J'ai le sentiment que plus nous avançons dans le temps avec
cette affaire d'ours plus l'administration veut tout faire elle-même
sans impliquer les acteurs du terrain, c'est à dire les habitants
eux-mêmes, et plus nous sombrons dans le ridicule et la stupidité.
Le principe de
l'effarouchement n'est pas nouveau tout comme ses techniques. Des ouvrages
anciens en font état. Dés qu'un ours était aperçu
à proximité d'une estive, d'une cabane, d'une grange,
d'un village, les personnes présentent, jour et nuit, organisait
l'effarouchement de la bête par divers moyens bruyants pour lui
signifier que sa présence était inopportune. La nuit,
les feux de genévrier étaient parfois utilisés,
ce qui, par la suite, permettait d'en récupérer le bois.(Une
fois brûlées, les ramures du genévrier sont facilement
récupérables pour allumer le feu dans la cheminée)
et ainsi entretenir l'estive. Ces opérations d'effarouchement
étaient menées à l'instant même de la tentative
d'approche et non 8 ou 15 jours après les prédations.
Que propose la
Préfecture et ses services ?
Un effarouchement par des fonctionnaires qui, par définition,
sont d'un nombre limité présent sur une durée limitée
dans des endroits pas forcément adaptés aux déplacements
de l'animal.
- Nombre limité
de fonctionnaires. Ceci paraît évident. Il ne peut
pas y en avoir dans tous les villages, derrière toutes les
maisons, granges et cabanes
- Temps limité.
Il est évident qu'un fonctionnaire a un temps de travail
déterminé. Il ne peut pas être présent
24h/24 dans tous les endroits possibles alors que l'acteur local y
réside et y vit de manière permanente. Par ailleurs,
limiter l'action dans le temps est d'une stupidité déconcertante.
L'effarouchement doit pouvoir être possible à tout moment.
- Moyens inadaptés.
Il faut faire de l'effarouchement avec tous les moyens disponibles
n'entraînant pas la mort de l'animal. Les tirs sont un moyen
mais pas le seul.
Que
faudrait-il faire ?
- Mettre en
place des moyens qui éviteraient de tenter l'animal de
s'approcher des habitations tel que poubelles hermétiques régulièrement
ramassées. Il est bien connu, même en Slovénie,
que les clôtures sont totalement inefficaces.
- Former, informer
et éduquer les habitants pour faire face à la situation.
- Faire participer
les habitants, c'est à dire les acteurs locaux, aux opérations,
au besoin en les indemnisant pour le temps passé. Ceci aurait
pour avantage des habituer au comportement et à la présence
de la bête mais aussi à faire en sorte qu'ils s'approprient
sa présence et sa protection.
Le problème
dans cette initiative administrative est que le Préfet, toujours
sous la responsabilité de la DIREN, continue à creuser
le fossé entre l'ours et la population ce qui est contradictoire
avec un des arguments en faveur de l'ours avancé par le milieu
écologiste : " l'ours fait parti du patrimoine culturel
pyrénéen "
Ici, l'ours, n'est qu'un bien public dérangeant et perturbant.
Une erreur psychologique supplémentaire. Mais nous commençons
à nous y habituer.
Louis
Dollo, le 23 avril 2006