La gestion durable et l'amélioration génétique
des races locales sont essentielles si les pays veulent satisfaire leurs
besoins vivriers futurs et répondre à l'évolution
des environnements de production.
A Antalaya (Turquie),
et dans une douzaine d'autres réunions tenues du Brésil
à la Belgique en 2006, des fonctionnaires du Groupe des Ressources
zoogénétiques de la FAO
s'efforcent de faire prendre conscience du péril qui menace la
diversité des animaux d'élevage et de la nécessité
de faire un meilleur usage des races locales. Pour ce faire, ils mobilisent
un appui en faveur d'une conférence intergouvernementale l'an
prochain qui devrait adopter une stratégie mondiale et un plan
d'action pour la gestion des ressources zoogénétiques
"La gestion durable et l'amélioration génétique
des races locales sont essentielles si les pays veulent satisfaire leurs
besoins vivriers futurs et répondre à l'évolution
des environnements de production", affirme Hoffmann. "Il
est temps de commencer à mettre en place des politiques de protection
des ressources naturelles qu'il nous reste - avant de risquer de continuer
à les perdre pour toujours."
Intrants
et rendements élevés
Selon
la FAO, le facteur le plus important influant sur la diversité
des animaux de ferme est la mondialisation des marchés du bétail.
La demande en rapide expansion de produits de l'élevage est satisfaite,
pour l'essentiel, par des systèmes de production intensifs basés
sur quelques espèces
et races d'animaux à haut niveau d'intrants et de rendement.
Par exemple, un nombre très limité de races commerciales
garantit plus d'un tiers de l'offre mondiale de porc, tandis qu'une
poignée de races pondeuses commerciales assurent quelque 85%
de la production d'oeufs. Selon certaines estimations, les races
bovines laitières à rendement élevé ou leurs
croisements représentent les deux tiers de l'offre mondiale de
lait.
Si les accroissements
de production grâce à un petit nombre de races ont été
spectaculaires, les systèmes de production intensifs comportent
souvent l'érosion des ressources zoogénétiques
locales. Lorsque la pression exercée sur les ressources en terres
augmente et que les techniques d'élevage s'intensifient, les
petits agriculteurs ont tendance à choisir des croisements qui
offrent une meilleure rentabilité de la main d'oeuvre. Et il
devient donc tout simplement peu rentable d'élever des races
moins productives.
L'enjeu principal
à affronter aujourd'hui, dit Hoffmann, "consiste à
expliquer pourquoi les pays et la communauté internationale devraient
conserver les races que les agriculteurs ont abandonnées ou qui
sont fortement menacées de disparition - la valeur des ressources
zoogénétiques, pour la plupart, est mal comprise, aussi
bien par les scientifiques que par les décideurs".
Une évaluation
complète de la diversité des animaux de ferme doit comprendre
une évaluation de ses valeurs d'utilisation- comme celles qui
sont tirées de la nourriture et des fibres et d'autres produits
ou services - et de ses valeurs de non utilisation, qui peuvent comprendre
la satisfaction que les gens tirent de la simple existence de la diversité.
Une autre question fondamentale est la "valeur d'option"
- c'est-à-dire garder la flexibilité de s'adapter aux
aléas de l'avenir, comme le changement climatique, ou les demandes
futures.
Traduire ces relations
complexes en un seul indicateur comme le prix du marché est quasiment
impossible. Ce qui vient compliquer l'évaluation des ressources
zoogénétiques est le fait que les animaux de ferme présentent
des caractéristiques de biens tant privés que publics
- l'utilisation d'un animal de reproduction est exclusive, mais le pool
génique
des populations d'animaux d'élevage appartient aux autres agriculteurs
et aux générations futures.
Repenser
les politiques
Par
l'analyse des rapports nationaux reçus sur l'état des
ressources zoogénétiques, la FAO a identifié des
domaines d'action principaux au niveau national et international pour
la promotion de l'utilisation durable et de la conservation des ressources
zoogénétiques. Le premier consiste à repenser les
politiques du secteur de l'élevage qui faussent les règles
du jeu pour les races indigènes.
Dans de nombreux pays en développement, les politiques favorisent
l'utilisation de stocks reproducteurs exotiques
d'importation, ce qui permet aux gros producteurs commerciaux de s'emparer
d'une grande part des marchés intérieurs. Cette tendance,
et des règlements sanitaires plus rigoureux, excluent les petits
producteurs qui conservent l'essentiel des ressources zoogénétiques
indigènes. Les agriculteurs sont en outre défavorisés
par les subventions à l'alimentation animale, l'insémination
artificielle et autres intrants qui tendent à favoriser les races
exotiques.
Les recherches
sur les coûts et bénéfices nets de ces politiques
pour les ressources zoogénétiques sont limitées
- si elles peuvent garantir une offre abordable de produits animaux
salubres, elles ont aussi défavorisé les systèmes
de production moins intensifs et les agriculteurs à faible revenu.
