TERRAIN D'AVENTURE

Bases de réflexion

 

Ce document est une base de réflexion et non un document définitif. Il est le résultat de dialogues, amendements, modifications de la part des pratiquants inscrit sur la liste de dialogue d'ITA (Initiative Terrain d'Aventure). La réflexion se poursuit et chacun est invité à y participer.

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Qu’est-ce que le terrain d’aventure ?

Problème de définition du terme « Terrain d’aventure »
Le terme « Terrain d’Aventure » est un véritable piège à quiproquos : il n’y a pas deux personnes qui utilisent une même acceptation de ce mot ! D’un côté, les grimpeurs sportifs considèrent qu’ils sont en terrain d’aventure dès lors que le terrain n’est pas aseptisé, de l’autre côté les vrais aventuriers ne l’envisagent qu’avec un portaledge et une caisse de 180 pitons. Et entre les deux toutes les nuances que vous pouvez imaginer. Alors comment définir le terrain d’aventure ?
Notons d’abord qu’il existe une acceptation répandue du terme « terrain d’aventure » dans le monde de l’escalade. Il s’agit des sites d’escalade où le grimpeur de tête place l’intégralité des protections, et où le second de cordée retire toutes les protections posées. C’est par exemple le cas des célèbres falaises du Yosemite (et encore..) ou de … . Or dans le cas particulier les Préalpes calcaires françaises, la quasi intégralité des voies d’escalade exige l’utilisation de pitons pour la réalisation de relais ou pour la progression (tu veux dire d’assurage ?). Pour différentes raisons ces pitons sont souvent laissées dans les voies, si bien qu’il n’existe en réalité aucun itinéraire laissés en l’état de pur « terrain d’aventure », si l’on utilise l’acceptation générale du terme. Il en a résulté une dérive générale dans l’usage de ce terme, qui désigne maintenant également des voies partiellement ou complètement équipées sur pitons plus ou moins sûrs, ainsi que des voies partiellement rééquipées sur spits. Cela a conduit la FFME à définir officiellement les falaises « terrain d’aventure » comme étant l’ensemble des falaises non totalement aseptisées.
Ces définitions du terme « terrain d’aventure » n’étant pas satisfaisantes dans le cas des falaises du Vercors et de la Chartreuse ou de Belledonne, il est nécessaire de se pencher sur les caractères propres à cette pratique. Beaucoup de pratiquants estiment que l’escalade en terrain d’aventure est la pratique qui consiste à faire de l’alpinisme sur des terrains de moyenne montagne, ou de haute montagne faciles d’accès. En effet, dans la pratique du terrain d’aventure, le grimpeur est mentalement beaucoup plus proche d’un alpiniste que d’un grimpeur sportif. Cela dit, le terme « alpinisme » lui-même est sujet à controverse, en témoigne la définition du Petit Robert : « Sport des ascensions en montagne -> escalade, montagne, varappe » or nous savons que l’alpinisme est tout sauf un sport ! Il est donc nécessaire de s’interroger sur les caractéristiques propres au terrain d’aventure.

Les caractéristiques du terrain d’aventure
On peut commencer par une approche très simple en fonction du matériel du grimpeur :
si le grimpeur porte nécessairement des grosses chaussures cramponnables, à coup sûr on n’est pas dans le terrain d’aventure mais dans l’alpinisme

Une seconde approche consiste à s’intéresser aux dispositions mentales du grimpeur et à ce qui fait le caractère de l’aventure :

L’engagement
Cette notion est essentiellement subjective et correspond à la difficulté d’effectuer une retraite en cas d’échec, d’accident ou d’intempéries. Elle est d’abord liée à des caractéristiques de la voie : qualité des relais, présence de traversées ou de zones fortement surplombantes, qualité du rocher, longueur de la voie, éloignement de la civilisation, accessibilité des secours. Une voie de terrain d’aventure ne comporte pas d’aménagement destiné à la retraite, et doit être éloignée des routes carrossables (à moins d’être fort longue) Observation d'un participant au forum ITA : c’est une notion qui me surprend, la rousse est trop proche d’une piste, de même bon nombre de voies dans les petits massifs préalpins que nous connaissons. D’autre part, l’engagement est lié au matériel emporté par les grimpeurs, ainsi un téléphone mobile, un tamponnoir et même une lampe frontale sont des accessoires qui réduisent l’engagement même s’ils restent au fond du sac.
Observation d'un participant au forum ITA : Je ne suis pas d’accord avec cet aspect, ou c’est vraiment pour se faire plaisir, le matos emmené fait partie de la réflexion du grimpeur, de son libre arbitre, être prévenant a aussi son risque en terme d’engagement : je pars en slip et je sors dans la journée, ou je prends + de matos et risque de peiner dans les sections dures et surtout je risque le bivouac… etc….
Dans la notion d’engagement ne faut il pas inclure l’engagement « corporel » du grimpeur, qui s’expose à des conséquences potentiellement lourdes ? (lié à la difficulté de l’escalade / équipement possible)

