Observatoire des pratiques de la montagne et de l'alpinisme
Maison de la Montagne
3 rue Raoul Blanchard
38000 Grenoble
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Journée
d'étude du samedi 19 juin 2004 à Grenoble
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Que
sont les rapports actuels entre l'État et les pratiquants d'une
activité de nature (fédérations et individus) ?
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Cette rencontre
a réuni une vingtaine de participants (voir la liste ci-dessous),
dont plusieurs représentants de l'Administration, et du CNOSF.
N.B. Le présent compte-rendu ne cherche qu'à rapporter
ce qui s'est dit, en juin, au cours de cette réunion, Il ne tient
donc pas compte de l'évolution de la situation survenue depuis
lors, au plan institutionnel notamment.
Ont demandé à être excusés : Jean-Paul Peeters,
président de la FFME ; Yves Exbrayat, représentant de
la Ville de Grenoble ; Maurice Bruzek, J.C. Burel et Jean-Pierre Feuvrier,
de la FFRP ; Pierre Jézéquel, de l'UCPA ; Hubert Giot
et Jean Fréhel, du GHM.
Elle est animée par Bernard Amy, président de l'OPMA,
qui en indique l'intention et le déroulement. Il souligne d'abord
la présence, dans cette réunion organisée par des
alpinistes, de personnes venues d'autres activités de pleine
nature. C'est le cas par exemple des spéléologues, ainsi
que de Robert de Rudder qui parlera au nom de la Fédération
française de Cyclotourisme et apportera des informations sur
le cas de la fédération de canoë-kayak qui est une
fédération de compétition de haut niveau assurant
en même temps une gestion d'un milieu de pleine nature.
Au moment où
plusieurs fédérations s'interrogent sur leur devenir et
sont amenées à remanier leurs statuts, cette journée
fera porter la réflexion sur deux volets distincts de la question
des rapports entre l'État et les pratiques de la montagne, l'alpinisme
notamment. Le matin, les aspects institutionnels ; l'après-midi,
les aspects éthiques.
La discussion de l'après-midi montrera peut-être que la
situation est un peu plus compliquée et ne peut se réduire
à des rapports entre seulement l'État et les pratiquants.
Il faudra sans doute parler de rapports croisés entre quatre
groupes en présence : les pratiquants, les clubs regroupés
dans les fédérations, l'état (ministères
et, en France, le CNOSF), et la société.
Il ne s'agit nullement
d'intervenir dans l'actuel débat entre FFME et FCAF (que nous
ne pouvons cependant ignorer), mais d'en percevoir les enjeux et les
questions à retenir pour les activités de montagne et
leurs acteurs. Des discussions que suscite aujourd'hui le projet de
fusion entre les deux fédérations, on voudrait ici retenir
ce qui peut éclairer quelques questions générales
concernant la fonction sociale et l'organisation des activités
de nature. Entre autres : quelles options et quelles sensibilités
sont en présence ? Quelle est la fonction sociale des activités
de nature ? De manière plus générale, quelles places
faut-il donner dans notre société aux divers types d'activité
sportive ? Les fédérations ont-elles pour rôle de
relayer (faire appliquer par les pratiquants) la réglementation
définie par l'État - ou bien de faire remonter vers l'État
les souhaits des pratiquants ?
Trois personnes
introduiront les débats : François Carrrel, en tant que
journaliste, a travaillé sur la question des rapports entre l'État
et les pratiquants. Il dira quelles questions il voit ressortir des
débats en cours aujourd'hui ; Henri Balmain, conseiller juridique
de l'OPMA, introduira la discussion sur le concept de délégation
; Jean-Olivier Majastre, en tant que sociologue, parlera des aspects
éthiques du rôle que joue l'État dans les pratiques
sportives à risque telles que l'alpinisme.
B. Amy termine son introduction en insistant sur le fait que dans la
suite des débats le mot alpinisme devra être pris dans
son sens large de " ensemble des activités physiques sportives
en montagne ".
* * *
A
- Les aspects institutionnels.
Introduction de François Carrel, rédacteur à Montagnes
Magazine.
Après avoir rappelé que des deux fédérations
de montagne en présence, l'une est centenaire (en tant que CAF
sinon comme FCAF), l'autre date de 1940, F. Carrel souligne le fait
que l'aspect institutionnel des rapports entre l'État et les
pratiquants touche toutes les activités sportives de nature,
mais l'alpinisme est particulièrement concerné du fait
de son implication sociale : risques, secours, etc. Noter que l'organisation
des sports par l'État et la démarche de délégations
aux fédérations, date des années 40 (Vichy).