L'atténuation de ces impacts peut requérir des réglementations
prenant en compte les externalités négatives de la production
animale intensive - par exemple, les frais d'élimination des
déchets ou la surveillance des maladies à faire payer
aux producteurs, et les mesures d'incitation de la conservation de la
biodiversité
agricole.
Gérer
la diversité animale
La
préoccupation liée à la perte de ressources zoogénétiques
a incité certains pays à prendre des mesures correctrices.
Par exemple:
- République
islamique d'Iran: un programme de promotion de la volaille indigène
comprend une production sélective et la distribution aux familles
rurales
- Indonésie
: Les bovins de Bali sont conservés grâce à
un programme in situ et à la cryoconservation du liquide séminal
- Maroc : des
restrictions rigoureuses limitent la sélection croisée
des ovins locaux avec des animaux d'importation
- Chine :
Après la découverte, grâce à des enquêtes,
de 79 races auparavant inconnues, le gouvernement a créé
des zones de conservation et des banques de gènes
pour la cryoconservation
- Afrique du
Sud : des taureaux indigènes Nguni, bien adaptés
aux conditions de production locales, sont fournis aux gardiens de
troupeaux dépourvus de ressources.
Les pays en développement
doivent également procéder à des inventaires complets
de l'étendue, de la répartition, des caractéristiques
de base, des résultats comparatifs et de la situation actuelle
de leurs races indigènes. Rares sont les pays qui disposent
de ces données, entravant la capacité des responsables
politiques de décider quelles races améliorer ou protéger
et comment allouer les fonds limités disponibles pour la conservation.
Les ressources zoogénétiques n'étant pas statiques,
un suivi continu est nécessaire pour conjurer les risques d'extinction
avant que les agriculteurs, le gouvernement et la communauté
internationale ne s'aperçoivent d'une baisse sensible (selon
la FAO, le rétrécissement de la base génétique
devient un problème de plus en plus sérieux, y compris
pour les races commerciales).
Après avoir
recensé les races à risque, les gouvernements devraient
mettre en oeuvre des mesures efficaces de surveillance et de conservation
à bas coût. Toutefois, de nombreuses races sont plus exposées
dans les pays en développement qui ont peu de ressources à
allouer à des programmes de conservation. De nombreux pays en
développement - et plusieurs pays développés -
signalent qu'ils ne disposent pas de programme de conservation intégré,
ni même de politiques, sur les ressources zoogénétiques.
Une stratégie
porteuse qui semble rencontrer l'agrément des décideurs
et des producteurs consiste à subordonner la conservation à
l'utilisation. La conservation in situ - l'utilisation continue
des animaux dans les opérations à la ferme - aide à
accroître les nombres de races pour les porter à des niveaux
de sécurité en les associant avec un produit en demande.
Au Japon, des marchés de niche ont été créés
pour la viande de bovins indigènes qui attire les consommateurs
qui paient ainsi pour leur conservation.
Programmes de
sélection. La capacité des pays en développement
d'utiliser et de développer les ressources zoogénétiques
serait également améliorée, dit la FAO, en intégrant
les approches traditionnelles et modernes dans toute la gamme des systèmes
de production animale. La sélection animale est le volet le plus
important. Les animaux à rendement élevé d'aujourd'hui
ont été sélectionnés pendant au moins 20
générations dans des systèmes d'élevage
de race pure, qui requièrent des accouplements
contrôlés, des tests de performance et des traitements
de données sophistiqués. Dans des régions en développement
comme l'Afrique de l'Ouest et de grandes parties de l'Asie, il n'existe
aucun programme systématique de sélection pour les races
indigènes, ce qui est souvent dû au fait que la reproduction
dans de nombreux systèmes pastoraux et de production mixte dépend
d'échanges informels d'animaux.
La FAO estime
que la reproduction pour les systèmes de production à
faible coefficient d'intrants demeurera une responsabilité du
secteur public, mais pourrait être appuyée par des coopératives
de producteurs ou des initiatives communautaires. L'intérêt
pour les races locales se multiplie, ainsi que les preuves qu'en associant
de meilleures techniques de gestion et en intégrant, dans les
évaluations de productivité, des avantages non commerciaux,
comme la résistance aux parasites, les races locales peuvent
l'emporter sur les bovins exotiques. Par exemple, certains éleveurs
commerciaux du Zimbabwe et de Namibie favorisent les races locales en
raison de leur productivité plus élevée dans certains
environnements.
Néanmoins,
nombreux sont les pays qui n'ont aucun cadre juridique pour l'enregistrement
des animaux de races autochtones ou pour la création d'associations
de production animale. La mise en place de tels programmes, en particulier
au sein de communautés n'ayant aucune expérience de reproduction
systématique, exige un important renforcement des capacités
de même qu'une formation. "Vu la dynamique actuelle des
systèmes de production animale et les ressources limitées
pour la conservation dans le secteur public, une certaine perte de races
locales est inévitable", explique Irène Hoffmann.
"Les pays et la communauté internationale devraient prévoir
les pertes susceptibles de survenir et se rendre compte de celles qu'ils
sont prêts à accepter, et des investissements qui sont
nécessaires pour la conservation."
Source
: FAO, le 28/09/2006
A
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