La bataille de l'ours

 

 

Depuis le milieu des années 90, une bataille s'est engagée entre les défenseurs de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées et les éleveurs qui craignent pour la sécurité de leurs troupeaux. En 2005, les pouvoirs publics annoncent une introduction de 15 ours puis de 5 en remplacement de l'ourse Cannelle tuée par un chasseur en vallée d'Aspe le 1 novembre 2004 alors qu'elle avait un ourson de l'année. En 2014, l'ourson est devenu ours et, depuis quelques années, fait de nombreux dégâts dans le Pays Toy.

 


Contexte historique

La bataille de l'ours dans les Pyrénées montre les contradictions pouvant exister entre les enjeux écologiques (préservation des espèces) et économiques locaux (maintien de l'activité agricole ). Depuis le début du siècle, le nombre d'ours vivant dans les Pyrénées a considérablement diminué: le prédateur est chassé car il constitue une menace pour les troupeaux. Alors qu'ils étaient plus d'une centaine en 1900, il ne restait au début des années 90 que quelques plantigrades recensés.

Face aux menaces d'extinction d'une espèce protégée, le gouvernement a envisagé la réintroduction d'ours slovènes. Dès les premières tentatives en 1996, les oppositions locales sont fortes: éleveurs et chasseurs s'élèvent contre une mesure qui entraverait leurs activités. La tension est montée après la mort de Melba, une des femelles réintroduites, tuée par un chasseur en 1997. Le 1er novembre 2004, Cannelle, la seule ourse femelle de souche pyrénéenne connue fut abattue par un chasseur dans la vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques). Cette mort a été vécue comme une tragédie par les écologistes et le président Chirac parla de "grande perte pour la biodiversité". La réintroduction de cinq ours slovènes a été à nouveau mise à l'ordre de jour par le ministre de l'écologie, Serge Lepeltier. Cette mesure a été plusieurs fois différées en raison de l'opposition locale menée par les élus et éleveurs pyrénéens.

Les premiers lâchers ont finalement eu lieu en avril 2006. La multiplication des manifestations "anti-ours" obligea la nouvelle ministre, Nelly Olin, à revoir sa stratégie de communication. Le 25 avril, l'introduction à Arbas de la première ourse slovène Palouma, fut perturbée par des dizaines d'opposants. Elle s'effectua finalement quasi clandestinement dans un village voisin, tout comme les lâchers suivants qui s'achevèrent le 22 août. Un nouveau rebondissement eut lieu 3 jours plus tard, lorsque le corps de Palouma fut retrouvé sans vie sur les hauteurs de Loudenvielle.

Alors que certains militants écologistes réclament aujourd'hui la réintroduction d'un nouvel animal au nom de la pérennité de l'espèce, d'autres comptent sur les succès de la reproduction en milieu naturel pour assurer à terme le sauvetage des ours pyrénéens. Certains scientifiques pointent cependant du doigt les incertitudes qui entourent le projet. Selon leurs calculs, pour écarter toute menace d'extinction de l'espèce, les réintroductions devraient être plus massives. Le projet se heurte cependant à deux obstacles majeurs: la peur de certains éleveurs face à la présence d'un prédateur et son coût financier. Le budget consacré aux réintroductions s'élève déjà à 3 millions d'euros dont la moitié est consacrée à l'indemnisation des éleveurs de brebis victimes des attaques d'ours.

Auteur : Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le reportage présente une vision assez orientée du débat autour de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées. Dans une première partie, la parole est donnée aux éleveurs. Ils expliquent les difficultés pratiques liées à la réintroduction: modifications des conditions de travail, environnement inadapté à une surveillance permanente des troupeaux. Les arguments mis en avant sont donc d'ordre pratique.

Dans un second temps, le reportage montre les différentes formes de mobilisation utilisées par les défenseurs de l'ours pour diffuser leur message. Celles-ci se révèlent parfois très originales et inattendues: peluches à l'effigie de Cannelle, chanson en son hommage. On comprend que les écologistes jouent sur l'aspect émotionnel du drame (rappel de la présence d'un ourson orphelin). L'éleveur interrogé en fin de reportage met en évidence le décalage existant entre ce type de revendications et les préoccupations de la population locale.

Le reportage donne une vision du débat plutôt favorable aux éleveurs. Les défenseurs de l'ours sont présentés comme des idéalistes, éloignés des réalités du terrain face à des éleveurs beaucoup plus pragmatiques.

Auteur : Emeline Vanthuyne

Commentaire


Cette journaliste a une vision stupéfiante de la situation. Comment ne pas être favorable aux éleveurs lorsque nous voyons chez les écologistes :

  • Des excités sans argumentaires sérieux
  • Les motivations creuses et uniquement sentimentales des partisans de l’ours
  • L’incapacité à comprendre les difficultés professionnelles et non ludiques des éleveurs
  • Confondre peluches et vrai ours

Ce mélange de naïveté, d’ignorance et d’excitation sectaire n’inspire guère à soutenir les pro-ours puisqu’en fait ils n’ont rien à dire.

