"Le loup et l'ours menacent-ils la biodiversité de nos territoires ?"

 


Anéou, vaste estive au pied du Pic du Midi d'Ossau avec cabane et équipement pour la fabrication fromagère aux normes européennes. Incomparable avec le reste des Pyrénées. (Ph. L. Dollo)

"Le loup et l'ours menacent-ils la biodiversité de nos territoires ?" C'est la question que se pose de nombreux éleveurs de montagne quelques soit le massif européen des Monts Cantabrique en Espagne jusqu'aux Alpes suisses et autrichiennes en passant par les Pyrénées, les Alpes françaises ou italiennes.

Dans l'immédiat, ce sont les éleveurs français qui mènent une réflexion au niveau national en pleine discussion du "Grenelle de l'Environnement". Au-delà de la conservation des grands prédateurs il y a également la conservation d'une multitude d'espèces animales, y compris les races autochtones d'élevage et végétales qui dépendent du niveau de pastoralisme maintenu sur les territoires de montagne. La disparition du pastoralisme entraînerait incontestablement la disparition de nombreuses espèces.

La biodiversité n'est pas la seule concernée. C'est tout l'équilibre du développement durable des vallées de montagne qui est en jeu par l'intermédiaire des externalités positives tel que l'entretien des espaces comme les stations de ski et les chemins, la lute contre les incendies et les avalanches, etc… qui conditionnent le tourisme, les sports et loisirs de nature, les produits dérivés de l'élevage, etc...

Autant d'éléments qui dépassent le raisonnement simpliste, primaire et binaire qui consiste à poser cette question trop souvent entendue : " pour ou contre le loup ou l'ours ? "
(Louis Dollo, le 9 octobre 2007)

L'élaboration de la stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité - SPVB


Troupeau de brebis barégeoises (AOC) en vallée d'Ossoue au pied du Vignemale dans le Parc Natioonal des Pyrénées (Ph. L. Dollo)

 

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Présentation de la journée de réflexion


Les responsables des syndicats agricoles des massifs de montagne français, Alpes, Pyrénées, massif Central et des chambres d'agriculture se réunissent demain mercredi 10 octobre dans les locaux du CNOSF (Comité National Olypique et Sportif) au stade Charléty pour débattre d'un sujet d'actualité : " Le loup et l'ours menacent-ils la biodiversité de nos territoires ? " Des représentants de l'association du Grand Charnier dans les Alpes et de l'ADDIP dans les Pyrénées seront associés avec notamment la présence de Philippe Lacube et Marie-Lise Broueilh

Un ordre du jour organisé en deux parties :

  • Le matin, une réunion interne où il sera présenté les chiffres clés sur le pastoralisme et les grands prédateurs avec deux questions majeures : Que représente le pastoralisme et l'évolution de la population des prédateurs. Seront également abordés la question des protections juridiques des prédateurs et la stratégie d'actions pour les années à venir
  • L'après midi, ouvert aux médias, sera animé par Philippe Lefebvre, journaliste France Inter, avec deux types d'interventions :
    • Intervention de Henri NAYROU, Secrétaire Général de l'Association Nationale des Elus de la Montagne (ANEM)et député de l'Ariège-Pyrénées
    • Interventions scientifiques
      • Laurent GARDE : Ecologue au Centre d'Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes - Méditerranée (CERPAM). Spécialiste des questions de cohabitation entre les éleveurs et les loups.
      • Bruno BESCHE-COMMENGE : Ex-Enseignant et chercheur au centre de linguistique et de dialectique de Toulouse. Spécialiste de l'histoire des techniques agropastorales.
    • Témoignages d'éleveurs

A l'issue de la journée, un manifeste " Pour le maintien de la biodiversité en zone d'élevage " doit être signé en présence de Jean-Michel LEMETAYER, Président de la FNSEA, Philippe MEURS, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs et Luc GUYAU, Président de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture.

Louis Dollo, le 9 octobre 2007

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La biodiversité au cœur des problèmes du monde agricole montagnard


A la tribune on reconnait à droite, Jean-Louis Cazaubon Président de la Chambre d'Agriculture des Hautes-Pyrénées, de la Chambre Régionale Midi-Pyrénées et de la commission "montagne" à l'APCA. A sa droite Dominique Barrau, Secrétaire Général de la FNSEA
(Ph. FDSEA 38)

Au-delà de la problématique des grands prédateurs, le milieu agricole montagnard s'est posé une question : " quelle biodiversité voulons-nous sur nos territoires ? "

Devant les conséquences des prédations entraînant l'abandon accéléré du pastoralisme et face aux observations faites sur le terrain, les éleveurs ont été amenés à se poser cette autre question majeure : " le loup et l'ours menacent-ils la biodiversité de nos territoires ? " C'est la raison pour laquelle les principaux responsables des syndicats agricoles de montagne se sont réunis hier à Paris dans le cadre de la première journée nationale des présidents de massifs, ce qui laisse supposer qu'il y en aura probablement d'autres.

