L'ourse Franska : un casse tête pour tout le monde

 

L'ourse Franska est bien installée sur les massifs du Pibeste à l'Estibette au cœur de la réserve du Pibeste dans une zone écologiquement très sensible et particulièrement riche comme en témoignent les divers sites Natura 2000.
Par ailleurs, les estives vont être en grande partie abandonnées. Pourquoi ? Quelles incidences ? Quelles conséquences ?


Hier soir à Salles-Argelès, à 20h30, quatre fonctionnaires de la DDA réunissaient 15 éleveurs représentant cinq groupements pastoraux (Estrême de Salles - Bergons, Pibeste, Saint Pé, Ferrières et Ségus). Il n'en fallait pas plus pour mettre gendarmes et policiers des RG sur les dents. Pourquoi ? S'imaginer que la violence ne viendrait que des milieux pastoraux c'est faire preuve d'une totale méconnaissance de la délinquance sournoise existant dans le milieu opposé. Ou bien les représentants de l'Etat auraient-ils des choses à se reprocher au point de ne pas se sentir à l'aise dans un milieu qu'ils devraient bien connaître ?

Le véritable problème était bien l'ourse Franska alors qu'il aurait été plus utile de s'intéresser au développement du pastoralisme sur un plan économique, social et environnemental. Mais les penseurs de l'écologie s'intéressent plus à une seule espèce emblématique au lieu d'avoir une vision globale de la problématique de la biodiversité et du développement durable des territoires de montagne.

Conséquences de la présence de Franska sur le site

De mémoire d'hommes et selon toute la littérature existante, il n'existe aucun exemple montrant que la présence d'un ours au milieu des troupeaux ait été bénéfique pour l'élevage. L'élevage existe depuis des millénaires dans les Pyrénées et l'homme a toujours été en concurrence avec ce prédateur. Pour vivre dans de meilleures conditions, l'homme n'a jamais cessé de rechercher les moyens de s'en débarrasser ce qui a conduit à son élimination partout en France sauf dans les Pyrénées. Aujourd'hui, rien n'a changé car les mêmes maux entraînent les mêmes conséquences. La grande différence est que maintenant, "l'ours est mieux protégé que la brebis". De ce fait,"le pastoralisme est amené à disparaître rapidement… très rapidement." Car il n'y a pas de place pour les deux : ours et troupeaux.

Pas de place pour les troupeaux

Alors que des fonctionnaires ont décidé, sans aucune justification ni référence historique et scientifique, que la cohabitation était possible, avec l'appui de quelques associations aux compétences et à la représentativité pour le moins discutable, les éleveurs ne cessent de se manifester pour expliquer qu'une telle situation est impossible. Ils n'ont jamais été entendus. Ils ont, le plus souvent, "été humiliés, traités comme des demeurés ou comme des ânes et des imbéciles." "Aujourd'hui nous faisons un constat grandeur nature : pour la seconde année de la présence d'un ours, la moitié des troupeaux ne remonteront pas en estive". Placé devant un fait, conséquence des erreurs et de l'incompétence, l'administration s'inquiète sans jamais revenir sur ses décisions. Ceci n'est pas sans conséquence…

Les conséquences économiques et sociales

D'aucuns diront que si des troupeaux ne remontent pas en estive, ce n'est pas grave. L'ensauvagement de la montagne s'accélérera et l'ours pourra recoloniser les espaces. C'est la position des écologistes purs et durs dont certains ont largement infiltré l'administration tant au niveau ministériel qu'au niveau régional et départemental. "Les conséquences économiques et sociales, ils s'en moquent". La quasi-totalité d'entre eux ne sont pas directement concernés puisqu'ils n'habitent pas une commune de montagne. Pour eux, l'éleveur et l'homme en général, est un perturbateur à éliminer. C'est une solution qui peut se défendre dès lors qu'elle est acceptée par une large majorité. Mais maintenant que c'est l'ensemble des contribuables de chaque commune qui sera concerné, il y a peut-être urgence à reconsidérer la situation. Pourquoi ?

Les groupements pastoraux gèrent des estives qui, sur ce territoire, se trouvent être propriété des communes. Ces groupements perçoivent, entre autre, la Prime Herbagère Agri-Environnementale (PHAE) et réalisent des investissements (entretien des terrains, captages de sources, entretien de chemins et cabanes-abrits, clôtures, parcs de rétentions, etc…). En contrepartie les communes touchent des loyers et les éleveurs paient un droit de pacage (la vacade). Mais les moyens financiers de ces groupements pastoraux étant très limités, ils utilisent l'emprunt pour financer leurs besoins, emprunts garantis par les communes en cas de défaillances.