La production de normes est au cur de la mission d'une fédération.
Voir les normes édictées au printemps 2004 par la FFME
sur l'équipement des sites d'escalade, ou les normes pour les
via ferrata en gestation. Pour le ski-alpinisme, la structuration en
cours tend vers une structure de type olympique. Cette mission relève
aussi de l'aménagement du territoire (refuges, sentiers, SAE)
en liaison avec les collectivités locales.
Plutôt que de parler, comme l'a fait B. Amy, de quatre groupes
en présence, il vaudrait mieux voir une organisation à
la fois en réseaux et en niveaux hiérarchiques. A ce sujet
le représentant du CROS cite le rôle important des départements
à travers les conseils généraux.
Le positionnement des alpinistes par rapport à l'État
est divers, mais très tôt, la FFM (E) est chargée
d'une production réglementaire, en particulier pour l'équipement
des sites, les via ferrata, le ski-alpinisme. La gestion des refuges
qui relève des CAF fait problème. Les collectivités
locales sont de plus en plus impliquées dans l'aménagement
des sentiers, des SAE et autres infrastructures. Les comités
olympiques sont concernés. Quant au secours en montagne, sa gratuité
est demandée par toutes les fédérations de sports
de pleine nature (47)
sauf la FFME, pour le moment.
Après l'introduction de F. Carrel, B. Amy rappelle les questions
auxquelles il faut essayer de répondre : quelles devraient être
et quelles sont les relations entre l'État et les activités
de nature telles que l'alpinisme ? Que pensez-vous de cette question
en tant que pratiquants ?
La question se pose d'abord au niveau des relations entre les pratiquants
et les associations. Dans la mesure où les rapports entre les
pratiquants et l'État s'établissent par l'intermédiaire
des clubs et des fédérations, de quelle forme d'organisation
une activité de nature comme l'alpinisme a-t-elle besoin ? Et
donc de quelle fédération l'alpinisme a-t-il besoin ?
Plus généralement, quel doit être le rôle
d'une fédération : dans ses relations avec ses pratiquants,
une fédération doit-elle être d'abord une "
fédération-syndicat " ou une " fédération-délégataire
" ? Et quelles conscience les fédérations ont-elles
de leurs fonctions éducatives et sociales ?
Constat
- Evaluation et description de la situation
B. Bethune (DDJS), G. Fillon (CROS) : Noter que le mouvement sportif
s'est organisé avant que l'État n'intervienne. Son rôle
initial a été de solidariser les associations (partage
des ressources, péréquation). Quant aux délégations,
elles ont pour but de confier la réglementation aux fédérations
titulaires. Il faut redire que c'est au niveau départemental
que sont les problèmes actuels des rapports pratiquants/État.
Les collectivités territoriales jouent un rôle croissant
par leur contribution financière : B. Bethune : " Quand
l'état met 1 euro dans le domaine sportif, les collectivités
locales en mettent 100. " De manière générale,
les fédérations réglementent, puis l'État
reconnaît ces règlements. Ce n'est pas l'état qui
les impose. Les fédérations agréées sont
considérées comme " chargées de service public
".
Selon D. Huot, dans les débats actuels FFME/FCAF, la FFME dont
le nombre de licenciés a augmenté de 20%, est " prise
en otage " par l'État qui fait pression sur elle en tant
que fédération délégataire. Alors que pour
G. Rotillon la tendance des alpinistes est à vouloir que leur
fédération " ne soit pas une fédération
comme les autres ", pour D. Huot, la tendance est que la FFME soit
une fédération comme les autres, inscrite dans la même
logique réglementaire , mais non tournée vers les JO.
Cl. Rey (SNGM)
souligne que la France est le pays le plus réglementé,
au plan professionnel en particulier, et celui où l'on compte
le plus grand nombre de pratiquants non encartés. P.Ungerer (GUMS),
O. Paulin (MW) ; voir ce qui se passe dans autres pays. Il y a une demande
de formation et d'encadrement (loisirs), autant que de pratique du haut
niveau (compétition). L'excès de réglementation
tue la motivation. R. Paragot : compter avec le fait que " autrefois
" les jeunes n'avaient que les clubs pour accéder à
la montagne ; cette formation à la vie associative a disparu.
