J'ai, avant hier, 15 avril 2008, avec Madé Maylin, éleveuse
et bergère en vallée d'Ossau et membre comme moi de l'ADDIP,
rencontré M. Claude Berducou, scientifique spécialiste
de la faune de Montagne, ONCFS, CNERA, aujourd'hui en retraite et auteur
notamment de nombreux travaux sur l'ours brun. Il fait partie de ces
véritables spécialistes reconnus, qui savent de quoi ils
parlent, mais que l'irruption sur ce terrain d'associations auto-proclamées
"spécialistes", bruyantes, très étrangement
archi-financées par notre maigre budget national, ont tout simplement
marginalisés.
Parmi les nombreuses informations qu'il nous a très chaleureusement
fournies et sur lesquelles nous reviendrons, les deux suivantes vont
totalement dans le sens indiqué par M. Louis Dollo:
1) - le FIEP
est venu s'imposer et semer le désordre en Béarn,
dans un système qui jusqu'à son intervention avait permis
une gestion de l'ours béarnais qui ne radicalisait pas les positions
des uns et des autres, mais permettait d'envisager non pas une véritable
viabilité naturelle de l'espèce - elle est de toute façon
impossible dans les Pyrénées: plusieurs centaines d'ours
sur des milliers de km2 s'accordent à reconnaître les spécialistes;
même dans les Asturies, aujourd'hui, ces conditions ne sont pas
remplies - mais au moins une survie de cette population "sous assistance
médicale permanente", comme le dit cet autre spécialiste,
Javier Naves, à propos des ours asturiens justement.
2) - l'interdiction
des battues anti-ours a été catastrophique pour cette
population ursine béarnaise; en effet, ces battues ne se
soldaient quasiment jamais par la mort de l'ours, mais par deux actions
fort réjouissantes: sa fuite des zone où il sévissait
contre les brebis, et un copieux et arrosé repas de fête
pour ceux qui avaient participé à l'action! Double bénéfice:
on réactivait à la fois chez la bête sa crainte
de la présence humaine, et chez l'homme ce lien social que nos
pleureuses actuelles se lamentent de voir perdu.
Ce fut un entretien
oral, au soleil du très beau jardin de sa maison dont un magnifique
rosier Pierre de Ronsard orne le porche d'entrée. Mais vous pouvez
aussi trouver ces mêmes informations par écrit dans le
n° 142, janvier 1990, ISSN 0151-4806, du bulletin mensuel de ce
qui s'appelait alors simplement "Office national de la chasse",
numéro spécial "Ours brun des Pyrénées".
Seule différence, sur le FIEP les choses y sont écrites
de façon, disons ... plus diplomatiques!
J'allais oublier
: sur les chiffres d'ours encore présents dans le massif
depuis une bonne cinquante d'années, il nous confirma ce que
tous les scientifiques sérieux (il faut hélas ajouter
cet adjectif) savent fort bien ; ce sont des chiffres controuvés,
répétés de publication en publication, et qui ont
fini par acquérir force de vérité alors qu'ils
sont très approximatifs et très peu fondés rationnellement.
Bruno Besche-Commenge-
ASPAP/ADDIP - 17 avril 2008