La PHAE n'est versée qu'à la condition qu'un certain taux de " chargement " en bêtes soit respecté pour maintenir le milieu à un haut niveau environnemental. Or, si les éleveurs décident de ne plus monter en estive en raison de la présence de l'ours qui perturbe le milieu, la PHAE ne sera pas versée, les groupements pastoraux ne pourront pas payer et les communes devront prendre le relais des emprunts sans pour autant percevoir les droits de pacages. Au lieu d'être un revenu communal, l'estivage deviendra une charge pour les communes et donc, au travers des impôts locaux, pour chaque habitant.

Sur le plan social, le problème est le même. Des petits éleveurs, ayant une double activité ou étant également à la retraite ou proche de celle-ci, ont déjà abandonné leur troupeau. Une fois le capital de la vente du troupeau consommé, il y a fort à parier que des personnes vivant correctement jusqu'à maintenant vont devenir des demandeurs d'aides et des " usagers " de la solidarité sociale.

Pour ceux qui vont rester en activité, le stress occasionné aux bêtes par l'ours entraîne des pertes importantes de production. Un éleveur nous disait ce matin " l'an dernier à cette époque j'avais fait 200 fromages. Cette année j'en suis à 60 ". Conclusion : baisse de revenu. Quel salarié accepterait de voir son revenu divisé par 3 pour conserver une ourse ?

Nous voyons donc que pour UNE ourse, les conséquences directes ne sont pas négligeables sans parler que sur le plan environnemental le maintien d'une espèce n'est pas sans conséquences graves sur les autres espèces animales et végétales c'est-à-dire la biodiversité.

Conséquences environnementales

Les documents d'objectifs (DOCOB) du réseau Natura 2000 recommandent tous "le maintien et le développement du pastoralisme dans les conditions traditionnelles actuelles" comme nous le rappellent les éleveurs rencontrés. De son côté, la réserve du Pibeste créée spontanément à l'initiative et selon la volonté des collectivités locales il y a une dizaine d'années prévoit la conservation des espèces et des paysages sans apport d'espèces étrangères. "L'ours est une espèce étrangère qui n'a pas sa place dans cette réserve" et qui, indirectement, est arrivé par une importation de Slovénie. Sa présence est, à l'évidence, perturbante pour les espèces existantes et l'équilibre biologique du milieu. C'est la raison pour laquelle les dirigeants de la réserve ont engagé une procédure devant le tribunal administratif. Mais cette procédure est d'une lenteur déconcertante. En attendant la situation environnementale se dégrade. Là encore, nous sommes dans une situation contradictoire qui prouve que cette opération d'importation a été faite sans aucune réflexion et étude environnementale préalable à la décision..

Les éleveurs n'ont qu'à faire garder leurs troupeaux.

Facile à dire ! Mais le peut-on ? Et avant de tenir de tels propos n'aurait-il pas été nécessaire de réfléchir ?

1/ Avant de décider de l'importation d'ours, il aurait fallu mettre en place les moyens matériels, sociologiques, psychologiques, économiques.

2/ Les moyens de gardiennage n'existe pas. "Pour garder un troupeau en montagne, il faut des cabanes adaptées et respectant la législation du travail". Pour en construire, il faut du temps et de l'argent. Les groupements pastoraux étant déjà endettés, il est peu probable que ces constructions soient possibles en laissant à leur charge un minimum de 20% de l'investissement (les aides ne dépassent pas 80%). Par ailleurs le nombre de cabanes à construire ou à adapter est tel qu'il est peu imaginable que, même l'Etat, se lance dans une telle opération d'investissement

3/ "Embaucher des bergers est inimaginable pour la seule raison qu'aucune condition juridique liée au droit du travail ne peut être respectée" : logement, source et eau potable, toilettes, etc…. Les éleveurs et groupements pastoraux refusent d'encaisser la responsabilité civile et pénale d'une telle opération.

4/ Mettre des tentes pour accueillir des bergers. Les Hautes-Pyrénées sont exclus du système depuis 1996.

5/ "Les chiens patous posent de nombreux problèmes avec les randonneurs (plusieurs procès dans les Alpes) et au sein des troupeaux". Nous sommes en présence de nombreux petits troupeaux très proches, la multitude de chiens rend la cohabitation impossible.

6/ Les éleveurs considèrent que "c'est l'Etat qui a créé la situation d'insécurité des biens et des personnes. C'est à lui qu'il appartient de mettre en place les moyens de protection et non aux éleveurs."

