Chantal Jouanno, Secrétaire d'Etat à l'Ecologie, prend position au sujet de l'ours dans les Pyrénées

 

 


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Ours: la Ministre s'en mêle


Secrétaire d'Etat à l'Ecologie depuis janvier 2009, Chantal Jouanno a repris le dossier de la préservation des ours dans les Pyrénées.

LA DEPECHE DU DIMANCHE : Comment avez-vous réagi à la mort de deux ours annoncée le 5 septembre dernier par un éleveur ariégeois ?

Chantal JOUANNO : J'ai demandé au préfet de région Midi-Pyrénées, le préfet de massif, d'ouvrir deux enquêtes. Une enquête administrative, menée par la gendarmerie, puis une enquête technique, diligentée par l'ONCFS. Je viens de recevoir le résultat de ces deux enquêtes. L'enquête administrative n'a rien donné. Mais l'enquête menée par les techniciens de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage fait état d'une suspicion. J'ai demandé à l'Office de poursuivre cette enquête. A l'heure actuelle, on ne peut pas dire si un ours a été tué, ou non : il n'y a qu'une suspicion.

DDD : La chasse à l'ours aurait repris dans les Pyrénées : c'est en tout cas ce qu'affirme une association ariégeoise.

C. J. : Si tel est le cas, c'est inadmissible ! Ce serait un échec pour tout le travail de préservation mené depuis des années. L'ours est une espèce protégée, menacée. Dès que j'ai eu connaissance de ces déclarations, j'ai demandé au préfet de l'Ariège de transmettre au procureur. A lui de déterminer quelle suite il va donner.

DDD : Que ferez-vous si la preuve est apportée que des ours ont été tués ?

C. J. : Nous porterons plainte. C'est un délit. Notre rôle est de faire respecter la loi. Beaucoup de choses ont été faites dans les Pyrénées : des aides au pastoralisme, des remboursements en cas de prédation. On a progressé sur tellement de sujets que ce serait dommage de retourner en arrière ! Mais je ne veux pas d'une politique parisienne qu'on imposerait aux habitants des Pyrénées.

DDD : Les éleveurs pratiquent la politique de la chaise vide aux réunions du Gnop, le Groupe national ours dans les Pyrénées. Comment ferez-vous pour réconcilier les positions inconciliables des pro et des anti-ours ?

C. J. : Aucune position n'est inconciliable. Je suis sûre qu'on peut reprendre le dialogue. Je ferai tout pour.

DDD : Rencontrerez-vous les éleveurs ?

C. J. : Il faut rencontrer tout le monde. Les éleveurs ont leurs problèmes. Il faut discuter.

DDD : Qu'en est-il du rapport de ce Groupe ours ?

C. J. : J'ai reçu ses conclusions début septembre. Le Gnop préconise la mise en œuvre d'une charte chasse, la reprise du dialogue avec les éleveurs, une étude sur l'ours et le tourisme. Pour la partie centrale des Pyrénées, il faut rapidement réaliser une expertise pour savoir si la question de la pérennité du noyau des ours se pose de manière scientifique. Dans les Pyrénées-Atlantiques, il ne reste plus que des plantigrades mâles ; il faudrait théoriquement amener des femelles.

DDD : Etes-vous favorable à de nouvelles réintroductions d'ours dans les Pyrénées ?

C. J. : Dans tous les cas, je ne souhaite pas prendre des décisions seule. Pour les Pyrénées-Atlantiques, où la question de la survie du noyau d'ours se pose, je souhaite mener une large concertation avec l'ensemble des acteurs locaux. Je ne pense pas que l'on puisse résoudre les questions écologiques dans l'affrontement. Et puis réintroduire des ours pour qu'ils se fassent tuer, non ! L'écologie doit se conduire dans le respect.

Recueilli par Sabine Bernède
Source : La Dépêche du Midi du 20 septembre 2009

Commentaire avec le recul.... au 15 juin 2012

Depuis cette interview, pratiquement 3 ans se sont écoulés et nous en sommes au 3ème Ministre.  Néanmoins, reprenons chacun des éléments de réponse de Chantal Jouanno qui sont assez significatif de la situation pyrénéenne.

1/ La preuve n’a jamais été apportée que des ours aient été tués. Néanmoins, il n’y en a plus dans la haute Ariège. C’est un fait. L’enquête s’est soldée par un échec, mobilisant beaucoup de monde pour rien comme c’est devenu une habitude pour les questions de grands prédateurs. Nous pouvons également noter que nous ne parlons plus de loups en haute Ariège et dans les Pyrénées-Orientales. Il semble que le problème ait été résolu dans la discrétion.

2/ Tuer des ours importés de Slovénie est-il vraiment un délit ? Quel est le véritable statut d’un animal exogène au sens de l’annexe 17 de la Convention de Berne ? Voilà du travail pour les juristes. Mais il se pourrait bien qu’en application du Code de l’Environnement et du Code Rural, ce serait les services de l’Etat qui pourrait être plus inquiétés que l’éleveur qui défend son troupeau. Une affaire à suivre sur le tapis vert ! Qu’un Ministre porte plainte ne manquera pas d’intérêt.

