Pour les écologistes de la Sepanso, la mort de la dernière
ourse de souche locale pouvait être évitée. Ils
attaquent l'État et l'Institution patrimoniale du haut Béarn
Le 2 novembre 2004,
la dernière ourse de souche béarnaise trouvait la mort
en Aspe, dans les Pyrénées-Atlantiques. Ce jour-là,
la partie de chasse au sanglier avait mal tourné. Un habitant
du village d'Urdos, René Marquèze, s'était retrouvé
nez à nez avec l'animal. Se sentant menacé, il avait tiré.
Un coup en l'air. Un autre fatal.
Dans un dernier
souffle, Cannelle abandonnait l'ourson mis au monde deux mois auparavant.
Si l'on en croît la légende, les cris du petit sans sa
mère avaient résonné toute la nuit dans la haute
vallée. L'émotion avait été ressentie jusqu'au
plus haut niveau de l'État.
Les caravanes de
journalistes et de photographes ont quitté la montagne depuis
longtemps. Mais deux procès en correctionnelle plus tard, l'affaire
n'en finit pas d'alimenter la polémique. Aujourd'hui, les écologistes
de la Sepanso lancent une nouvelle procédure judiciaire. Pour
eux, alors que le chasseur a été blanchi, les «
responsabilités collectives » n'ont toujours pas été
sanctionnées. Dans leur ligne de mire cette fois : l'État
et l'Institution patrimoniale du haut Béarn, l'IPHB, dont la
charte prenait en compte la protection de l'ours. Le tribunal administratif
de Pau est saisi.
« L'État
a été pris en otage dans cette affaire. La Sepanso et
les plus grands naturalistes tiraient la sonnette d'alarme depuis les
années 1970 », observe François Ruffié, l'avocat
du barreau de Libourne en charge du dossier. « Sous le prétexte
d'une politique contractuelle, les élus locaux et les chasseurs
ont trouvé, au sein de l'Institution patrimoniale, une pompe
à subventions. On voit le résultat. L'humanité
triomphante était la gardienne d'une grande espèce menacée
qui a maintenant totalement disparu. Ce n'est même pas la peine
d'en réintroduire, ils vont encore les tuer. »
Le conseil de la
Sepanso réclame 1 million d'euros à la France en réparation
du préjudice. Notre pays est notamment engagé, à
travers plusieurs conventions internationales, dans la conservation
de la faune en péril.
Réserves
Lalonde
François
Ruffié constate, par ailleurs, que tous les moyens dont dispose
l'État n'ont pas été mis en oeuvre pour accomplir
sa mission. Créées en 1990, les « réserves
Lalonde » ont été abrogées trois ans plus
tard face à la levée de boucliers des montagnards. Ont
alors repris les battues au chevreuil et au sanglier, principales causes
d'activité de nature à déranger l'animal et à
provoquer sa mort au cours d'accidents de chasse.
Ainsi, en 1994,
l'ourse Claude se fera abattre par des chasseurs de Borce dans une ancienne
zone réglementée. Cette année-là, un nouvel
acteur apparaît : non sans difficultés, l'IPHB réunit
autour de la même table les amis de la nature, les élus
des communes concernées et les partenaires institutionnels. Ils
signent une charte de développement des vallées et de
protection de l'ours. L'objectif est de calmer les esprits et de trouver
des solutions.
« À
cette époque, on s'aperçoit que la responsabilité
de l'organisation des activités cynégétiques dans
les zones à ours est laissée aux chasseurs. Comme si les
automobilistes rédigeaient eux-mêmes le Code de la route
», regrette François Ruffié.
Le président
de l'IPHB, Jean Lassalle, n'est pas encore le député Modem
que l'on connaît pour avoir chanté à l'Assemblée
nationale et mené une grève de la faim d'un mois contre
la délocalisation de Toyal. Mais sa personnalité charismatique
va permettre de calmer le jeu pendant un certain temps. Quelques mois
avant la mort de Cannelle, il se dit favorable à des réintroductions
d'ours. Ses amis bergers lui claquent la porte au nez. Jean Lassalle
change son fusil d'épaule et s'engage dans un nouveau bras de
fer avec l'État. A leur tour, les associations de protection
de l'environnement abandonnent l'IPHB. Le feu n'est toujours pas éteint.
Capital génétique
La Sepanso demande
à la justice administrative de condamner l'IPHB à lui
verser la somme de 300 000 euros. Elle souligne plusieurs carences,
dont celle relative à l'incapacité de l'IPHB, membre d'un
dispositif de surveillance de l'ours, de suspendre une battue en cas
de présence d'ours...
De son côté,
Jean Lassalle ne comprend pas : « La Sepanso siégeait à
l'IPHB jusqu'en janvier 2005. Elle a activement participé à
la politique qu'elle dénonce. Quand elle attaque l'IPHB, elle
s'attaque elle-même. Quant à la souche pyrénéenne,
elle n'a pas disparu. Nous touchons à un débat raciste
qui ne m'intéresse pas. Mais nous avons encore des mâles.
Du côté espagnol, il y a encore des femelles. On pourrait
même reconstituer le capital génétique de Cannelle.
C'est une question de volonté et de moyens. ».
Auteur
: patrice sanchez
Source
: Sud-Ouest
du 5 mars 2009