Autant dire que la garderie des troupeaux n'est pas la solution comme le faisait déjà remarquer l'ASPP 65. (voir vidéo ci-dessous)


Ours dans les Pyrénées par Infos-Tarbes-Lourdes-65

Marie-Lise BROUEILH, présidente de l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Pyrénéen nous expose les problèmes de cohabitation dans les estives entre les troupeaux et l’ourse Franska qui a fait du secteur du massif du Pibeste et de l’Estibette sa zone d'habitat qui s’étend sur une quinzaine de kilomètres près de Lourdes.

Conséquences sur la biodiversité des espèces d'élevage

Lorsqu'un ours vient disperser un troupeau, il est particulièrement difficile aux éleveurs de le regrouper. Les brebis sont soumises à un stress important. Les troupeaux et les diverses races se mélangent, etc…
Conséquences ?
Le suivi génétique des bêtes n'est plus possible. Des croisements d'espèces différentes s'opèrent. Nous avons alors des bêtes "bâtardes". Dans cette affaire, il semble que les pouvoirs publics oublient que la biodiversité ne concerne pas que quelques espèces sauvages mais tout le vivant animal et végétal y compris l'humain.

Conséquence sur les hommes

Non seulement le revenu baisse mais en plus les éleveurs doivent accroître leur temps de travail personnel déjà pénible en temps normal sans avoir les moyens d'embaucher du personnel. Il semble évident que la situation n'est pas physiquement soutenable et il est plus que probable que l'abandon des estives va encore s'accélérer en 2008 au fur et à mesure que des espaces vont se libérer en plaine.

"Les éleveurs qui recherchent leurs bêtes ne sont pas rémunérés pour ce complément de travail". Pire, lorsque des bêtes ne sont pas retrouvées mortes ou lorsque la prédation n'est pas reconnue ou n'a pu l'être (preuve éliminée par les autres prédateurs tel que les vautours), l'éleveur ne reçoit pas d'indemnité de dérangement. Si nous tenons compte qu'actuellement "les pouvoirs publics cherchent, coûte que coûte, à minimiser le nombre de prédations" par des artifices très discutables, la colère n'est pas prête de retomber.

Quelles solutions ?

"Les services de l'Etat n'ont rien à proposer alors qu'ils sont à la source des problèmes." Pour les éleveurs, ce n'est pas à eux de régler les problèmes de l'Etat d'autant qu'ils n'en ont pas les moyens et que le plan ours est très loin d'apporter des solutions concrètes, sérieuses et durables. Le diagnostic pastoral décidé par le Préfet des Hautes-Pyrénées en septembre est toujours au point mort. Probablement une preuve de plus que l'Etat n'a rien à proposer et est incapable d'apporter des solutions au problème dont il est responsable.

Plus nous avançons dans ce dossier, plus nous nous rendons compte des lacunes considérables des services de l'Etat, conséquence d'une manifeste incompétence de la DIREN Midi-Pyrénées et du Ministère de l'Ecologie appuyés par des associations pour lesquelles l'idéologie prend le pas sur l'écologie.

Aujourd'hui, il nous faut analyser objectivement la situation en terme de développement durable sous ses trois volets (environnemental, social et économique) et nous poser la question de savoir ce qui est le mieux et le plus soutenable pour les générations présentes et futures. Il est évident que la situation actuelle n'est pas durable et que l'ours est non seulement une contrainte mais aussi et surtout une régression sociale, économique et environnemental.

A l'évidence," la cohabitation n'est pas possible". La démonstration est faite. Il faudra donc probablement décider du retrait pur et simple de cet ours sans qu'il aille pour autant perturber d'autres estives ou bien envisager de l'éliminer. Mais dans tous les cas, sa présence n'est plus supportable.

En attendant, hier soir, une fois encore les services de la DDA ont organisé une réunion pour rien. Aucune décision ! "Tout juste pour s'informer d'une situation déjà connue et exposée depuis plusieurs années" nous précise un éleveur. Ces quatre fonctionnaires vont rendre compte à leur directeur qui a son tour, cet après midi, va rendre compte au Préfet. Voilà une bonne occupation ! Que de temps et d'argent perdus alors que pendant ce temps il y a des problèmes beaucoup plus graves à résoudre tel que la présence de SDF sur le Pic du Jer ou dans des cabanes d'estives comme à Asson où la personne est prise en charge par le groupement pastoral.

"La perte de temps et d'argent" : Un motif supplémentaire pour éliminer le problème de manière durable.

Mais les fonctionnaires et la Ministre en ont-ils la volonté ou le courage ?

Faudra-t-il que les éleveurs renouvellent une opération d'envergure durant la campagne électorale ou pendant les élections pour être enfin entendus ?

Affaire à suivre. Mais le printemps et l'été promettent d'être chauds.

Informations à consulter

Louis Dollo, le mercredi 21 février 2007 - Article paru le même jour dans Lourdes-Infos

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