3/ Si pour la Ministre « Aucune position n'est inconciliable » et qu’elle est « sûre qu'on peut reprendre le dialogue », nous constatons qu’aucun Minsitre n’a réussi et qu’il est assez peu probable, au regard des résultats de la consultation de début 2011, qu’une acceptation sociale et un dialogue pour importer ou gérer des ours soit envisageable en dehors d’une ruse, toujours possible, de la part des écologistes avec la complicité des pouvoirs publics, comme par le passé. Mais en 2012, ce n’est plus comme en 1996 ou 2006. Les règles du jeu juridiques ont changé. Si « les éleveurs ont leurs problèmes », ce n’est pas en discutant qu’on les résoudra mais en agissant. Et pour eux, l’action c’est Zéro prédateurs.

4/ Il semble que la Ministre n’ait pas compris que le groupe Ours n’a jamais vraiment existé puisque pratiquement aucun acteur local n’a voulu y participer. Il ne s’agissait que d’une réunion de façade entre écologistes et fonctionnaires pour faire impression et satisfaire l’autoritarisme d’un Préfet de Région totalement fermé à toute discussion et écoute au point de jeter à terre un dossier remis par l’ADDIP.
Par ailleurs, aucun des points proposés par la Ministre n’a été suivi d’effets : « la mise en œuvre d'une charte chasse, la reprise du dialogue avec les éleveurs, une étude sur l'ours et le tourisme ». Pire, fin 2010, un projet d’introduction d’une ourse en Béarn est mis en place sans que celui-ci ne respecte les conditions de la charte environnementale constitutionnelle et le Code de l’Environnement. Cela aussi est délit… le non-respect de la loi. Nous connaissons la suite…. Rien ! Sauf que nous retenons que le dialogue n’est pas pour demain et ceci quel que soit le Ministre.

5/ La pérennité du noyau d’ours ? Pas la peine de faire une étude. Ce type d’étude a déjà été fait dans d’autres pays. Aucun avenir pour ces ours. Dans les 25 ans à venir ils auront disparu seuls sans même les aider. Pour être pérenne, il faudrait 300 ours dans les Pyrénées. Nous voyons les dégâts d’une vingtaine… A quoi bon perdre son temps et son argent à faire encore des études ?

6/ Une nouvelle introduction ? Nicolas Sarkozy a dit non le 13 mai 2011. François Hollande aura-t-il le même courage face à ses partenaires politiques d’Europe Ecologie ?

7/ Chantal Jouanno dit : « Et puis réintroduire des ours pour qu'ils se fassent tuer, non ! L'écologie doit se conduire dans le respect ». Le respect de qui ? Des ours ou des populations humaines locales ? La Ministre ne parle que d’écologie, mais ne faudrait-il pas parler de développement durable dont l’écologie n’est qu’un élément environnemental auquel il faut rajouter des préoccupations économiques et sociales. C’est-à-dire tout ce qui a été gommé depuis 30 ans. C’est aussi ça le respect des citoyens.

Dans l’état actuel de la situation, il n’existe aucune adhésion sociale à des introductions d’ours. Bien au contraire. Le comportement de l’administration et des associations écologistes est tel qu’il pousse à l’organisation d’un front du refus uni qui dépasse les clivages politiques. Ce qui fait que l’ours n’a strictement aucun avenir dans les Pyrénées.

Louis Dollo, le 15 juin 2012

 

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En Ariège, c'est motus et bouche cousue


Pas de Tartarin à Tarascon-sur-Ariège. La rumeur de la mort de deux ours aurait couru tout l'été. Mais ces deux hommes en treillis, qui discutent devant la boutique de chasse, n'en ont pas entendu parler : « L'ours, nous, il ne nous gêne pas ». Les chasseurs ariégeois sont davantage préoccupés par un recours intenté par le Comité écologique ariégeois devant le tribunal administratif, recours qui pourrait bouleverser le plan de chasse.

Les gendarmes ont mené l'enquête cette semaine en haute-Ariège après l'annonce faite par Philippe Lacube, porte-parole de l'Aspap (Association pour la sauvegarde du patrimoine d'Ariège-Pyrénées) de la mort de deux ours.

« Les gendarmes sont venus m'interroger ; je ne sais rien », dit Jean-François. En débardeur, béret vissé sur la tête, cet éleveur scie du bois à l'ombre d'un noyer. « Il y a beaucoup de noix. C'est signe que l'hiver sera froid », fait-il.

Dans les villages qui s'égrènent le long de la route de l'Andorre, c'est motus et bouche cousue. « Le chasseur qui a tué Cannelle a pris 11 000 € d'amende. Vous ne croyez pas que quelqu'un va se vanter d'avoir tiré sur un ours ? C'est trop grave », dit un commerçant.

« Je me demande seulement pourquoi Philippe Lacube est sorti du bois », s'interroge un retraité qui prend le soleil assis sur un banc de pierre. De retour des estives, où l'éleveur a passé la semaine, Philippe Lacube explique : « Depuis quelques années, la haute-Ariège était la vallée pyrénéenne la plus attaquée. Cet été, les prédations de brebis ont diminué de moitié. La Direne a communiqué en disant que les ours s'adaptaient et mangeaient des myrtilles. Non. Sil y a eu moins d'attaques sur les troupeaux, c'est qu'il y a moins d'ours. C'est tout ».

Et Philippe Lacube de poursuivre : « Le ministère de l'Ecologie doit avoir les remontées du mécontentement social, et pas seulement des discours angéliques. D'ailleurs, la ministre a réagi. Elle a dit qu'elle place l'homme au centre de la biodiversité et qu'elle ne s'opposera aux populations locales. Le vent tourne ».

Auteur : Sabine Bernède
Source : La Dépêche du Midi du 20 septembre 2009

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