R. Paragot rappelle l'importance des fédérations étrangères
telles que le CAI en Italie et le OAV en Autriche, organisations antérieures
aux années 40 et marquées par le naturalisme du nazisme
et du fascisme. G. Elzières, lui, cite le cas du DAV allemand
capable de rassembler dans un colloque autour du thème du développement
durable 600 personnes dont 200 ayant des responsabilités institutionnelles,
les 400 autres étant des adhérents du club.
G. Elzière, G. Rotillon, O. Hoibian (OPMA), R. de Rudder ((FFCT)
: Les fédérations ne sont pas (ne sont plus) représentatives
et sont en perte de vitesse. La plupart des pratiquants ne sont pas
adhérents. Pour le VTT, les licenciés représentent
1/50° des pratiquants. Pour les APPN en 1960, la majorité
des pratiquants étaient adhérents d'une fédération,
alors que, selon une enquête en 2000, on compte : 70% non fédérés,
21% fédérés dont 11% font de la compétition.
Il semble que ces chiffres poussent aujourd'hui l'État à
se désengager financièrement.
Précisions
complémentaires
(données par O. Hoibian après la réunion)
Les pratiques sportives des français ont fait l'objet de
2 enquêtes à 15 ans d'intervalle.
En 1985 (enquête INSEP), 73,8% des personnes interrogées
déclaraient pratiquer une ou plusieurs activités
physiques. En 2000 (enquête J et S), ce taux atteignait
83%, donc une progression de 10%. Le nombre des personnes qui
déclarent ne pratiquer aucune activité se réduit
donc très sensiblement en passant de 26,2% à 17%
en 2000.
En ce
qui concerne les pratiques " hors club ", elles concernent
55% des personnes interrogées en 1985, et 61% en 2000,
soit un accroissement de 6%. La pratique en club passe de 19,3%
en 85, à 22% en 2000 (donc pratiquement stable).
En 2000,
la répartition par type de pratique est la suivante. Sur
100 personnes interrogées :
Pratique en club sans compétition : 10%
Pratique en club avec compétition : 12%
Pratique hors club : 61%
Non pratique : 17%
En 2000,
un français sur trois pratique au moins une activité
de pleine nature soit 33 % des personnes interrogées. Les
activités de montagne (alpinisme et randonnée) et
d'escalade (hors ski de piste ) représentent 1,5 % des
français ( contre 1% en 1985 ) soit un nombre de pratiquants
d'environ 660.000 ( pour environ 140.000 licenciés à
la FCAF ( 90 000 )et à la FFME ( 50 000)). Pour ces activités,
un pratiquant sur six ressent le besoin de s'affilier à
un club en prenant une licence... L'enquête réalisée
pour la FCAF montre que la plupart de ses adhérents se
livrent à plusieurs des activités proposées
par la fédération, que larandonnée intéresse
plus de 70 % d'entre eux et l'alpinisme 33 %.
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Questions
en cause et en suspens
Il faut réfléchir en même temps à l'évolution
des politiques de l'État, et à l'évolution de l'attente
des pratiquants. Ceux-ci répugnent à s'encarter. Ils ont
besoin que des fédérations multisports leur permettent
d'accéder à des équipements et à des pratiques
diversifiées.
La majorité des non encartés sont des randonneurs et des
amateurs de falaises équipées qui n'ont aucun besoin de
clubs. Le besoin de clubs revient avec le développement des structures
artificielles. Dans plusieurs domaines (cyclo, loisirs en station) les
pratiquants s'adressent davantage aux agences de tourisme et aux collectivités
locales qu'aux fédérations.
Les fédérations ont leur raison d'être, mais elles
ont à se demander qui elles représentent, comment s'intéresser
aux non encartés (qui le resteront ?) et comment les intéresser.
Il est urgent que, du côté de l'État aussi bien
que du côté des fédérations, on ait une réflexion
et une politique prenant en compte l'ensemble des pratiquants. A cet
égard, les fédérations ont à la fois à
représenter les pratiquants (au delà de leurs licenciés)
et à interpeller les pouvoirs publics au sujet de la " demande
sociale des non compétiteurs".
Les délégations répondent au besoin de l'État
d'avoir des interlocuteurs représentatifs. Mais comment s'assurer
de leur représentativité ? La spéléo ne
demande pas à être représentée ? Et le CAF
? La délégation est-elle utile pour l'alpinisme ? Noter
que plus la représentativité est mauvaise ou contestée
(par défaut de démarche démocratique), plus l'État
est dirigiste.
