Escalade, randonnée, parc national et les boues rouges des Calanques

 

Depuis des décennies, des générations de grimpeurs, mais aussi de randonneurs, se succèdent dans ce qui est des sanctuaires de l’escalade : les Calanques. Le Parc National devient, dès sa création en 2012, un espoir de protection de l’environnement de ce territoire tant au cœur que sur la zone d’adhésion


"Le massif des Calanques situé entre les communes de Marseille et Cassis, réserve une mosaïque de décors surprenants". Mais au-delà des paysages…. Un an plus tard, une association relayée par une journaliste vient tout remettre en question.

Françoise Degert écrit : "Le parc national des calanques a profondément divisé La Ciotat (Bouches-du-Rhône, 34 000 habitants), du projet à sa création en mars 2012. Partisans et opposants s’y sont affrontés, au point de fissurer la droite à la tête de la municipalité. La pression semblait retombée lorsqu’une poignée de Ciotadens découvrent que l’usine d’alumine de Gardanne déverse ses boues rouges dans la décharge du Mentaure. Le comité écologique de La Ciotat est alerté".

Et elle précise : "Le secret était bien gardé même si l’ampleur du dépôt aurait fini par se voir, vu la noria de camions transportant ces déchets industriels dans la décharge d’ordures ménagères du Mentaure. Située à 270 mètres d’altitude, la décharge surplombe, d’un côté, La Ciotat et son réservoir d’eau, de l’autre, la ville de Cassis…"

Lire : "Omertà sur les boues rouges à La Ciotat"

Depuis la création du Parc National, rien n’a changé. Les boues toxiques sont toujours là à quelques encablures des sites d’escalade et d’itinéraires de randonnées appréciés pour la qualité de la nature environnante. Seuls, les ciotadens poursuivent le combat

Des boues sans inquiétude

Le 22 août dernier, Lemonde.fr sort un dossier : "Le dossier noir des boues rouges de Gardanne". Les boues rouges ne sont pas seulement à l’air libre : "Quand il est apparu impossible de continuer à stocker des monceaux de résidus de bauxite sur plusieurs terrains alentour, une solution s’est vite imposée : pourquoi ne pas balayer tout cela discrètement au fond de la Méditerranée ? C’était en 1966". Mais depuis, et malgré le Parc National, rien n’a changé. D’ailleurs, à quoi bon s’inquiéter puisqu’en 1993, un directeur de recherche au CNRS avait montré, en laboratoire, "l’impact néfaste des métaux dissous dans les résidus de bauxite sur la reproduction de plusieurs espèces d’oursins et d’huîtres". Il concluait alors au manque de données qui permettraient "d’évaluer comment se manifestent les effets nocifs des éléments toxiques des boues rouges dans le temps et dans l’espace". A quoi bon s’inquiéter ? D’ailleurs, François-Michel Lambert, député Europe Ecologie-Les Verts de la circonscription dit au Monde.fr : "Arrêtons de parler d’un passé quasiment réglé ! Depuis la reprise de l’usine par Alteo, le changement d’attitude des responsables est remarquable. J’avais dit que si rien n’était fait, je fermerais l’usine symboliquement au 1er janvier 2016". Donc tout va bien

Des boues dangereuses

Selon l’encyclopédie Wikipedia, la toxicité "est d'abord liée au caractère caustique du matériau, et dans une moindre mesure, mais peut-être de manière plus importante à long terme, surtout en contexte acidifiant, à sa teneur en métaux lourds (plomb, mercure, chrome) ou parfois en radionucléides qui s'y fixent facilement4. Les teneurs en ces produits, et leur biodisponibilité varient fortement selon l'origine de la bauxite et le processus industriel".

Au sujet des inondations de boues rouges en Hongrie, Sciences et Avenir indique : "La toxicité des métaux lourds se mesure à long terme. Les boues rouges contiennent en effet du titane, de l’oxyde de fer, de l’oxyde d’aluminium, de l’oxyde de silicium (silice), et peut-être du chrome et du cadmium à de très faibles concentrations". Eric Thybaud, responsable du pôle Dangers et impact sur le vivant au sein de la Direction des risques chroniques y explique : "Ces métaux sont persistants, on sait qu’ils s’accumulent dans les organismes et qu’à long terme ils peuvent produire des altérations du comportement, du développement ou même de la reproduction".

