Avenir du pastoralisme dans les Pyrénées

 

Comme toute la filière agricole européenne, l'avenir est suspendu aux décisions politiques, aux aides et subventions. Mais en montagne il est aussi suspendu aux contraintes du milieu spécifique et aux contraintes environnementales parfois inadaptées aux situations.

L'élevage en montagne a des exigences différentes de celui de la plaine : espace, climat, environnement, éloignement, hébergement, garde et surveillance, prédateurs, accessibilité des zones de pacage, etc…. Il n'est pas toujours évident de concilier cet ensemble surtout lorsqu'il faut faire face à des administrations cloisonnées, technocratiques, " lisseuses " de situation dans un milieu naturel ou les différences sont parfois considérables.


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Il faut sauver les derniers bergers


« La situation est grave. On risque de détruire quinze ans d'animation pastorale. Si des groupements devaient disparaître, c'est toute l'organisation collective du pastoralisme pyrénéen qui serait désarticulée… » Dans la lettre qu'il a adressée le 14 décembre au ministre de l'Agriculture et de la Pêche, Bruno Saurat a volontairement pesé ses mots. Le président de l'Association des pâtres de Haute montagne espère que l'État volera au secours d'une profession en péril.

Jusqu'alors, les groupements pastoraux qui embauchaient des vachers et des bergers pour garder les troupeaux dans les estives bénéficiaient d'aides au gardiennage versées par l'Europe et par l'État pour soutenir les pratiques agricoles environnementales. C'étaient les fameux contrats territoriaux d'exploitation (CTE) qui parviennent à échéance le 31 décembre 2005. A ces CTE, succéderont les contrats d'agriculture durable (CAD) qui prévoient des enveloppes financières moindres. « En Ariège, les CTE gardiennage représentaient 110 000 € par an distribués sur 23 zones. C'est grâce à ce soutien que les groupements pouvaient créer dix à vingt postes de salariés », souligne Nicolas de Munnik, biologiste de formation et animateur au sein de l'association. C'est en décembre et février que les pâtres se font embaucher pour l'été suivant. Or, s'il n'y a plus d'aides…

PEU D'ÉLUS
Pour la profession, la situation est d'autant plus désespérante que le Centre de formation de Pamiers (CFPPA Ariège-Comminges) n'a jamais attiré autant de monde. Cette structure unique en France, va devoir sélectionner cent trente candidats, mais seulement dix seront retenus début janvier. « Pas question de former des chômeurs. On veut garantir un emploi à la sortie des stages », précise Nicolas de Munnick qui fuit les images d'Épinal et l'archétype du baba qui rêve toujours de retour à la terre. « Pour être berger, il faut être solide et avoir un mental préparé. L'été ça va, on croise les randonneurs ; l'hiver, c'est l'extrême solitude. Sans motivation, on ne peut y arriver », souligne-t-il en rappelant que ces métiers suscitent des vocations féminines.

Côté administration, on est conscient de la situation : « Il n'y a pas que l'Ariège. C'est l'ensemble de la chaîne pyrénéenne qui avait mobilisé les CTE en fonction de la spécificité de chaque département. On n'ignore rien de cette problématique. C'est vrai que nous nous trouvons dans une période charnière avec un cadre plus contraint du fait de la Loft, la loi de finances. La rencontre prévue en janvier entre Michel Dantin, conseiller technique du ministre et la profession agricole sera déterminante », reconnaît Cécile Dumaine, chargée des questions de pastoralisme à la direction régionale de l'agriculture et de la forêt.

Les bergers seront-ils les oubliés du prochain dispositif, s'il en existe un ? C'est toute la bataille qu'ont engagée les éleveurs.

Auteur : Jean-Marie Decorse
Source : La Dépêche du Midi du 28 décembre 2005

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Les troupeaux sans défense


« Supprimer des postes de pâtres équivaut à laisser les troupeaux sans aucune défense contre les grands prédateurs, ours et loups. Contrairement aux engagements de l'État, la protection des moutons ne sera plus assurée », rappelle l'Association des pâtres de haute montagne « D'une transhumance à l'autre ». Et de rappeler aussi que le gardiennage des troupeaux est indispensable pour garantir une bonne gestion de la végétation en montagne. Sans parler d'une autre conséquence moins connue qui est l'embroussaillement des montagnes avec les risques d'incendie.

La profession agricole craint l'arrivée de premiers signes avant-coureurs. Aujourd'hui, de nombreux éleveurs refuseraient de monter en estive. De fait, certains groupements pastoraux seraient donc obligés de se dissoudre. L'un de ces groupements a déjà arrêté son activité en supprimant au passage deux postes de pâtres. Combien demain, redoutent les bergers ?

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