B. Bethune remarque que les problèmes viennent aussi parfois
des pratiquants. Il cite l'exemple de la natation, sport dans lequel
les pratiquants compétiteurs souhaitent que l'on construise des
piscines rectangulaires alors que les pratiquants de loisir préfèrent
les bassins circulaires et les vagues !
L'organisation du sport comporte plusieurs aspects : équipement
et dévolution des sites ; encadrement et formation ; définition
des brevets ; assurances ; les responsabilités et règlements
liés au pénal, etc. Dans tous ces domaines, comment sont
répartis les rôles des fédérations (délégataires)
et de l'État ? Comment sont contrôlées les dérives
mercantiles et par inflation des compétitions ? La tendance est
de faire appel à des " techniciens sportifs ", à
des experts chargés de gérer et d'orienter les décisions.
A ce point de la discussion, B. Amy propose de passer du niveau des
relations entre les associations et les pratiquants au niveau des relations
entre les associations et l'état.
Que sont les délégations
attribuées à certaines fédérations ?
Quel sens et quelle portée devraient-elles avoir et ont-elles
? Les discussions qui viennent d'avoir lieu ont déjà en
partie répondu à ces questions. Henri Balmain apporte
son point de vue.
D'après la loi sur le sport, une fédération sportive
peut avoir une ou plusieurs disciplines sportives. Les art. 16 et 17
parlent de 4 disciplines, mais l'alpinisme ne semble pas en faire partie.
La délégation permet à une fédération
et une seule d'édicter les réglements propres à
chaque discipline.
Le texte de loi définit le concept de délégation
pour les compétitions. Peut-on l'élargir à toutes
les activités d'une fédération, même non
compétitive ? On peut rappeler que la fédération
de spéléologie est délégataire pour un sport
qui ne comporte pas de compétition. Pourtant, la réponse
du Conseil Constitutionnel à la question du ministère
au sujet de la délégation conduit à penser que
la délégation de la FFME ne couvre ni l'alpinisme, ni
la glace (cascade), ni la randonnée glaciaire, laquelle comporte
l'usage de techniques spécifiques de sécurité qui
n'entrent pas dans la délégation de la FFRP.
L'important est que le débat sur la délégation
a des répercussions au niveau pénal. Dans son rapport
sur le secours en montagne, le préfet Pérès parle
de " mise en danger ". C'est une question qui se posera fatalement
si les règles fédérales prennent, comme on peut
le craindre, un caractère vraiment réglementaire, les
règlements pouvant servir en matière pénale pour
déterminer les responsabilités.
Si certaines activités actuelles liées aux sports de nature
comme l'alpinisme " tombent sous le coup " de certaines lois
(c'est le cas par exemple des équipements en spits de voies d'escalade,
d'installations de via ferrata qui sont considérés comme
" ouvrages publics " et sont donc soumis à la réglementation
des ouvrages publics), pour certains la délégation ne
doit pas être entendue au sens étroit : elle définit
certes les règles d'organisation des compétitions, mais
elle n'entraîne pas une obligation de compétition. G. Elzières
souligne d'ailleurs le fait que le texte de loi régissant le
sport est moins le reflet d'une rationalité que celui d'une histoire.
Il reste que les textes ne permettent pas de répondre à
des questions telles que :
- dans les expéditions rassemblant des jeunes espoirs d'une fédération,
qui est légalement responsable ?
- la fédération a-t-elle pour rôle de dire comment
doit être utilisée une falaise ne servant pas à
la compétition ?
- comment gérer le paradoxe qui fait que dans une école
d'escalade le site n'est pas un espace public alors que les aménagements
sont des ouvrages publics ?
Le débat
qui suit l'exposé de H. Balmain, commence par une intervention
de B. Bethune qui cite des exemples d'interventions liées à
la délégation : classement des rivières en canoé-cayak,
participation à la définition des brevets d'état.
Puis les représentants des fédérations présentes
exposent les points de vue de leurs institutions.
D. Huot rappelle
que si la FFME est délégataire pour la raquette à
neige, l'escalade, le canyoning et le ski de montagne, elle ne l'est
pas pour l'alpinisme. En fait le problème est celui de la définition
de la différence entre l'escalade et l'alpinisme. S'agit-il d'une
différence d'altitude ? Faut-il considérer d'autres critères
? Difficile ! En fait actuellement la fédération ne pourrait
pas interdire une compétition d'alpinisme parce qu'elle n'a pas
la délégation sur cette discipline.
