Après la grève de la faim de Jean Lassalle, la polémique des ours

 

 

Après la grève de la faim de Jean Lassalle en avril 2006, les écologistes s'attaquent violemment à l'IPHB et au député béarnais. De cette manière, ils ravivent les polémiques qu'ils mettent sur le dos de celui qui, un temps, ne dit plus rien ne serait-ce que pour se reposer. Le journal Marianne a cru intéressant de se faire le relais de ses polémiques largement alimentées par FERUS, le FIEP, le WWF, la SEPANSO (FNE) et l'ADET-Pays de l'ours.


La vallée pyrénéenne n'en peut plus de ses querelles. La grève de la faim de son député s'achève à peine qu'on rallume la guerre des ours. Et les critiques vont bon train sur les "lubies" de Jean Lassalle.

« Collabo de Lassalle ... »
A Accous, petit village de 400 habitants niché au pied des premières cimes enneigées des Pyrénées-Atlantiques, on peut encore lire, sur le mur décrépit de l'Intermarché, ce graffiti injurieux. Dans cette ravissante bourgade, on se relève à peine du tremblement de terre médiatique provoqué par la grève de la faim de Jean Lassalle que, déjà, la guerre des ours est rallumée. L'heure des règlements de comptes a sonné!

« Vous savez, j'ai vraiment l'impression de m'être fait entuber ! » Les pieds dans le plat, Hervé Lelievre, le PDG de Toyal France, exprime sa rancœur. Son projet avorté de « délocalisation » sur le site de Lacq, à seulement 65 km d'Accous, avait déclenché la riposte de celui qu'on appelle désormais le « Robin des bois des Pyrénées ».

La grève de la faim du député UDF a fait la une des joumaux et sorti cette région de son anonymat ... pour le meilleur comme pour le pire ! « C'était un chantage ridicule, le méchant patron face au gentil berger», affinne le PDG. En revanche, Patrick Bouygue, délégué CGT de Toyal à Accous, assure être comblé par le résultat: « On a milité pour rester à Accous. Si on était parti à Lacq, c'est toute la vallée qui allait crever ! » Toute la vallée ... C'est vite dit, car seuls un tiers des 148 employés de Toyal y résident.

En réalité, la sauce béarnaise, mitonnée par Jean Lassalle, n'a pas totalement pris. Si le Gandhi de l'Assemblée a été soutenu jusque devant les grilles du Palais-Bourbon par des élus centristes et socialistes du cru, et des Béarnais très fiers de leur député, il n'est pas parvenu à provoquer la pleine adhésion de ses valléens. Certains ont été choqués par la méthode, « indigne d'un élu de la République », si l'on en croit ce jeune qui a toujours vécu à Accous.

D'autres ont en mémoire le soutien apporté par le député au projet du tunnel du Somport à la frontière espagnole, au détriment de la voie ferrée qui relie la Navarre au Béarn. Un choix qui avait, certes, permis le désenclavement de la vallée ... mais à quel prix! « Un camion chaque minute sous nos fenêtres », résume cet habitant de Bedous, village coupé en deux par la N134.

"Un caprice d'enfant"
Car, ici, on ne badine pas avec la qualité de l'environnement. C'est même le point faible de l'extension de l'usine Toyal. Un site classé Seveso II en pleine vallée, ça effraie. Pourtant, François Doumecq, de l'union départementale CGC, tente de rassurer: « Cela fait quatre-vingts ans que l'usine existe, pourquoi on se mettrait à polluer maintenant? » La polémique a de beaux jours devant elle!

Le village de Lacq, à 25 km au nord de Pau, jouxte l'énorme complexe industriel de Total-Arkéma qui gère, cahin-caha, la fin programmée de son gisement pétrolifère et gazier (prévue pour 2013). Vu d'ici, on peine à comprendre l'attitude du député Lassalle. « C'est un caprice d'enfant qui va nous faire beaucoup de tort dans le combat que nous menons pour la reconversion du bassin », indique David Habib, président (PS) de la Communauté de communes de Lacq, qualifiant de
« pure folie » le projet d'extension qui sera financé par le contribuable:

  • un dénivelé de 60 m,
  • des risques d'éboulement,
  • pas de lieu de stockage des solvants
  • le projet de placer les secours dans un ancien poste de gendarmerie situé dans un couloir d'avalanche...

Robert Marco, de la CFDT à Lacq, partage la même angoisse, inquiet de la réaction des propriétaires japonais de Toyal: «J'ai peur qu'ils finissent par s'en aller en Allemagne ou en Roumanie, comme il en fut question un temps. Alors là, on serait tous perdants. » Même s'il reconnaît le courage de Lassalle, « exposé en première ligne » le socialiste David Habib n'hésite pas à houspiller la hiérarchie du parti centriste, déplorant la façon dont les « Pieds-Nickelés de l'UDF », François Bayrou, Jean-Jacques Lasserre (le président du conseil général) et Lassalle « ont pris en otage l'économie béarnaise ». Il cite, pour preuve, des propos attribués à Jean-Jacques Lasserre, qui serait allé jusqu'à dire, devant témoins, qu'il « préférerai[t] que l'usine aille en Allemagne plutôt qu'à Lacq ». Propos que le président nie farouchement ...