Tous les représentants des massifs de montagnes étaient présents : Vosges, Jura, Alpes, massif Central et bien sûr les Pyrénées avec les Chambres d'Agriculture, la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, la Fédération Nationale Ovine, la Fédération Nationale des Eleveurs de Chèvres mais aussi des représentants des associations tel que l'ADDIP (fédération d'associations de 4 départements pyrénéens) et le Grand Charnier dans l'Isère.

Au cours d'une réunion de travail, il a été présenté les chiffres clés du pastoralisme français et des grands prédateurs Une information sur les protections juridiques des prédateurs a été fournie aux participants. Il a été décidé de créer un groupe de travail de spécialistes pour s'assurer que les procédures et exigences imposés au milieu montagnard restent bien légales. Un certain nombre d'observations tendent à penser que le Ministère de l'écologie et les associations environnementalistes profitent d'un " vide d'opposition " pour s'imposer de manière arbitraire. Ce serait, de la part des éleveurs de montagne, un changement stratégique en passant d'une phase de protestation qu'ils jugent " avoir été nécessaire à une époque ", mais " qu'ils ne renient pas pour le futur " à une phase constructive.


Bious-Artigues en vallée d'Ossau, un espace en cours d'ensauvagement par genévriers et rhododendrons (Ph. L. Dollo)

"Le passé a été nécessaire et peut se renouveler s'il le faut", tel que les événement d'Arbas ou la manifestation de Bagnères de Bigorre " qui ont permis de faire connaître à la France entière l'existence de problèmes contrairement à ce que pouvait dire la propagande pro-ours " comme nous le précise un responsable d'association. " Cette stratégie a été mise en place " nous précise une autre. Elle se retrouve dans le manifeste " pour le maintien de la biodiversité en zone d'élevage " qui est " un véritable engagement de la profession agricole et de ses dirigeants pour les années à venir." Et il nous est précisé que " les associations pyrénéennes ont été porteuses de cette idée bien avant le Grenelle de l'environnement et le pacte de Nicolas Hulot. Ce sont ces idées qui sont reprises. " Les pyrénéens étaient donc novateurs et ont su se faire entendre. Novateurs ? Oui sûrement puisque l'idée de créer des associations dans chaque département ouvertes au-delà des éleveurs, à tous les usagers de la montagne directement concernés par les externalités positives de l'élevage en montagne a érté avancée. Des associations qui seront impliquées dans les commissions de travail qui vont être mises en place dans les prochaines semaines.

Pyrénéens novateurs et présents.


Bruno Besche-Commenge, un pyrénéen gascon, enseignant et chercheur à la retraite mais toujours sur le terrain
D'ailleurs, l'après midi, c'est un couseranais, Bruno Besche-Commenge, qui prenait la parole pour exposer devant les délégués agricoles et la presse parisienne " ce que les environnementalistes appellent l'exemple espagnole " et qui semble, en fait, être un contre exemple de la protection de la biodiversité. Mais au-delà de la protection des espèces sauvages, il est une autre biodiversité à défendre : celle des animaux d'élevage. Bruno Besche-Commenge, en bon spécialiste de l'histoire des techniques agropastorales pyrénéennes a présenté le cas de la brebis castillonaise en voie de disparition comme bien d'autres dans les Pyrénées qu'il s'agisse d'ovins, bovins, caprins et équidés. Et pourtant, c'est à partir de ces races rustiques que les espaces sont entretenus depuis des millénaires et que des races plus élaborées ont été obtenues.

Un autre pyrénéen était présent. Venu de l'Ariège, Henri Nayrou, député et Secrétaire Général de l'Association Nationale des Elus de la Montagne (ANEM) a apporté le point de vue des élus de la montagne et réaffirmer leur position prise lors de l'assemblée générale d'Ax les Thermes.

Il y avait également les alpins et la problématique du loup que nous connaîtrons sûrement bientôt dans les Pyrénées. Laurent GARDE, écologue au Centre d'Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes - Méditerranée (CERPAM) et spécialiste des questions de cohabitation entre les éleveurs et les loups est venu expliquer que " protéger les troupeaux face aux loups ou préserver la montagne c'est aller vers une impasse technique. " Voilà une situation qui contredit totalement toutes les thèses des écologistes dont bien peu d'entre eux sont d'ailleurs des éleveurs.