La FCAF juge que l'important est le contrôle des dérives
(compétitions, mercantilismes), mais avec prudence et en s'assurant
de la représentativité des intervenants. Le maître
mot est formation, celle-ci étant possible dès que la
fédération est agréée, et donc en dehors
de la délégation. La FCAF n'a pas demandé la délégation
pour l'alpinisme.
Pour la spéléologie, il n'y a pas de problème.
Il n'y a pas de compétition. La fédération est
délégataire, ce qui lui assure une représentativité
morale dans les débats sur l'activité et sur les règles
de sécurité.
Dans le domaine du cyclisme, la FFC est la fédération
délégataire pour les compétitions. La FFCT est
agréée. Il y a eu retrait de l'agrément de l'état
pour le brevet d'état de VTT (Le CAF rappelle que sa section
montagne gère aussi du VTT).
* * *
B - Les aspects éthiques
Introduction de Jean-Olivier Majastre, sociologue.
La montagne est le domaine des incertitudes
Variations sur les
thèmes (souvent contradictoires) de l'amitié et de l'individualisme
(paramètres important de l'alpinisme), de la solidarité
(on se porte secours, mais on accepte de perdre un compagnon), de l'interdit
et du risque (omniprésents), de l'individualisme que relativise
l'utilisation de sentiers tracés par et pour des gens qui ne
se connaissent pas
. Il y a plusieurs montagnes (d'où conflit
éthique intérieur à chacun et pas seulement entre
groupes différents) ; la montagne est fréquentées
par des gens individualistes et anarchistes en qui sommeille un gendarme
avec un certain goût de l'interdit (à transgresser).
Le rôle de l'État : s'arroger le monopole de la morale
(en particulier le monopole du meurtre et de la vengeance). L'alpiniste
qui affronte la mort prend en quelque sorte la place de l'État,
c'est-à-dire s' arroge un droit qui ne lui appartient pas. Dans
les actions qui mettent la mort en jeu, l'État est en droit d'intervenir
pour gérer le risque. Les activités de nature accueillent
le risque comme une composante normale (" Je connais des moments
où j'ai eu de la chance, et où donc j'aurais pu ne pas
en avoir "). Ce que l'État comme le reste de la population
comprennent mal. Mais l'homme a besoin d'incertitude (cf. les horoscopes,
la bourse, la coupe du monde de foot, etc). Le maniement du risque (la
chance ?) est à combiner avec l'incertitude, une incertitude
encadrée par la certitude que nous sommes mortels. Dans une pratique
comme l'alpinisme, nous reprenons l'incertitude à notre compte
en l'assumant
La discussion
va et vient autour de questions liées au risque (en montagne)
qui est perçu et apprécié différemment par
les uns et les autres : les alpinistes ; les amateurs d'escalade ; l'opinion
publique ; l'État, etc. Face au risque, les réactions
et les positionnements sont à la fois ceux des individus et ceux
de " tribus " ; ils sont à la fois éthiques
et ethniques (D. Huot).
A. Séguin, représentant de ITA (Initiative Terrain d'Aventure),
expose le but de ce groupe de jeunes grimpeurs : permettre de retrouver
des voies d'escalade peu ou pas du tout équipées, et donc
plus risquées que les itinéraires " aseptisés
".
En alpinisme, souligne G. Rotillon. rien n'est fait pour que disparaisse
le risque mortel, alors que, dans son développement actuel, l'escalade
fait tout pour supprimer la mort. L'alpinisme et l'escalade sont deux
choses différentes. Il y a contradiction à être
alpiniste et à réclamer la sécurité, ce
qui n'est pas le cas du grimpeur.
A cause du risque qui en est une composante, l'alpinisme a un statut
particulier (O. Hoibian) et suscite un imaginaire qu'exploitent les
médias. De ce fait, l'alpinisme suscite des réactions
ambivalentes. L'opinion est partagée entre la peur et l'admiration.
