Ces conclusions font uniquement référence aux questions
qui, dans les exposés et communications présentés,
ont été en relation explicite ou implicite avec le thème
de ce congrès: le pâturage, clef pour la gestion des territoires:
recherches interdisciplinaires.
Comme toutes les activités agraires, et comme le reconnaît
la PAC actuelle, l'utilisation des pâturages, outre son intérêt
de base pour l'élevage, joue un rôle multifonctionnel,
notamment dans la gestion et l'aménagement du territoire, ce
que l'on appelle aujourd'hui les "externalités".
Ces problèmes doivent alors être abordés dans le
cadre interdisciplinaire qui a toujours caractérisé la
conception des pâturages que se faisait la SEEP. Nous pouvons
regrouper en quatre domaines l'ensemble des disciplines concernées:
Ecologie, Culture et Sociologie, Ethique, et Politique. Sous forme quasi
télégraphique nous allons passer en revue quelques unes
des problématiques envisagées lors de notre Congrès.
CADRE ECOLOGIQUE
- Nécessité
de conserver un territoire, hérité d'une action humaine
continue, qui offre un paysage agro-sylvo-pastoral "vivant et
fonctionnel", en mosaïque, avec une grande capacité
d'auto-régulation et d'homéostasie. En Espagne, après
7000 ans de culture agropastorale, nous devons fuir la conception
naïve d'espaces "sauvages" ou "primitifs",
"originels". Nos paysages sont "culturels". L'immense
majorité de la biodiversité qu'il est indispensable
de conserver (paysages, habitats, espèces, biodiversités
génétique, culturelle) est l'effet d'une influence anthropique
très forte. Pour la conserver il faut la gérer.
- Un pastoralisme
adéquat permet de maintenir et même d'augmenter la biodiversité
végétale.
- Les pâturages
contribuent à la biodiversité animale, qu'il s'agisse
d'espèces sauvages (ongulé, oiseaux rapaces, etc.) ou
de la diversité génétique liée aux races
d'élevage autochtones.
- Les chemins
de transhumance (125.000 km linéaires et 425.000 h de superficie
en Espagne) sont d'authentiques corridors écologiques et culturels
(y compris de loisir), qui neutralisent et contrebalancent les problèmes
entraînés par les "ilots" écologiques.
- En pâturant,
le bétail empêche que dans les bois et les montagnes
l'herbe ne se sèche et que les arbustes deviennent envahissants.
Cela permet de réduire la probabilité, la fréquence
et l'intensité des incendies et, plus particulièrement
la transmission des flammes du sol à la cime des arbres.
- En pâturant,
le bétail empêche aussi que le territoire ne se "ferme"
sous l'invasion d'arbustes et ne devienne un "désert vert"
(infranchissable, improductif et proie facile des incendies). Ce qui
serait l'autre extrémité de ce que l'on appelle "l'agri-désert".
CADRE SOCIO-CULTUREL
- Plus que ne
le fait l'activité agricole, l'activité pastorale maintient
un peuplement humain dans le milieu rural, sans lequel il est impossible
de maintenir la nature, c'est à dire le territoire
- Les espaces
"protégés" aux aussi ont été
modelés par l'activité agropastorale.
- Les pâturages
locaux, les races autochtones, et les systèmes traditionnels
de garde et d'entretien du bétail, permettent d'obtenir des
produits d'élevage différenciés et de qualité.
Ce qui permet une pluriactivité indispensable aujourd'hui pour
le milieu rural: petites industries artisanales qui transforment les
produits de l'élevage en leur apportant une valeur ajoutée,
micro-marchés locaux, tourisme rural, etc.
- Préservés
grâce au bétail, les pâturages bénéficient
aux herbivores sauvages et par conséquent à des activités
de loisir (observation de ces animaux, chasse). Ils bénéficient
aussi aux prédateurs et charognards (souvent faune menacée)
et aux animaux domestiques de sport et de loisir (chevaux). Les pâturages
sont en outre des zones ouvertes qui permettent randonnée et
bonheur à l'air libre.
- En montagne,
les sports de neige se pratiquent sur des superficies herbacées
préservées grâce au pâturage d'été.
Une herbe longue, non consommée, favorise la fonte rapide des
neiges comme la formation des avalanches.
- De nombreuses
valeurs et racines culturelles, traditions, folklores, constructions
spécifiques, sont très liées à l'activité
pastorale.
CADRE ETHIQUE
- Bien gérés,
les systèmes d'élevage basés fondamentalement
sur les pâturages, y compris pour une production laitière
élevée, sont un exemple de développement durable
face au productivisme à outrance, dont les nombreux échecs
sont devenus une évidence.
