"Faut-il lâcher d'autres ours ?".... dans les Pyrénées

 

 

 


Pyrénées. Le plan de réintroduction s'achève au 31 décembre. Les associations estiment que le contrat n'est pas rempli.

Un enterrement de première classe pour le plantigrade ? C'est ce que craignent les associations écologistes, ne voyant toujours rien sortir du fameux groupe Ours, qui a remis son rapport à la ministre au début du mois de septembre. « Or, avertit Alain Reynes, de Pays de l'Ours-Adet, au 1er janvier 2010, la France n'aura plus de plan de conservation de l'ours brun. Et ce serait tout de même un drôle de paradoxe dans la mesure où 2 010 a été déclarée par l'ONU, année internationale de la biodiversité ! »

En France, deux espèces de mammifères sont classées comme en voie d'extinction. Une chauve-souris et… l'ours brun. Les associations se mobilisent. Pas seulement l'Adet, mais aussi le WWF ou Ferus. Elles se sont rendues le 17 novembre dernier à Bruxelles. Le but de la manœuvre était de sensibiliser les responsables européens sur le sort de leur bête fétiche.

Mais elles sont allées plus loin. Les associations ont déposé plainte contre la France, qui a signé toutes sortes de conventions et d'accords internationaux, qui la mettent dans l'obligation de protéger l'animal et surtout d'éviter son extinction. Or, selon les défenseurs de l'ours, celui-ci est condamné s'il ne reçoit pas à brève échéance, un apport de sang neuf. Ils plaident donc pour un nouveau programme de réintroduction.

Mais dans le même temps, les opposants à l'ours sont sur le pied de guerre. Ils ont été très mobilisés l'an passé, et même si en 2009, l'ours a été particulièrement raisonnable en croquant trois fois moins de brebis, ils continuent de marquer leur opposition, en boudant ostensiblement le groupe ours. A la rentrée, on a même entendu parler de chasseurs qui auraient abattu deux spécimens. Et le fait est que l'on est sans nouvelle de Boutxy depuis plusieurs mois, ce qui semble correspondre aux confidences des chasseurs. Quant à l'enquête, elle s'est enlisée dans les profondeurs des forêts ariégeoises. Dans ce contexte très tendu, Chantal Jouanno, la secrétaire d'État à l'Écologie, s'empresse de ne surtout rien dire, et surtout rien faire. Ce qui agace les écologistes, qui trouvent le plan beaucoup trop plan-plan. Ils viennent d'envoyer un courrier pour rappeler à la ministre ses obligations : la France doit maintenir sa population d'ours, faute de quoi, elle se mettrait en faute vis-à-vis des accords internationaux qu'elle a signés. Mais peut-être que du côté du gouvernement, on a pour l'instant, décidé de faire comme l'ours : hiberner.

Auteur du dossier : Dominique Delpiroux - Dépêche du Midi
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Un budget de deux millions d'euros par an
Le plan de conservation de l'ours est au point mort ? Cela signifie que de nouvelles réintroductions ne sont pas à l'ordre du jour. En revanche, l'État, à travers le ministère de l'Écologie, va continuer de donner les moyens à la préservation des ours qui survivent dans les Pyrénées. « C'est un budget d'environ 2 millions d'euros par an », explique Alain Reynes, du Pays de l'Ours-Adet.

Cela recoupe un grand nombre d'actions. Bien sûr, il y a le suivi technique de l'ours, mais ces sommes sont pour l'essentiel, consacrées à l'aide au pastoralisme : élevage et fourniture des chiens patous, qui font fuir les plantigrades, aide à la mise en place de clôtures, transports par hélicoptère, réalisation de cabanes de bergers, pose de panneaux solaires…

« 180 postes de bergers sont cofinancés par ce programme, insiste Alain Reynes : la présence de l'Ours dans les Pyrénées, c'est l'équivalent en temps plein d'une PME de 100 personnes. Ce n'est pas rien dans le contexte d'une économie montagnarde… »

Par ailleurs, les dégâts commis par les ours sont indemnisés. Des compensations qui sont de l'ordre de 50 € à 160 € pour les ovins, et qui peuvent aller jusqu'à 2000 € pour les vaches. 25 000 brebis meurent chaque année dans les Pyrénées, la plupart victimes d'accidents, maladies ou d'attaque de chiens. Les attaques d'ours concernent au maximum 300 brebis par an, une centaine cette année.

Cet automne, Gérard Bailly, un sénateur du Jura a fait diminuer de 500 000 € sur 6 M€ le montant des subventions accordées pour le budget des grands prédateurs.

« C'est le pavé de l'ours, estime Alain Reynes, car cet argent est destiné au pastoralisme : en voulant tenter d'aider les éleveurs, ce sénateur va les priver des moyens qui leur étaient accordés ! » Les associations attendent que l'Assemblée nationale rectifie le tir.
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Douze ours identifiés
Population. Selon le programme gouvernemental de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées, il y aurait entre 15 et 20 plantigrades qui naviguent entre l'Ariège, les Hautes-Pyrénées, l'Espagne, la Haute-Garonne et l'Aude. D'après les prélèvements génétiques répertoriés avant septembre par l'Officenational de la chasse et de la faune sauvage, « douze animaux différents ont été identifiés, dont 2 équipés d'un émetteur, un mâle sur le Vicdessos et une femelle issue de Caramelles, repérée dès 2003 ».

Décès. Claude (1994), Cannelle, dernière ourse pyrénéenne (2004), Palouma à cause d'un dérochement en 2006 et Franska tuée sur la route fin 2007.
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« Qu'on n'en remette pas ! »
« Sur la forme, la secrétaire d'État devait recevoir dix associations, elle en a reçu trois. Nous serons certainement reçus. Mais je pense que pour l'instant, elle doit être suffisamment occupée avec le sommet de Copenhague, elle doit avoir la tête ailleurs !

Pour ce qui nous concerne, nous défendons l'idée que lutter contre l'ensauvagement des montagnes, contre la désappropriation est un combat que nous ne lâcherons pas."

« Pas une affaire de nounours »
"Ce n'est pas une affaire de nounours, c'est un vrai choix politique. Il faut savoir si nous voulons avoir désormais une montagne rendue à l'état sauvage ou si, à l'inverse, nous y faisons le choix de la vie et de l'économie.

"Que faire des ours qui restent ? Ils vont, ils viennent… et ce n'est pas toujours facile pour les gens dont les troupeaux sont attaqués. Ce que nous voulons surtout, c'est qu'on n'en remette pas d'autres. Ceux qui y sont, laissons-les vaquer. En rajouter, ce serait aller contre le choix des populations, des élus… Alors il faut savoir si quelques associations qui ne représentent qu'elles-mêmes ont plus de poids que les représentants du peuple ?

"Les priorités écologiques ne sont pas là. Aujourd'hui, on voit bien où sont les priorités en terme d'écologie. Je crois que nous nous orientons vers une sorte de statu quo. Et je crois que ce statu quo a encore de beaux jours devant lui. »

Source : La Dépêche du Midi du 26 décembre 2009
Auteur du dossier : Dominique Delpiroux - Dépêche du Midi

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