Il existe une forte hostilité à l'égard des gens
qui prennent des risques (H. Balmain). Les alpinistes sont regardés
par beaucoup comme dangereux et tentateurs. D'où la réaction
de l'État, porté à limiter, réglementer,
interdire
A l'opposé, les alpinistes expriment qu'une société
est vivante, quand elle accepte qu'existent des pratiques et des lieux
où le risque et la mort sont présents (P. Keller, P. Chapoutot),
et témoignent de ce que la vie est mortelle. Le risque va de
pair avec la vie et la liberté (P. Chapoutot : " le risque,
c'est la condition de la liberté ").
Reconnaissons-nous
à l'État le droit d'intervenir dans nos activités
à risque (B. Amy) ?
JO. Majastre : les alpinistes sont friands de réglementation
étatiques
mais pour les autres (contre les 4x4, contre
le vol à moteur, contre les loisirs motorisés, etc).
Non ! (R. Paragot), mais nous comptons sur les secours que l'État
organise, et sur leur gratuité !
Oui ! (R. de Rudder), mais sous la forme d'une exigence de formation.
Pour beaucoup d'activités, le risque oblige à des équipements
spécifiques et des permis. Et les gens se demandent pourquoi
n'importe quel individu inexpérimenté peut partir vers
le sommet de l'Everest ?
Pour G. Elzières, à tous les niveaux, le souhait des alpinistes
est de minimiser les risques. Mais il ne faut pas que le discours sécuritaire
serve à cacher d'autres intérêts institutionnels
ou mercantiles.
Noter que, dans la société, les seuils de tolérance
à la mort se déplacent (O. Hoibian), si bien que l'État
ne peut que tenir compte des réactions de l'opinion par rapport
au risque, en montagne et ailleurs. Mais en même temps (Cl. Rey),
les gens " ordinaires " ont besoin de se rassurer par des
choses tangibles : on compense le risque par du matériel, au
risque d'entretenir " l'illusion technologique " qui laisse
croire que le GPS, le câble ou le Grigri (le bien nommé
!) suffiront à protéger des dangers.
Face à ces problèmes, les fédérations se
trouvent prises entre le marteau (l'État) et l'enclume (les pratiquants).
Par exemple, pendant que l'un impose l'assurance à tous les pratiquants,
une fédération multi-disciplines comme la FFME se heurte
aux demandes contradictoires de ses licenciés : l'assurance pour
l'alpinisme coûtant plus cher que celle pour l'escalade, les grimpeurs
réclament une assurance spéciale pour les alpinistes.
Pendant ce temps, ces derniers s'insurgent contre le fait qu'une partie
de leur cotisation va à l'organisation de compétitions
qui ne les concernent pas.
Quant au problème des secours, il est toujours en débat.
Si l'art. 54 est abrogé, il sera remplacé par la possibilité
de sanctionner, après coup, l'appel au secours abusif (F. Carrel).
Si subsiste le maintien de cet article imposant le remboursement des
secours il ne pourra que profiter aux agents économiques, assurances,
aux collectivités locales, etc. (G. Elzière). L'essentiel
est qu'existent des espaces où le risque soit accepté
et que l'exigence porte sur la formation des pratiquants. La recherche
d'une prise de conscience du risque est plus importante que le refus
de celui-ci ou sa condamnation.
Avec le secours en montagne est posée la question de la solidarité
(nationale ?) et du service public.
B.Amy clôt les débats en rappelant l'importance de la dimension
symbolique de l'alpinisme, aspect qui n'a pas été discuté
au cours de cette journée et qui peut se résumer par la
remarque suivante : les alpinistes n'ont pas fini d'avoir des problèmes
avec la société parce que chaque fois qu'ils gravissent
un sommet, ils se placent (modestement, certes !) au-dessus des autres
!
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Participants
à la rencontre du 19 Juin 2004
Robert De Rudder
FFCT
Philippe Ungerer GUMS Paris
François Valla CS CAF
Olivier Hoibian OPMA
Gilles Rotillon OPMA
Claude Jaccoux OPMA
Claude Rey SNGM (Syndicat National des Guides de Montagne)
Olivier Paulin MW France
Jean-Olivier Majastre
Patrick Le Vaguerèse CIPRA France
Bruno Bethune DDJS Isère
Gérard Fillon CROS Rhône-Alpes
Robert Paragot OPMA
Denis Huot FFME National
Delphine Fabbri FF-Spéléologie
Philippe Cabrejas FF-Spéléologie
Pierre Chapoutot GHM
Alexis Seguin ITA et MW
Georges Elzière OPMA F-CAF
Paul Keller OPMA
Bernard Amy OPMA
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