Un scientifique a une autre vision du renforcement de population d'ours

On le sentait depuis quelques mois. Certains s'exprimaient discrètement en privé ou à l'occasion de sorties ou de réunions plus ou moins informelles. A l'annonce du plan de renforcement de la population d'ours par Nelly Olin le 13 mars 2006, André Etchélécou, Président du conseil Scientifique du Parc National des Pyrénées fait clairement connaître sa différence.

"Avec l'ours, on assiste à l'apparition progressive d'une notion floue qui est l'espèce emblématique"

Le scientifique André Etchelecou met en garde


Le président du comité scientifique du parc national, André Etchelecou, craint une instrumentalisation de l'animal. Et rappelle un certain nombre de principes

André Etchelecou n'a jamais manqué une occasion de défendre la sauvegarde des ours dans nos montagnes. Aujourd'hui, à la veille d'un plan de réintroduction de cinq plantigrades d'origine slovène dans les Pyrénées, le président du comité scientifique du parc national se positionne là où on ne l'attendait pas forcément. Plus que jamais, pour lui, la question du renforcement de la population ursine est passée du domaine du rationnel au passionnel. Le débat n'est plus de se déterminer pour ou contre. Mais de définir les enjeux et les conséquences. L'analyse de l'universitaire bouscule les idées reçues.

Depuis la mort de Cannelle, la dernière ourse de souche béarnaise, il note un changement fondamental de contexte. « On est dans une situation nouvelle où l'on ne peut plus parler d'ours pyrénéen. Le comité scientifique déplore cet échec. Mais il y a une grande différence entre réintroduire des ours et en garder », dit-il. « L'important, avec une réintroduction, c'est qu'il faut maintenir l'état sauvage de l'animal. Il n'y a donc pas besoin d'émetteurs pour suivre l'ours à la trace comme je l'ai entendu. Ce système est un piège. Beaucoup de scientifiques n'attendent que ce dispositif pour obtenir des financements. Pour eux, c'est une expérimentation de rêve. On peut craindre une instrumentalisation de l'animal », prévient André Etchelecou.

Le président du comité scientifique rappelle un certain nombre de principes importants qui conditionnent la réussite d'une réintroduction. En substance : favoriser la diversité génétique (« ne pas tous les prélever au même endroit »), instaurer des zones refuges pour éviter de les perturber (« les lieux d'élevage des petits et les tanières »), éviter la surmortalité et renforcer les aides agricoles. « Car il ne faut pas négliger l'opposition des bergers. Le changement d'utilisation des estives ne peut qu'aggraver la situation. Avec des brebis libres, il y aura des carnages. C'est évident. C'est pour cette raison qu'il faut dissocier le Béarn, où les estives sont les plus vivantes, du reste des Pyrénées, là où des communes sont prêtes à accueillir des ours ».

Espèces emblématiques.
A l'entendre, la biodiversité avancée par les amis des plantigrades n'est même pas en péril. « Cette notion est à manipuler avec beaucoup de prudence. Il n'est pas exact de penser que l'ours brun est menacé. Sur ce plan, je ne peux pas suivre les écologistes dans leur discours le plus extrême. L'ours n'est pas un objectif en soi. C'est l'ensemble de la pyramide écologique qui compte. L'homme y compris. On a des espèces protégées comme la chardons bleus qui sont devenues rares. Mais pour l'agriculteur du coin, c'est quelque chose de nuisible. Il a peur que ses bêtes y goûtent. Les situations sont difficiles à appréhender. »

Pour le président Etchelecou, l'agitation qui entoure le dossier du renforcement de la population ursine tend surtout à minimiser les critères qui définissent clairement ces espèces menacées ou protégées. « Avec l'ours, on assiste à l'apparition progressive d'une notion floue qui est l'espèce emblématique. Je crains que l'on arrive à terme à la création de secteurs de gestion d'izards ou d'ours. Ils seront créés en fonction des attentes du public. Le risque, c'est de transformer la nature en jardin public. Et c'est inadmissible. Il faut voir comment ça se passe au Kenya ! C'est totalement artificiel. Veut-on reproduire cette situation chez nous ? »

Auteur : Patrice Sanchez
Source : Sud-Ouest du 13 mars 2006

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