Un peu d'histoire
(1)
Le premier
ours est apparu il y a 5 millions d'années. L'ancêtre de
l'ours brun a vu le jour en Asie, pour coloniser l'Europe il y a quelque
250 000 ans. La population ursine a connu un accroissement florissant
dans les régions tempérées de l'hémisphère
nord, avant de refluer à partir du Moyen-Age. En bon maître
et possesseur de la nature, l'homme du XIXe siècle a cantonné
la présence du plantigrade aux massifs montagneux boisés.
A l'échelle européenne, on trouve aujourd'hui des foyers
de population dans un périmètre autour de la Roumanie,
de la Russie et au nord : dans les pays baltes et en Scandinavie. Le
foyer occidental quant à lui englobe l'Italie, les Balkans, et
la chaîne pyrénéo-cantabrique. Ce dernier secteur
constitue aujourd'hui l'un des plus menacés. Sur la chaîne
pyrénéenne, la population ursine est estimée entre
14 et 19 individus, répartis comme suit: un noyau oriental (Ariège,
Aude, Pyrénées-Orientales, Andorre), où il y aurait
un à deux ours. Le noyau central (Hautes-Pyrénées,
Haute-Garonne, Val d'Arran et le Pallars-Sobirà, côté
espagnol) comprendrait entre 9 et 12 individus, dont deux femelles.
La troisième zone couvre le Béarn, l'Aragon, la Navarre
(vallées d'Aspe, d'Ossau, du Barétous et les vallées
de Anso, Echo et Roncal). Y sont identifiés 4 à 5 individus
mâles, dont le petit de Cannelle, qui était la dernière
femelle de souche pyrénéenne.
Effets de la réintroduction.
La réintroduction de femelles dans le massif viendrait enrayer
le déclin de l'ours. Ce n'est toutefois pas une garantie pour
la pérennisation de l'espèce à long terme. C'est
le cas en Béarn notamment. D'abord parce que le temps de gestation
est long, une ourse ne met bas que tous les deux ou trois ans. Ensuite,
parce qu'un ourson sur deux ne dépasse pas l'âge de 2 ans.
Si, comme le prévoit le plan gouvernemental conditionné
par l'accord de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB),
deux ourses arrivaient en Béarn, cela ne donnerait pas lieu à
une « invasion ».
En revanche, un tel scénario pourrait avoir certains effets sur
le quotidien de l'animal. Comme le montre la carte reproduite ci-contre,
l'ours a ses habitudes en Béarn. Certaines zones étant
plus fréquentées que d'autres. Principalement pour des
raisons alimentaires. Il est à noter que le plantigrade évolue
principalement aux marges de la zone centrale du Parc national des Pyrénées,
là où se développe l'agriculture de montagne.
L'incidence pourrait intervenir sur la mobilité de l'animal.
Pour se nourrir, ou encore se reproduire, l'ours peut parcourir 15 à
20 kilomètres par nuit. Cet été, la présence
de Camille, probablement en errance à la recherche d'une femelle,
a été détectée sur les hauteurs de Borce.
Pour Gérard Caussimont du FIEP Groupe ours Pyrénées
(Fonds d'intervention éco-pastoral, lire également par
ailleurs), la réintroduction permettrait de « fixer
le noyau de population. Car s'il n'y a pas de femelles, les ours vont
rapidement déserter nos montagnes ».
Un scénario qui conviendrait aux défenseurs de l'ours,
pas nécessairement aux bergers. Ces derniers craignent de voir
leur activité perturbée par la présence de l'animal.
Ou quand les avantages reconnus par les uns représentent les
inconvénients des autres, soit la pomme de discorde qui agite
actuellement les vallées.
Auteur
: Xavier Sota
Source : Sud
Ouest du 31 octobre 2005
(1) Source : Jean-Jacques Camarra, spécialiste
de l'ours à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage,
in « l'Ours des Pyrénées, les quatre vérités
», éditions Privat, 2005. -
Retour