David Habib, qui est aussi député-maire de la ville nouvelle de Mourenx, en profite pour régler de vieux contentieux avec les Verts du Béarn, « dont le silence assourdissant sur l'affaire Toyal n'a eu d'égal que leur habituelle indigence intellectuelle ». Une banderille destinée à ceux qui avaient failli faire gagner l'UMP aux législatives en ne donnant aucune consigne de vote.

Jean Lassalle, l'ours et l'IPHB
Et la guéguerre partisane est loin d'être terminée! A peine remise de ce qu'il faut bien appeler « l'affaire Lassalle », la tranquille vallée d'Aspe est de nouveau sur le devant de la scène. Au centre de la controverse, dont le bouillant élu n'est pas absent: l'« ours de Slovénie »! Retour à Accous. De l'usine Toyal aux terrains de jeux de la population ursine, il n'y a que quelques crêtes.

S'il est un point sur lequel Jean Lassalle fait l'unanimité, c'est bien celui de la gestion ambiguë de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB) qu'il préside. Cet organisme créé en 1994, que d'aucuns décrivent comme « un gouffre à subventions », a pour objectif de réaliser la difficile cohabitation entre l'ours et le pastoralisme.

Alors que l'IPHB s'était engagée, en 2004, à agir pour l'introduction de deux ours slovènes dans le Béarn, Jean Lassalle a brusquement fait volte-face. Jacques Mauhourat, président de la Sepanso, une société de protection de la nature qui a claqué la porte de l'organisme, et opposant à l'extension de l'usine Toyal à Accous, met le refus de l'ancien berger d'accepter les ours sur le compte de choix électoralistes : « Ici, les caprices d'élus locaux, les petits seigneurs dans leur duché, on est habitués! » Toyal, les ours, deux lubies pour un même élu, ça fait beaucoup !

Jean-Pierre Berges va dans le même sens. Ce médecin « écolo-chasseur » parle de « démagogie » en évoquant la valse hésitation de Lassalle. « l'IPHB est tout entière à son service » et ... à celui des électeurs anti-ours ! « Même au niveau de la valorisation du pastoralisme, la plus grande avancée a été réalisée grâce au Fonds d'intervention éco-pastoral [Fiep] », ajoute-t -il. Car c'est bien ce fonds et non pas l'IPHB qui a installé des téléphones gratuits dans les cabanes des bergers.

Au ministère de l'Environnement, on tire le même constat d'échec, en concédant toutefois que le volet pastoralisme a été correctement mené. La ministre Nelly Ollin va bientôt demander un bilan détaillé des actions de l'institution en faveur de l'ours. « Mais il est pourtant simple à dresser », s'indigne Jacqueline, 75 ans, bénévole dans une association « écolo » : « la fin de la lignée des ours pyrénéens avec la mort scandaleuse de Cannelle en 2004 au poste frontalier d'Urdos ... C'est minable! » Philippe Caron, conseiller technique au cabinet de la ministre, ne cache pas que, la convention liant l'Etat et l'IPHB arrivant à son terme fin 2006, « désormais se pose la question du maintien de l'organisme ». Autrement dit, Jean Lassalle, après être sorti vainqueur de sa confrontation avec le « grand capital » risque bien d'en prendre pour son (planti)grade.

Auteur : Skander Houidi
Source : Marianne du 9 mai 2006

Observations


Avec du recul, trois ans et demi après le conflit, nous pouvons constater que les propos de David Habib, président (PS) de la Communauté de communes de Lacq et ceux de Hervé Lelievre, le PDG de Toyal France n'était pas fondé et apparaisse même d'une rare stupidité ou d'une totale mauvaise foi.

Toyal est toujours à Accous, les terrains demandés ont été mis à sa disposition et, surprenante situation, ne sont pas tous utilisés. Mieux encore, il n'a pas été nécessaire de dévier la route de Lescun comme il avait été demandé.

Les griefs évoqués apparaissent de plus en plus des mensonges :

  • Un dénivelé de 60 m n'est plus un problème et ne l'a jamais été
  • Les risques d'éboulement n'ont jamais existé en plus de 80 ans d'existence
  • Le lieu de stockage des solvants a toujours existé et n'a jamais créé de pollution
  • Le projet de placer les secours dans un ancien poste de gendarmerie situé dans un couloir d'avalanche n'existe pas.

Quand on veut tuer son chien on trouve toujours qu'il a la rage. La preuve !

Pour ce qui concerne l'IPHB le mensonge est à son comble de la part des associations écologistes qui font toujours la pluie et le beau temps au Ministère de l'écologie.

Ainsi, prétendre que " au niveau de la valorisation du pastoralisme, la plus grande avancée a été réalisée grâce au Fonds d'intervention éco-pastoral [Fiep] " est un mensonge honteux. Au moment de cette installation à al fin des années 80, l'IPHB n'existait pas et la gestion de ces téléphones a été assurée depuis 1994 par l'IPHB qui les a entretenus et fait évoluer. A ceci il faut rajouter les mises aux normes des cabanes, des prises d'eau, des contrôles sanitaires, des héliportages et sauvetages du bétail, de l'agrément des lieus de fabrication de fromage en estive, etc…. autant de choses auxquels le FIEP n'a pas participé puisqu'il a démissionné de l'IPHB.

Par ailleurs, le projet de voir disparaître l'IPHB a échoué. Fin 2009, l'institution est toujours là.

Mais quand on veut tuer quelqu'un tout est bon autant la calomnie que le mensonge.

Louis Dollo, 13 novembre 2009


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