Un dossier sensible… Pas pour les élus écologistes

Sous un titre interrogateur, "Vers la fin des boues rouges dans les calanques ?" Metronews.fr révèle : "C’est l’un des premiers dossiers sensibles du Parc national des calanques. Lundi, le conseil d’administration se prononcera sur l’autorisation de déverser ou non des eaux usées dans la Méditerranée en provenance de l’entreprise d’alumine Alteo de Gardanne". Et nous apprenons que l’usine de Gardanne a été "Sommée de stopper à l’horizon 2015 les rejets de boues rouges à la suite d'un arrêté préfectoral, l’usine a toutefois fait la demande de les poursuivre sous une autre forme. Traitées en amont, les boues seraient réduites en effluents. Non toxiques selon Alteo, elles n’auraient qu’un impact très limité sur l’environnement marin au large des Calanques".

Encore une fois, l’élue régionale écologiste, Sophie Camard, ne semble pas pressée de trouver une solution. Attendons une analyse plus approfondies et demande "des études plus poussées" sur la toxicité des effluents. Pour elle, "Il faut créer les conditions de transparence" permettant sans doute d’attendre "que des PME locales spécialisées dans la dépollution pourraient traiter ces effluents".

Quand pollution, environnement, écologie, lobbies, business et aide aux amis se mélangent….

On grimpe et randonne à côté d’une montagne de pollution

Depuis des décennies, grimpeurs et randonneurs côtoient une montagne de pollution, le plus souvent sans le savoir. Après deux ans d’existence, le Parc National commence à s’intéresser au sujet. Les élus écologistes minimisent la situation pour préserver des emplois. Les associations écologistes ont été muettes durant toute la procédure de création du Parc. Ce sont des associations citoyennes de Cassis qui ont soulevé la problématique et continuent à le faire. Comme par hasard, certaines associations écologistes commencent à se manifester. Sans doute pour préserver le fonds de commerce… A moins que l’usine polluante ait cessé de payer de sa contribution ? Dans tous les cas, on peut s’étonner que cette affaire ne remue pas plus de monde…. Depuis plus de 50 ans.

Une pétition en cours

Il aura fallu attendre fin 2012, après la création du Parc National, pour qu’enfin les associations écologistes se manifestent à travers une pétition. Des revendications incontestablement légitimes :

  • Que la convention de Barcelone de 1976 pour la protection de la mer contre la pollution ainsi que le droit à l'information en matière environnementale et sanitaire soient enfin respectés. Le rapport à l'environnement et au secret des industriels doit évoluer et l’usine de Gardanne peut changer de cap. Il est temps pour chacun d'assumer ses responsabilités et de ne pas céder au chantage économique quand la santé publique et l'environnement sont en danger.
  • L'arrêt définitif des rejets de boues rouges et autres résidus industriels de Gardanne en Méditerranée dès 2013.
  • Des études scientifiques indépendantes sur les métaux lourds, les boues rouges et les produits commerciaux issus de la valorisation de ces déchets, pour en évaluer l'impact sur la santé et l'environnement.

Mais des revendications aujourd’hui atténuées par des élus écologistes. Seulement quelques 800 signatures montrent la faible mobilisation écologiste en 2 ans. Il faudra d’ailleurs attendre cette semaine pour que certaines de ces associations relancent la pétition. Normal. Lundi, le conseil d’administration du Parc doit traiter le sujet. Ce serait peut-être une occasion pour ces associations de crier victoire alors que leurs actions ont d’une rare faiblesse comparée à l’énergie développée pour créer le Parc National ou défendre le loup qui massacre des troupeaux tous les jours.

Décidément, la cohérence du militantisme écologique est difficile à suivre et comprendre.

Louis Dollo, le 6 septembre 2014

Article paru dans Kairn.com

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