L’incertitude
Celle-ci peut porter sur l’équipement de la voie : présence ou non de bons relais, qualité et densité des équipements en place, facilité de les compléter par des protections supplémentaires. Elle peut porter sur l’itinéraire : simplicité de la ligne, présence de traversées, difficulté de lecture du rocher. Elle peut aussi porter sur la qualité du rocher : bon ou délité, humide ou licheneux. Elle peut également porter sur les difficultés de l’escalade : disponibilité des cotations, emplacement et continuité des difficultés. On peut affirmer que plus les indications fournies par un topo sont précises et justes, plus l’incertitude est réduite. Avec certains topos modernes, seuls restent l’incertitude météorologique et l’encombrement de la voie !
Observations d'un participant au forum ITA : Contexte qui sera de moins en moins courant dans le vécu d’un grimpeur, à part pour les ouvertures ou les premières répétitions de vieilles voies peu parcourues ces dernières années, la puissance du net est là pour tout te dire sur toutes les voies (…) et faudrait un état d’esprit bien particulier pour ne pas se renseigner – volontairement ! cet aspect est pourtant une source de gde satisfaction…

Le risque
Le risque résulte simplement du couplage entre l’incertitude et l’engagement.
Observations d'un participant au forum ITA : Pas seulement : face à n’importe quel danger, tu coures un risque, sans enter dans le guide de lecture du rapport incertitude/engagement Attention, il ne faut pas le confondre avec le danger : le risque est un « Danger éventuel plus ou moins prévisible » (Petit Robert). Ainsi il sera beaucoup plus risqué de s’engager dans une voie sans avoir lu le topo, et pourtant les dangers intrinsèques à la voie sont les mêmes dans les deux cas ! Le jeu de l’alpinisme, et donc celui du terrain d’aventure, consiste justement à prendre des risques, tout en s’exposant à un minimum de dangers. Inversement, un danger certain comme une très mauvaise qualité de rocher ne suffit pas à conférer à une voie le caractère « terrain d’aventure ». çà me paraît un peu compliqué

Enfin une troisième approche possible repose sur la nature de l’équipement en place dans les voies. C’est l’approche choisie par la FFME (la plus objective ?) dans sa définition officielle : « Falaises, parois non équipées à demeure ou équipées de manière aléatoire, sans vérification. Ce sont les terrains de pratique qui nécessitent la plus grande compétence de la part du grimpeur, il doit en effet placer et évaluer tout ou partie de ses protections ». En réalité il s’agit d’une définition par défaut : est classée terrain d’aventure toute falaise n’étant pas homologuée « site sportifs » au vu des normes fédérales. Elle a l’avantage d’être claire et objective, mais présente l’inconvénient d’être si large qu’elle englobe presque la totalité des voies de falaise ! Il convient alors de nuancer cette définition pour l’harmoniser avec les deux approches précédentes.
On peut par exemple définir plusieurs catégories :

Résumées sous forme de tableau, les catégories sont classées par ordre d’équipement croissant
J’ai eu du mal à trouver des exemples dans tous les cas …

Catégorie
Relais en place ?
Points de progression ?
Exemple type
Pur TA Non Non, sauf exception La Rousse, Voie des Canadiens ?
Partiellement équipé Pas nécessairement En partie, mais à vérifier Grand Manti, Voie de la Rampe
Protégé Oui A compléter et vérifier Mont Aiguille voie du 500ème anniversaire ?
Protégé moderne Oui, sur spits Sur spits mais à compléter Presle, Point trop n'en faut
Equipé Oui En totalité ou quasi-totalité mais à vérifier Glandasse, Pilier Leprince-Ringuet
Equipé asceptisé Oui, sur spits En totalité Chamechaude, Pilier Tobey

 

Charte éthique


Ethique du rééquipement

Il existe déjà une charte « Montagne et Alpinisme » élaborée en Février 2000 et approuvée par de nombreuses associations. Un article concerne le rééquipement des voies historiques :
Article 6 : Respect des voies historiques
Les anciennes voies d’alpinisme qui appartiennent à l’histoire de l’alpinisme et qui sont équipées de façon très succincte doivent être conservées en l’état afin de préserver leur caractère et leur difficulté. Elles ne feront l’objet d’aucun équipement nouveau, sauf remplacement des points d’assurance ou de relais devenus dangereux par du matériel discret.
On n’équipera pas des voies nouvelles à proximité immédiate de ces voies, l’intervalle à respecter étant fonction des caractéristiques du terrain.


