Ours et biodiversité : Réactions au sondage du WWF - IFOP

 

 

A l'occasion de la Conférence Environnementale, le WWF a commandé à l'IFOP un sondage dont les résultats à propos d'ours et de biodiversité sont révélateurs : pour les Français, la biodiversité est un problème très secondaire, 9% d'entre eux seulement la considèrent comme une priorité. Leur préoccupation pour l'ours doit alors être considérée à son juste niveau : un rêve compensatoire face aux réalités d'un quotidien très sombre, déconnecté des réelles inquiétudes quant à la biodiversité. Les populations pyrénéennes, confrontées elles à la réalité des ours et pas à une image, ont une perception et des choix totalement opposés : rejet total de nouvelles importations d'ours comme le montrent les chiffres de 2008 et 2011.

 


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Communiqué de presse de l'ADDIP du 15 septembre 2012 - Ours, sondage, biodiversité : ne pas confondre le monde rêvé des anges et les durs pépins de la réalité !

A l’occasion de la Conférence Environnementale 2012, le WWF a commandé à l’IFOP un sondage sur « les attentes des Français en matière d'environnement ». A propos d’ours et de biodiversité, le commentaire qu’en proposent l’ADET, FERUS et le FIEP est très réducteur.
Pour l’ours, les chiffres sont les suivants, et ces associations s’arrêtent à ce constat ; dans son communiqué du 12 septembre à propos du sondage, par contre le WWF n’en dit pas un mot :

Il est intéressant de comparer ce sondage à des sondages IFOP précédents. En 2003 et 2008, une même question avait été posée : « Si la vingtaine d’ours présente actuellement dans les Pyrénées est insuffisante pour assurer la survie de l’espèce, vous personnellement, êtes-vous favorable ou opposé à l’introduction d’ours supplémentaires dans les Pyrénées ? »
Entre les deux dates les importations d’ours de 2006 avaient permis de juger de leurs conséquences. Et les résultats nationaux étaient sans appel. Au niveau national donc, où peu de personnes pourtant étaient directement concernées par les attaques aux troupeaux, le non grimpait de 25% en 2003 à 41% en 2008. Quatre ans plus tard, ces conséquences n’agitent plus du tout les médias nationaux alors qu’en 2006, 2007 elles occupaient tous les écrans, il n’est alors pas interdit de penser qu’elles ont été logiquement oubliées par ceux qui sont confrontés dans leur vie à d’autres problèmes cruciaux.

Une autre partie du sondage, curieusement non citée par les trois associations ci-dessus, va dans le sens de cette analyse. Alors que c’est au nom de la biodiversité que ces associations entonnent le clairon de l’ours, les même Français, à 71% plus ou moins favorables à se réintroduction … se moquent royalement des problèmes de biodiversité ! Seuls 9% d’entre eux estiment que c’est un problème qui devrait être prioritaire dans la Conférence environnementale, 13% de moins que même les plus favorables à de nouvelles importations d’ours.

Alors que, objectivement, les problèmes actuels de biodiversité sont un problème majeur pour les scientifiques comme pour les associations environnementales, l’amplitude du décalage entre cette réalité et la perception que révèle le sondage est impressionnante. Elle permet de lire autrement les résultats de l’ours.

Effectivement englués dans des problèmes économiques de plus en plus sombres et insupportables, il n’est pas étonnant que les Français placent en tête ce qui les touche directement, personnellement : les problèmes de santé. Dans cette grisaille, il n’est pas davantage étonnant que l’ours représente l’inverse absolu de la jungle des villes et de l’économie réelle : une image de liberté dans une nature vierge à mille lieux du quotidien de moins en moins vivable, une vision du sauvage préservée des miasmes de la vie réelle, une efficace machine à rêver d’un ailleurs, autrement. Et cela se comprend pleinement.

Mais pour construire une politique dans quelque pays que ce soit, lorsque commande l’image fantasmée du réel les résultats sont catastrophiques. Il y a des exemples, bien plus graves que des histoires d’ours : on sait ce qu’a pu produire la vision fantasmée de telle ou telle partie de la population dans les politiques concrètes mises en œuvre dans de nombreux pays, hier comme aujourd’hui.

Celles et ceux qui vivent réellement les conséquences réelles de la présence des ours ont, eux, une « perception » très différente. Ils l’ont encore exprimée récemment lors le consultation publique de 2011 à propos d’une introduction d’ours en Béarn : sur les 6 départements de la chaîne 76,22% de non, pourcentage supérieur à celui des oui dans le sondage national du WWF : 71%.
On retrouve les pourcentages du précédent sondage IFOP de 2008 mentionné ci-dessus lorsque la question était posée aux Pyrénéens : 67% de non pour les trois départements des Pyrénées Centrales que fréquentaient les ours importés en 2006. 71% en Ariège qui subit toujours le plus grand nombre de prédations.
Conséquence de ce rejet, connu et reconnu : après les importations d’ours de 1995-96 le programme Life Europe avait organisé et prévu d’autres lâchers, ils n’eurent pas lieu, c’est la France seule qui prit l’initiative en 2006. Paru en 2011 le bilan de ces programmes Life en indique les raisons : « un second plan de réintroduction fut annulé à cause de l’opposition des populations locales » (Luxembourg: Publications Office of the European Union, «LIFE and European Mammals : Improving their conservation status », 2011, page 42, Table 1).

Pour autant que l’on puisse comprendre les motivations qui conduisent les Français à se prononcer aujourd’hui en faveur de nouvelles importations d’ours, ramené à leur intérêt pour les problèmes de biodiversité le pourcentage demande à être relativisé. Comme est essentielle la différence entre ceux qui « estiment que … » à partir d’une image fantasmée, si belle vue de loin, et ceux qui n’estiment rien du tout, mais sont, eux, totalement dans le réel, insupportable.
Aussi concrètement invivable que deux heures dans le RER chaque jour. Mais aujourd’hui, dans les montagnes, aller vivre en ville ne fait plus du tout rêver. A l’inverse de l’ours qui peut effectivement devenir une machine à rêver, une bouée de sauvetage, un petit nuage pour s’extraire du reste au moins par la pensée …

Quant à la biodiversité …

« /…/ et le peintre arraché à ses songes comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée avec au beau milieu de sa vaisselle brisée les terrifiants pépins de la réalité. »

Jacques Prévert, Promenade de Picasso

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