Faut-il payer les agriculteurs pour protéger l'environnement ?

 

 

 

En montagne, en France, cette question ne se pose plus. La réponse est oui et s'applique déjà. C'est notamment le cas de Saint-Gervais en Haute Savoie qui, dans le cadre de Natura 2000 a pris l'initiative de payer bergers et éleveurs pour venir entretenir les alpages et pistes de ski. Dans les Pyrénées, actuellement, c'est encore l'éleveur qui paie une vacade pour avoir le droit de faire pacager son troupeau sur une estive. Mais avec les obligations sanitaires européennes, il est probable que ces pratiques évoluent vers une plus grande technicité.

 

Payer les agriculteurs pour protéger l’environnement ?


Publication de La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2007

Une rétribution des agriculteurs judicieusement ciblée contribuerait à la protection de l’environnement et à affronter les préoccupations croissantes liées aux changements climatiques, à la perte de biodiversité et aux ressources en eau, a indiqué aujourd’hui la FAO à l’occasion de la publication annuelle de La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2007.

Le rapport avertit toutefois que le paiement pour services environnementaux n'est pas la panacée, et que de gros problèmes de mise en oeuvre subsistent.

“Le secteur agricole emploie plus d’individus, occupe plus d’espace et absorbe plus d’eau que toute autre activité humaine”, fait remarquer M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, dans l’avant-propos du rapport.

“L’agriculture peut à la fois provoquer la dégradation des sols, de l’eau, de l’air et des ressources biologiques de la planète et en améliorer la qualité; tout dépend des décisions que prennent plus de 2 milliards de personnes qui vivent directement de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche ou de l’exploitation des ressources forestières. Il est donc primordial de garantir des incitations adaptées à ces personnes”.

La croissance démographique, le développement économique rapide, la demande croissante de biocarburants et le réchauffement climatique exercent une lourde pression sur les ressources environnementales du monde. D'autant que l’agriculture est censée nourrir une population mondiale qui passera de 6 à 9 milliards d’êtres humains en 2050.

Une des principales raisons de la dégradation de l’environnement est la gratuité apparente des services offerts par la nature: ceux-ci n’appartiennent à personne, nul n’est rétribué pour les dispenser, ce qui n’incite guère les agriculteurs à les sauvegarder. En outre, les subventions qui encouragent la production de biens commercialisables aux dépens d’autres services écosystémiques sont susceptibles d’aggraver leur dégradation.

Mesures incitatives
Les mesures d’incitation actuelles favorisent la production d’aliments, de fibres et, de plus en plus, de biocarburants, mais elles ont tendance à sous-estimer d’autre services bénéfiques dispensés par les agriculteurs, tels que le stockage du carbone, la lutte contre les inondations, la fourniture d’eau salubre ou la conservation de la biodiversité.

La rémunération des services environnementaux inciterait les agriculteurs à adopter de meilleures pratiques agricoles, voire de neutraliser la pollution engendrée dans d’autres secteurs.

Toutefois, “dans certains cas, la rétribution des agriculteurs pourrait accroître la pauvreté et menacer la sécurité alimentaire, en particulier si elle devait entraîner une diminution du nombre d’emplois agricoles ou un accroissement des prix des denrées alimentaires”, fait-on remarquer à la FAO.

Puits à carbone
Les agriculteurs auront un rôle important à jouer dans l’atténuation des effets du changement climatique, indique le rapport de la FAO. L’agriculture joue un rôle important en tant que “puits à carbone” du fait de sa capacité à piéger et à stocker les gaz à effet de serre, en particulier dans les sols, les plantes et les arbres. Un recul de la déforestation, la plantation d’arbres, la réduction du travail des sols, l’accroissement du sol de couverture et un aménagement amélioré des pâturages pourraient, par exemple, porter au stockage de plus de 2 milliards de tonnes de carbone dans environ 50 pays entre 2003 et 2012.

“Une rétribution des services environnementaux bien conçue est un moyen d’aider les agriculteurs à modifier leurs pratiques d’utilisation des terres et rendre l’agriculture plus écologique”, a précisé Leslie Lipper, spécialiste d’économie environnementale à la FAO.

“Il s’agit de paiements en compensation de services réels que les agriculteurs peuvent fournir, un peu comme les rémunérations qu'ils reçoivent pour le riz ou le café qu’ils produisent.”

Programmes de rémunération
Le rapport indique que les paiements se présentent sous diverses formes: transactions volontaires faisant intervenir agriculteurs, communautés, contribuables, consommateurs, sociétés commerciales et gouvernements. Il pourrait s’agir de paiements directs des gouvernements aux producteurs ou de transferts indirects, tel qu'un supplément de prix que les consommateurs paieraient en contrepartie d'un café plus savoureux provenant de plantations situées à l’ombre.

Des centaines de programmes de rétribution des services environnementaux sont actuellement mis en oeuvre dans le monde, essentiellement dans le cadre des initiatives de conservation des forêts.

Mais “les programmes de rémunération des services environnementaux qui ciblent les agriculteurs et les terres agricoles dans les pays en développement sont relativement peu nombreux”, déplore le rapport.

“S’ils sont bien conçus, les programmes de paiement des services environnementaux pourraient également favoriser une grande partie du milliard ou plus d’habitants pauvres des pays en développement qui vivent dans des écosystèmes fragiles”, précise Mme Lipper. Cela requiert un ciblage minutieux ainsi que des mesures de suivi de la fourniture des services environnementaux.
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Contact:
Erwin Northoff
Relations médias, FAO
Mail
(+39) 06 570 53105
(+39) 348 252 3616 (portable)

Source : FAO du 15 novembre 2007

Et en France ?


Dans un communiqué, France Nature Environnement se félicite de cette proposition qui valorise les aménités écologiques apportées par l’agriculture.

La fédération d'associations environnementales rappelle cependant que la Politique Agricole Commune encourage et autorise également la rémunération des services écologiques via le dispositif de l’article 69 du règlement. Cet article permet d'affecter jusqu'à 10% des aides agricoles aux agriculteurs privilégiant l'environnement et l'amélioration de la qualité, malheureusement la France a refusé de le mettre en oeuvre. Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, France Nature Environnement a demandé explicitement la rémunération pour services écologiques et sociaux de l’agriculture à haute valeur environnementale, (HVE) qui se caractérise par la place qu’elle laisse à la nature et au milieux naturels et par sa faible dépendance aux intrants.
Le Grenelle de l'Environnement a décidé, pour le moment de rémunérer les services environnementaux supplémentaires rendus par l'exploitation forestière.

Notes
Le rapport avertit toutefois que le paiement pour services environnementaux n'est pas la panacée, et que de gros problèmes de mise en oeuvre subsistent.

Auteur : Christophe Magdelaine
Source : Notre-Planete.info

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