptel par un nombre correspondant d'agnelles sélectionnées, il se chiffrerait non plus à 11 300 mais à 17 000 euros. Outre que, pécuniairement, la différence n'est pas mince, cette approche nouvelle fonde une véritable reconnaissance de « l'outil de travail » du berger, et par là-même de la dignité de sa fonction. « M. Mouniague a soulevé sereinement cette question et il y a là un débat très intéressant », considérait au terme de la (longue) réunion de la commission son président, René Rose. Trois autres dossiers d'indemnisation portant sur des dégâts de moindre ampleur, relevés à Urdos (4 bêtes), Borce (4) et dans le massif de Sesques (1) ont été examinés favorablement.

Auteur : Thomas Longué
Source : Sud-ouest du 26 octobre 2005

Ndr : Nombreux défenseurs de l'ours remettent en cause le principe de cette indemnisation estimant qu'il n'y a aucune preuve que le responsable est bien l'ours et que le berger n'a pas correctement gardé son troupeau. Ce type de contestation est assez stupéfiant de la part de personnes qui, le plus souvent, ne connaissent ni les lieux de l'incident ni le métier de berger et qui se permettent de donner des leçons depuis leur clavier d'ordinateur. Il est regrettable que l'avis d'un certain nombre de ces écologistes relève plus du comportement sectaire et de l'hystérie collective consécutive à de la propagande irraisonnée que d'une démarche intellectuelle sérieuse et réfléchie.

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