Du miel pour appâter le plantigrade, mais additionné de
verre brisé. Accrochée aux arbres cette mixture attendait
Franska, lâchée en catimini, vendredi dernier, dans le
Haut-Adour. Nul doute qu'elle aurait pu être fatale à l'ourse
slovène dans une contrée où la réintroduction
suscite une levée de boucliers. Au total, pas moins de 12 gobelets
ont été trouvés, portant l'inscription suivante
: « Attention poison anti-ours ». Suite à
cette découverte, Emmanuel Berthier, préfet des Hautes-Pyrénées,
a déposé plainte, le 2 mai, au nom de l'État, auprès
du procureur de la République de Tarbes, faisait savoir hier,
le ministère de l'Écologie. Le premier de ces récipients
a été trouvé, dimanche soir, aux alentours de 18
heures, par un randonneur se dirigeant vers le lac d'Ourrec, qui
l'a ramené aux gendarmes de Bagnères. (Lire « La
Dépêche » du 2 et 3 mai). Ces militaires, appuyés
par des agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage
(ONCFS) ont alors diligenté une enquête qui leur a permis
de trouver le lendemain (1er mai) 11 gobelets supplémentaires.
De taille standard, ces contenants sont identiques à ceux utilisés
pour les pique-niques. Percés de trous, ils étaient suspendus
aux arbres avec de la ficelle. Quant au miel suspect, il est actuellement
soumis à des analyses toxicologiques réalisées
par l'équipe ours de l'ONCFS. A l'évidence, on a voulu
la peau de l'animal. « L'ours, le pauvre, n'y peut rien, le
problème, c'est qu'il n'y a pas eu de concertation »
considère Daniel Borderolle, président de l'amicale des
maires du Pays toy. « On peut comprendre la réaction
face à l'État sans l'approuver. Pour arrêter tout
ça, il faudrait stopper la réintroduction. »
poursuit-il.
« IL
FAUT RESTER DANS LA LÉGALITÉ »
De son côté, André Pujo, président de l'Amicale
des maires d'Argelès tient des propos de la même veine
: « On peut condamner cette réintroduction avec tous
les arguments que je partage, mais il faut rester dans la légalité.
On ne peut pas cautionner ces actes-là ». Jean-Marc
Delcasso, président de la fédération départementale
des chasseurs trouve que ce geste exprime surtout un mécontentement.
« Je ne vois pas un ours slovène aller manger du miel
dans un pot. Et pour le mettre en danger, il faudrait que les tessons
soient énormes. C'est pas du miel qu'elle va chercher, c'est
de la viande. On va la suivre aux dégâts ».
Déplorant une absence de concertation, il ajoute : «
Rien ne prouve que ce n'est pas un pro-ours qui l'a fait pour faire
accuser les anti-ours. ». Afin de protester contre ce
plan de repeuplement des Pyrénées, les éleveurs
préparent les manifestations prévues demain à Bagnères-de-Luchon
et le 13 mai à Bagnères-de-Bigorre. Leur objectif : maintenir
la pression et la surveillance jusqu'à l'audience du Conseil
d'État (avancée au 6 mai) afin d'empêcher que les
trois ours restants soient relâchés. Des tracts ont été
distribués appelant à la mobilisation. Des tracteurs partiront
de la Barousse, pour une opération escargot. Ainsi qu'un car
ralliant Luchon depuis Luz, sans compter les voitures particulières.
Source
: La
Dépêche du Midi du 5 mai 2006