Ces consignes reflètent mal la réalité de l’équipement des voies des préalpes. En effet, la plupart des voies classiques sont très équipées… Le principe éthique que nous proposons est d’assurer que le rééquipement d’une voie d’une certaine catégorie d’équipement ne transfère pas cette voie dans une catégorie d’équipement supérieur.


Pur TA : Ces terrains ne doivent absolument pas être rééquipés, ni aménagés de quelque sorte que ce soit. Les sangles dans les relais et les lunules doivent être retirés à chaque répétition. En effet la moindre information présente dans la voie détruit leur caractère de « pur TA ».

Observations d'un participant au forum ITA
Aussi, les blocs instables ne doivent pas être purgés au marteau ni par aucun moyen mécanique. Je ne suis pas d’accord avec ta dernière remarque, à chacun sa conscience, il ne s’agit pas de tout nettoyer, mais si je passe un bloc très dangereux et que le suivant a de fortes chances de partir au fond, je n’hésiterai pas à le faire tomber ! ! ! !

TA partiellement équipé : Ici se pose le problème de la vétusté des points, et des problèmes de sécurité qui en découlent. Idéalement si les protections naturelles le permettent avec les coinceurs modernes, ces voies devraient être ramenées à l’état de « pur TA ». Si par contre un rééquipement s’avère nécessaire, il faut considérer que la recherche d’itinéraire, la complexité de la protection par les moyens naturels et l’engagement dans les zones non protégeables font partie intégrante du caractère et de la difficulté de ces voies. On ne peut donc y tolérer le rééquipement qu’à condition

de ne pas créer de relais là où il n’y en avait pas à l’origine

Observations d'un participant au forum ITA : avant les longueurs de 25 m étaient courantes….

d’échanger uniquement les points existants à condition que ceux-ci ne puissent pas être remplacés par un coinceur ou autre moyen d’assurance amovible

Observations d'un participant au forum ITA : oui, mais l’évolution du matos a été telle qu’aujourd’hui il est plus facile de placer des coinceurs alors qu’à l’époque c’était piton ou rien. Çà veut dire que l’option de revisiter une voie à la sauce moderne est très intéressante mais s’éloigne forcément de l’esprit et des moyens de l’ouverture (ce qui est normal) d’où sûrement de nombreux débats sur ce sujet…

Il est également recommandé de supprimer de ces voies les équipements objectivement vétustes, ou ayant été installés à des fins de retraite (un peu arbitraire et peu applicable). D’autre part, de même que dans les voies « pur TA » les répétiteurs ne doivent laisser aucune trace de leur passage, y compris de magnésie (?), ni purger la voie.

TA protégé : Les relais existants peuvent être renforcés ou refaits à neuf, mais sans relier les points ni installer de maillon rapide ou tout autre équipement favorisant la descente en rappel.
L’espace entre les relais étant analogue à celui du TA partiellement équipé, on suivra les mêmes consignes que ci-dessus pour le rééquipement ou non des points de progression.
TA protégé moderne : Le rééquipement est libre, à condition que des points permanents ne soient pas installés là ou l’assurage naturel est possible.
TA équipé : Dans ces voies on ne peut pas tolérer un échange « un piton contre un spit » car sinon des échelles à pitons deviendraient des échelles à spits … Or de nombreux pitons ont été ajoutés au fur et à mesure des répétitions de la voie et de la corrosion des autres pitons. On ne peut généralement pas considérer que l’équipement participe au caractère de ces voies. Par conséquent, il peut être envisagé en cas de vétusté prononcée de remanier complètement l’équipement pour le transformer en « TA protégé moderne » ». oui, cf plus haut

 

Ethique du grimpeur

Comme nous l’avons déjà évoqué, chaque grimpeur se doit de respecter les futurs répétiteurs en ne laissant aucune trace de passage dans les voies.
Mais nous attirons également l’attention sur le fait que l’éthique concerne aussi le respect de l’engagement de la voie. Comme nous l’avons vu dans la définition du TA, l’engagement est une composante essentielle de l’alpinisme, et sa teneur dépend en partie du matériel de réchappe dont se munit le grimpeur. Bien sûr, chacun est libre du niveau d’engagement qu’il accepte, le tableau qui suit est une proposition a minima :

Observations d'un participant au forum ITA : Cela va à l’encontre du libre arbitre du grimpeur (cf supra)… je ne pense pas que ce soit une bonne route ?

Catégories
Equipement interdit
Pur TA
Magnésie
TA partiellement équipé
Magnésie
TA protégé
Tamponnoir
TA protégé moderne
Tamponnoir, pitons
TA équipé
Tamponnoir, pitons
TA équipé moderne
Tamponnoir, pitons

Texte rédigé par Alexis Seguin à partir des dialogues sur la liste ITA

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