Laurent Garde et Bruno Besche-Commenge (Ph. L. Dollo)

Des témoignages mais aussi des questions très pertinentes de l'animateur des débats, Philippe Lefebvre, journaliste France Inter qui conclue en disant qu'en deux heures il avait plus appris qu'au travers tous les reportages qu'il avait vu et lu ces dernières années.


A la tribune, Luc GUYAU, Président de l'Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (Ph. FDSEA 38)

Nous voyons donc se dessiner dans le milieu montagnard, c'est-à-dire ceux qui vivent au quotidien en montagne, une vision très différente de ce que peut-être la biodiversité, la protection et l'entretien de l'environnement montagnard et de ses paysages et, au-delà, le développement durable des vallées. Il a été de nouveau rappelé que " s'il y a encore en montagne des espèces remarquables et remarquées au point de créer des zones Natura 2000, ce n'est pas grâce aux écologistes mais grâce aux bergers et éleveurs et qu'à ce titre ils ont peu ou pas de leçons à recevoir " Le ton est donné !

C'est le sens du manifeste signé par tous les présidents d'organisations professionnelles agricoles qui exigent :

  • l'arrêt de la réintroduction d'ours et son cantonnement dans des zones appropriées,
  • le retrait des loups dans les zones d'élevage,
  • la régulation des populations de vautours et de lynx.

Louis Dollo, le 11 octobre 2007

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Informations complémentaires

La toue de Labassa (massif du Balaïtous), ancienne cabane de berger dans le Parc National des Pyrénées. Qui voudrait y vivre aujourd'hui ? (Ph. L. Dollo)

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Les réactions.... l'après réunion ou 3ème mi-temps environnementaliste

 

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Signature d'un manifeste contre la réintroduction des loups et des ours


Dans le cadre de la « Journée nationale des présidents de massifs » organisée par la Fnsea, un manifeste a été signé «pour le maintien de la biodiversité en zone d'élevage»… sans les loups, ni les ours.

Dans ce manifeste, les présidents de la FNSEA, des JA, de l'APCA, de la FNO (ovins) et de la FNEC (caprins) exigent : l'arrêt de la réintroduction d'ours et son cantonnement dans des zones appropriées ; le retrait des loups dans les zones d'élevage et la régulation des populations de vautours et de lynx.

Ils estiment, en effet, que « l'installation durable des prédateurs est incompatible avec l'activité agricole » et qu'elle « menace la biodiversité des zones d'élevage ». D'autant qu'à l'échelle européenne, loups, ours, lynx et vautours ne sont pas, selon eux, des espèces menacées de disparition. « Les contraintes liées à la présence des prédateurs viennent s'ajouter aux difficultés de revenus rencontrés dans l'élevage, dissuadant de ce fait l'installation des jeunes » estiment-ils.

Source : Plein Champs du 11 octobre 2007

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Signature d’un manifeste - « L'installation durable de prédateurs incompatible avec l’activité agricole »


Les présidents d’organisations professionnelles agricoles majoritaires réunis hier à Paris dans le cadre de la première journée nationale des présidents de massifs ont signé un manifeste « pour le maintien de la biodiversité en zone d’élevage », dans lequel ils exigent l'arrêt de la réintroduction de l'ours, le retrait des loups en zone d'élevage et la régulation des populations de vautours et de lynx.

Le loup et l'ours sont dans la ligne de mire des représentants du monde agricole : Les présidents des organisations signataires, la FNSEA, les JA, l’APCA, la FNO (Fédération nationale ovine) et la Fnec (Fédération nationale des éleveurs de chèvres), considèrent que "l’installation durable de prédateurs est incompatible avec l’activité agricole."

La présence de ces prédateurs "menace la biodiversité de nos zones d'élevage étroitement liée à la présence d'une activité agricole." Les signataires estiment que le loup et l'ours ajoutent "aux difficultés de revenus rencontrées dans l'élevage". Selon eux, "les cheptels bovins et équins sont aussi touchés par des attaques de prédateurs", qui n'opèrent "plus seulement en zone pastorale." Autre argument avancé dans ce manifeste : "les systèmes de protection classiques présentent de nombreuses limites et ne peuvent constituer une solution durable."

Auteur : E.M
Source : Milfeuille Presse / TV Agri / Terre.net du 11 octobre 2007

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Un manifeste contre ours, loup, lynx, vautour....


Une biodiversité contrôlée et choisie : c’est le délire total !

