Faut-il avoir peur du grand méchant loup? On diabolise volontiers
le carnassier, de retour partout dans les Alpes.
Depuis toujours,
le carnassier fait peur. Et il y a bien quelques raisons à cela,
comme le démontre magistralement lauteur de létude
à paraître Histoire du méchant loup: Jean-Marc Moriceau
a en effet pu recenser plus de 3000 attaques du prédateur sur
lhomme entre le XVe et le XXe siècle dans 85 départements
français.
Un léger
frisson sur la nuque, cest ce que suscite souvent lévocation
du loup. La faute au Petit Chaperon rouge, aux récits de carnages
dans les bois, aux images de sang innocent répandu sur la neige.
Le carnassier fait peur.
A cela il y a bien
quelques raisons, comme le démontre magistralement lhistorien
français Jean-Marc
Moriceau, dans son livre Histoire du méchant loup *.
Ce professeur dhistoire moderne à lUniversité
de Caen a recensé plus de 3000 attaques du prédateur sur
lhomme, dans 85 départements français, de la Guerre
de Cent Ans à celle de 1914-1918.
Son ouvrage destiné
au grand public voudrait dédramatiser le conflit entre partisans
et détracteurs du quadrupède, y compris en Suisse où
le loup a beaucoup fait parler de lui cet hiver.
Mi-mars, on aurait
aperçu un individu à 1,5 kilomètre seulement dun
village fribourgeois. En novembre, le gouvernement valaisan a ordonné
labattage dun prédateur qui avait aiguisé
ses crocs sur plus de trente moutons. Eleveurs et défenseurs
de la nature se sont affrontés. La bête empaillée
trône aujourdhui dans le bureau du conseiller dEtat
Jean-René Fournier comme un trophée. Pourquoi ce besoin
de revanche à prendre sur le loup?
Les explications de Jean-Marc Moriceau.
Comment
voit-on le loup aujourdhui en France et dans les pays voisins?
Depuis
son retour naturel en 1993 et ses premières attaques sur le
bétail un an plus tard, limage du carnassier a été
revalorisée. La conception de la place de lhomme dans
lunivers a changé. On se soucie désormais de préserver
la biodiversité. Le loup en bénéficie. Du coup,
des tensions apparaissent entre les éleveurs de moutons, qui
gèrent au quotidien les problèmes que pose la présence
du prédateur, et les autorités chargées de préserver
lenvironnement.
Il
est devenu politiquement correct de faire du loup un animal inoffensif.
A tort?
Oui,
dans une certaine mesure. Pour lheure, jai recensé
3050 agressions ayant entraîné presque toujours mort
dhommes, du XVe au XXe siècle. En étudiant les
dépôts darchives de 85 départements français,
à travers, notamment, les registres des paroisses consignant
les décès où lextrême-onction navait
pu être administrée. Et grâce à laide
de généalogistes dans toute la France, jai pu
dresser un portrait scientifique des attaques du loup contre lhomme.
Y a-t-il
eu beaucoup plus de victimes?
Oui.
Jestime que pour le XVIesiècle, on ne peut avoir connaissance
pour linstant que dune très petite partie du total
(5% environ). Cela va en augmentant jusquau XIXe, où
jarrive à saisir peut-être entre 15 et 35% de la
réalité.
Mon étude
sarrête en 1918, avec la dernière agression supposée.
Si lon examine les chiffres, le risque que représente ce
carnassier est très faible statistiquement. Il cause beaucoup
moins de décès que les chutes ou la noyade. A léchelle
nationale, cest insignifiant. Mais à léchelle
dune région, ces carnages étaient bien plus sensibles
et terrifiants. Ils marquaient les esprits pendant des générations.
Auteur
: Pascale Zimmermann
Source : 24
heures du 18 mai 2007