Les derniers caribous de montagne de la planète peuvent respirer:
la Colombie-Britannique a décidé d'accorder à ces
1900 cervidés un vaste territoire où les activités
commerciales seront strictement limitées à partir du printemps
prochain.
380 000 hectares de forêt humide tempérée situés
au sud-est de la province de la côte pacifique s'ajouteront à
une zone déjà protégée de 1,8 million d'hectares,
soit une superficie globale représentant deux fois la taille
de la Jamaïque.
La récente
décision du gouvernement de Colombie-Britannique est intervenue
à la suite d'une forte pression de dix organisations écologiques
qui ont mobilisé leurs membres corps et âmes pendant trois
ans.
Le ministre provincial
de l'Agriculture et des terres, Pat Bell, a indiqué à
l'AFP avoir reçu 15 000 courriels du public plaidant pour la
sauvegarde de ce mammifère.
Le caribou des
montagnes, dont le nombre a dégringolé d'un quart en 12
ans, ne se déplace pas sur des milliers de kilomètres
en quête de nourriture comme peuvent le faire d'autres types de
caribous du nord canadien.
Ses 12 troupeaux
préfèrent grimper et descendre les montagnes selon les
saisons. En hiver, il utilise ses larges sabots comme raquette pour
se déplacer dans la neige proche du sommet des montagnes, loin
des prédateurs affamés. Le caribou se nourrit alors uniquement
de lichens et redescend vers les vallées lors de la fonte des
neiges.
Mais l'industrie
forestière, qui représente 3% du PIB de la province, menace
la survie de cet animal rarissime. Non seulement les caribous n'ont
plus accès aux lichens pour se nourrir une fois les arbres coupés,
mais ils n'ont plus de branches touffues pour se cacher des loups et
des pumas.
De plus, les coupes
industrielles laissent d'immenses clairières qui attirent des
cerfs et des orignaux (élans) et en conséquence davantage
de prédateurs.
C'est pourquoi
la province, qui a négocié aussi bien avec les écologistes
qu'avec les groupes industriels, va interdire l'abattage d'arbres et
la construction de routes à travers toute la région concernée.
«Ceci aura un impact sur notre industrie, mais 95% des forêts
appartiennent à l'État. Nous sommes donc tenus de respecter
les lois promulguées par le gouvernement», explique Archie
MacDonald, du Conseil provincial de l'industrie forestière.
D'autres secteurs
sont aussi mis à contribution. Entre autres, les opérateurs
de motoneiges ne pourront plus s'aventurer librement dans la forêt
protégée. Ils devront suivre des chemins bien précis.
Selon des études
scientifiques, le bruit de ces engins oblige les caribous femelles à
dépenser tellement d'énergie pour s'en éloigner
qu'elles en perdent parfois leurs portées.
Enfin, les loups
qui menacent d'extinction certains troupeaux pourront être stérilisés
ou même chassés pour réduire la taille des meutes.
Certains caribous pourront être déplacés vers d'autres
troupeaux moins peuplés afin d'en assurer la survie.
Le gouvernement
va investir trois millions de dollars sur trois ans notamment pour faciliter
l'adaptation des nouvelles règles et informer les touristes montagnards
de la présence de caribous dans leurs parages.
«Nous
soutenons pleinement ce plan d'action car il permettra au caribou de
survivre», explique à l'AFP Rob Duncan, spécialiste
des forêts à l'organisation écologiste Sierra Club.
Il regrette cependant
que la province n'ait pas de loi d'ensemble pour protéger ses
1376 espèces en voie de disparition. «Nous ne pouvons
pas continuer à nous battre une espèce à la fois»,
dit-il.
Auteur
: Philippe Moulier
Source : Cyberpresse.ca/AFP
du 24 octobre 2007