[Ndr : Après avoir rappelé le texte de Pleinchamp.com ci-dessus, le site Web de FERUS indique ce qui est ci-dessous]

Dans le cadre de la « Journée nationale des présidents de massifs » organisée par la Fnsea, un manifeste a été signé « pour le maintien de la biodiversité en zone d’élevage »… sans les loups, ni les ours.

Dans ce manifeste, les président de la FNSEA, des JA, de l’APCA, de la FNO (ovins) et de la FNEC (caprins) exigent : l’arrêt de la réintroduction d’ours et son cantonnement dans des zones appropriées ; le retrait des loups dans les zones d’élevage et la régulation des populations de vautour et de lynx.

Ils estiment, en effet, que l’installation durable des prédateurs est incompatible avec l’activité agricole et qu’elle menace la biodiversité des zones d’élevage. D’autant qu’à l’échelle européenne, loups, ours, lynx et vautours ne sont pas, selon eux, des espèces menacées de disparition. « Les contraintes liées à la présence des prédateurs viennent s’ajouter aux difficultés de revenus rencontrés dans l’élevage, dissuadant de ce fait l’installation des jeunes » estiment-ils.


Ce qu’il en est :

Avant l’arrivée des éleveurs, les prairies naturelles étaient créées par des avalanches, des incendies, et entretenues par des gros herbivores (aurochs, bisons) moyens (chevaux sauvages, cerfs) et petits. La moins mauvaise substitution est le mélange de bovins, de chevaux, de moutons et d’ongulés sauvages, cerfs, chevreuils et chamois/isards, le plus important étant la représentation des plus grandes espèces (vaches et chevaux).

L’élevage bovin qui était très représenté dans les Alpes a beaucoup régressé au point que la majorité des alpages ne sont aujourd’hui pâturés que par les grands troupeaux ovins, en particulier dans les Alpes du sud. Et dans les Pyrénées, il n’y a plus que 150 000 vaches et 12 000 chevaux. Le pâturage par des grands troupeaux ovins seulement a des impacts écologiques majeurs.

Les moutons ne bloquent pas la progression d’espèces végétales qu’ils ne consomment pas (fougères, rhododendrons, saules, airelles, genévriers par exemple). Ces plantes envahissent le terrain et favorisent la présence d’insectes qui leurs sont inféodés. A l’inverse le surpâturage des moutons finit par interdire la floraison, la reproduction et finalement la présence de nombreuses espèces végétales, entraînant à sa suite la disparition des insectes qui en dépendaient. Cette tendance s’accroît avec la montée précoce en alpage grâce aux camions, alors qu’autrefois la floraison de printemps intervenait avant l’arrivée des troupeaux. Les produits vétérinaires rejetés par les moutons détruisent les scarabées qui se nourrissent de leurs déjections, et les oiseaux qui mangent ces insectes. Une grande concentration de moutons a déjà provoqué des épidémies de kératoconjonctivite ou de brucellose, mortelles pour les isards et les bouquetins. Enfin les troupeaux laissés libres ne contournent plus les petites zones humides d’altitude, oasis d’une biodiversité rare et concentrée. Leur piétinement et leurs déjections dessèchent les sols et polluent les eaux.

On ne peut donc affirmer que la présence de moutons est dans tous les cas bénéfique pour la biodiversité, cela dépend de la conduite des troupeaux et du nombre de têtes. On ne peut évidemment pas dire qu’éradiquer l’ours, le loup ou le lynx améliorerait la biodiversité, sauf à décréter progressivement que la biodiversité c’est l’ensemble des espèces moins celles qui déplaisent, l’ours pour les uns, le héron ou le renard pour les autres, le frelon ou le moustique pour beaucoup...

Pour favoriser la biodiversité, maintenir un pastoralisme de montagne, oui mais pas n’importe lequel.

A lire absolument : Réflexions sur le pastoralisme et la qualité biologique des milieux naturels de montagne

Source : FERUS du 11 octobre 2007

Observations

L'ADDIP fait savoir que son équipe scientifique fournira une réponse à la réflexion de Vincent Vignon. Dans l'attente, les lecteurs peuvent également se référer à de nombreux textes sur la page "Environnement" de ce site notamment la partie "Biodiversité".

Dans tous les cas, il semble que FERUS face preuve d'une totale absence de vision globale de la problématique dans le cadre de politiques de développement durable des vallées de montagne en se limitant à une vision restrictive des seules espèces emblématiques : ours, loup, lynx.Ce qui n'est pas acceptable pour les populations montagnardes directement confrontées aux conséquences d'un tel comportement.

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