- La nouvelle
éthique du bien-être animal souligne comme une réalité
positive le pastoralisme à l'air libre du bétail sur
les pâturages.
- La sécurité
alimentaire, exigée par les consommateurs, est bien garantie
si les ruminants sont fondamentalement nourris à partir d'aliments
provenant de l'activité pastorale et fourragère. Dans
le cas de l'élevage extensif des porcs (animaux monogastriques),
leur alimentation dans les "dehesas" (
1 ) est une garantie de sécurité et de
qualité.
CADRE POLITIQUE
ET ECONOMIQUE
- Aujourd'hui,
la conservation d'un territoire ne peut se concevoir sans la coopération
ni le travail conjoint des techniciens de l'agro-pastoralisme (agronomes,
forestiers, vétérinaires) et des scientifiques de l'environnement
(biologistes, écologues), il ne peut davantage se concevoir
hors des interrelations entre Départements administratifs (Agriculture,
Environnement, Santé, Economie ...). La SEEP est un bon exemple
de ces coopérations. Le nouveau Ministère regroupe précisément
des activités relevant de l'Environnement, de l'Agriculture,
du Milieu Rural, etc.
- Une exploitation
et une gestion correctes du territoire supposent que l'on encourage
le mouvement associatif: organisation de la production, amélioration
des méthodes de production (adaptées au nouveau concept
environnemental), échange d'expériences, conquêtes
de marché, contrôle sanitaire, centres d'engraissement
et abattoirs, marchés locaux ... En résumé, toute
la chaîne qui apporte une valeur ajoutée. La coopérative
COVAP, que nous avons visitée au cours du congrès, en
est un bon exemple.
- Face à
l'augmentation du prix des matières premières pour les
aliments concentrés, une possible relance de l'utilisation
des pâturages et des fourrages est prévisible.
- Le Décret
Royal 4/2001 sur les "Méthodes de production agricole
compatibles avec l'environnement"(
2 ), les normes "d'éco-conditionnalité"
définies par la réforme de la PAC de 2003, la Loi de
Conservation du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité de
2007, ainsi que la nouvelle Loi espagnole sur le Développement
Durable du Milieu Rural (dont l'outil financier est le FEADER) forment
un ensemble de moyens qui, directement ou indirectement, font référence
à la production animale sur la base des pâturages, et
reconnaissent ses avantages :
o transformation des cultures herbacées en cultures fourragères
et en prés destinés à être broutés.
- conservation
de la couverture végétale grâce au pastoralisme.
- aides à
la production de luzerne.
- protection
contre l'érosion des sols et maintien de la main d'oeuvre
et de la structure du sol (rotations fourragères, pastoralisme,
déjections, etc...).
- Maintien
des passages du bétail.
- Conservation
des bâtiments traditionnels utilisés pour le bétail.
- Pâturage
compatible avec la protection de la faune et de la flore.
- Maintien
des races autochtones.
- Santé
et bien-être animal.
- Sécurité
alimentaire.
- etc ...
Finalement on peut
considérer que la SEEP, une fois de plus, a respecté son
engagement annuel de maintenir vive la flamme de cette science: l'étude
des pâturages. Une année seulement nous sépare de
la célébration de ses "noces d'or" (
3 ).
Auteur
: Carlos Ferrer Benimeli, Président de la SEEP
Traduction et notes : B.Besche-Commenge, ASPAP/ADDIP, octobre 2008
Notes :
( 1 ) Notes du traducteur
- L'excellent dictionnaire électronique "Ciencias de
la tierra y del medio ambiente" propose cette définition:
" En España se llaman dehesas a los pastizales seminaturales
que se extienden por amplias áreas de suelos pobres del centro,
oeste y suroeste de la península Ibérica. Son ecosistemas
muy interesantes porque son muy buen ejemplo de equilibrio entre explotación
por el hombre y conservación de los recursos naturales"
= pâturages semi-naturels qui s'étendent sur de vastes
zones des sols pauvres du centre, de l'ouest et du sud-ouest de la péninsule
ibérique. Ce sont des écosystèmes très intéressants
car ils sont un excellent exemple d'équilibre entre exploitation
par l'homme et conservation des ressources naturelles. Pour
plus de détails
(
2 ) ce
décret du 12 janvier 2001 établit un régime
particulier d'aides en faveur de telles méthodes.
(
3 ) la SEEP a été fondée en 1960 à l'initiative
et dans le but "d'unir les forces et les initiatives pour l'étude
des pâturages envisagés de multiples points de vue".
Voir
le site de la Société - page d'introduction
|