Le plus extraordinaire est que 9 ans plus tard les pro-ours n’ont pas évolué dans leur argumentaire, il n’y a plus de plan ours depuis 2009 et il n’y a pas eu d’autres introductions depuis 2006. De leur côté, les éleveurs et, plus largement, les habitants des vallées, restent hostiles non plus aux introductions mais à la présence de l’ours sur leurs territoires de vie et de travail.

Louis Dollo, le 25 mars 2014

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Transcription

Journaliste

Chaque ours tué dans les Pyrénées sera remplacé. Pas question de fléchir un an après la mort de Canelle, abattue par un chasseur. La ministre de l'écologie affiche sa fermeté. Il y a quinze jours, Nelly Olin annonçait que cinq ours slovènes seraient lâchés au printemps prochain. Une décision qui, plus que jamais, déchaîne les passions dans une longue bataille, suivie en Béarn par Régis Cothias.

Régis Cothias

Visite de contrôle pour Bernard Allègre. Tous les huit à dix jours, de mai à octobre, il vient jeter un oeil sur son troupeau d'une centaine de moutons. Les bêtes passent ainsi la belle saison sur les premières hauteurs de la vallée de l'Ouzoum, entre Pau et Lourdes. La vente des agneaux représente un revenu d'appoint pour cet éleveur, une activité secondaire, et pour lui impossible de consacrer davantage de temps à son troupeau.

Bernard Allègres

" Comme je suis tout seul à travailler sur l'exploitation, j'ai un troupeau de vaches, allaitantes, aussi, à surveiller, donc je ne peux pas y être sept jours sur sept et nuit et jour ici, quoi. S'il y a une attaque d'ours, ici, dans cette estive, c'est ingérable. Je ne peux pas à la fois être ici, sur l'estive, m'occuper des vaches sur l'autre estive du Soulourd, et en bas, faire le stock du fourrage. Assumer tous les travaux de la ferme, quoi ".

Régis Cothias

Une quinzaine d'éleveurs envoient leurs bêtes sur cette estive, et ici, le passage d'un ours, Néré, en 2000, laisse un très mauvais souvenir : plus d'une centaine de moutons tués. Les éleveurs jugent inadaptée ou insuffisante la protection des troupeaux.

Jean-Louis Birou

" C'est quasiment impossible de les parquer, parce qu'il faut les ramasser. Je vois le berger qui les a descendus, là, la semaine dernière. Ils y étaient six et il en a oublié trente six! Alors, je vois mal les rentrer tous les soirs. Vous voyez comme cette montagne est difficile, les accès, tout; et puis, c'est des petits troupeaux, qui sont dispatchés dans des petits paturages. Chaque troupeau squatte son petit coin. Il n'y a pas de possibilité de ramasser mille brebis dans un parc et de les garder la nuit ".

Inconnu

" Des ours, des bergers, dans les Pyrénées ".

Régis Cothias

A l'inverse, les défenseurs de l'animal sauvage jugent cette cohabitation possible. Après la mort de Canelle, la dernière femelle de souche pyrénéenne, tuée par un chasseur en Val d'Aspe, un millier de manifestants défilent à Oloron pour acclamer le retour des ours.

Gérard Caussimont

" Nous attendons, de la part du ministre, qu'il y ait un véritable plan de restauration démographique de l'ours dans les Pyrénées, que ce soit dans les Pyrénées atlantiques ou dans les Pyrénées centrales ou orientales ".

Inconnu

" Canelle, oh Canelle, Canelle, notre amie... ".

Régis Cothias

Les défenseurs de l'ours tiennent à l'emblème de leur cause. Des peluches à son nom, une chanson. Canelle devient un symbole. Sa fin tragique, en laissant un ourson orphelin et toujours vivant fournit la preuve tangible de la lente disparition de l'espèce. Mais à mesure que retombe l'émotion provoquée par la mort de Canelle, les éleveurs reprennent du poil de la bête, et clament leur opposition à la reprise des lâchers d'ours envisagée par le ministère de l'écologie.

Jean-Pierre Pommiès

" J'ai peu d'espoir par rapport à l'issue du problème. Et à mon avis, réintroduction il y aura, puisque apparemment, tous les Français veulent des ours dans les Pyrénées. Mais c'est vrai que c'est malheureux qu'on ne demande pas plus ce qu'en pensent les gens qui travaillent réellement en montagne et qui sont confrontés à la cohabitation ".

Source : INA du 8 octobre 2005

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