L'héliportage ou le mulet...

 

Avant la transhumance en Béarn, il est indispensable de monter le matériel nécessaire pour l'été en estive : matériel de vie pour le berger, nourriture, matériel pour les bêtes, pour faire le fromage, etc….
Deux solutions sont possibles dans les estives non désenclavées par une piste ou une route : la traditionnelle avec des ânes ou des mulets ou la moderne avec l'hélicoptère. Bien souvent c'est le panachage des deux solutions qui l'emporte avec le transport héliporté du gros matériel en début et fin de saison et l'approvisionnement régulier avec l'âne ou le mulet.

Un « hélico » pour les estives


PASTORALISME. -- Les hélitreuillages de matériel vers les estives font résonner les vallées

Depuis longtemps, en cette saison, on est habitué au bruit des hélicoptères montant le matériel pastoral dans les estives. Mais cette fois, le trafic aérien a une portée pédagogique. L'Institution patrimoniale du Haut Béarn (IPHB) réalise en effet une première sur l'estive de l'Aouhaa, dans la vallée de Gey, au-dessus d'Aydius, en y conviant des stagiaires du lycée agricole d'Oloron, récemment labellisé pour les métiers de la montagne.
L'appareil « LAMA » de Héli-Béarn vient d'effectuer plusieurs rotations sur le site afin d'y laisser les moyens de vivre aux bergers; mais aussi du matériel de clôture que des apprentis du lycée viendront poser pour renforcer les parcs de sécurité.
Un exemple qui, parmi bien d'autres, illustre les efforts déployés pour aider les bergers à s'installer en altitude avec leurs troupes. Ces jours-ci, vingt tonnes de matériels seront acheminées en Aspe et Ossau pour servir dix-huit estives de montagne basse (1 200 à 1 800 mètres), et quelques-unes au-dessus, comme au pic de Ger ou Arremoulit.
La saison des transhumances s'amorce en effet; et il faut imaginer que 200 bergers, sur 65 000 hectares, gardant 22 000 vaches et 80 000 brebis, redescendront à la mi-septembre quelque 200 tonnes de fromage. Il faudra alors une nouvelle noria héliportée (Hélicoptères de France à Argelès) pour ramener les productions et les détritus. Cette opération traditionnelle, financée par le Département, la Région et l'Etat, représente un coût de 40 000 euros. Les bergers y participant également avec des arrangements en zone à ours notamment (rotations gratuites).

Estive d'apprentissage.
Là-haut, sur les pentes ourlées de myrtilles du somptueux Val de Gey, une nouvelle cabane offre enfin un local vivable et normalisé. Avec la source captée avec l'aide de la mairie et l'adduction offerte par les chasseurs, le site d'Aouhaa se prépare à accueillir les 400 moutons du lycée dirigé par Eric Sacrez, fier d'une labellisation unique en France. L'établissement abrite en plus un centre des ressources du pastoralisme avec une formation de berger-vacher et un diplôme d'accompagnateur de montagne. La montée en estive tient de la pédagogie active et l'hélicoptère sert de « cartable » aux « écoliers » de l'été.
Tout le matériel de traite, de fromagerie, les piquets de clôtures, les bouteilles de gaz, les jouets pour les enfants du berger. 400 kg par 400 kg s'envolent ainsi d'un vallon à l'autre en passant sur le chapeau du « curé d'Illurpe », un cairn naturel gardant la crête au-dessus d'Aydius. La cabane de Bezun vient d'être livrée; celle de la Passa ne le sera pas par la voie des airs. Le berger Bernat et sa soeur s'approvisionneront pas muletage pour ne pas troubler le couple de gypaètes installé au-dessus et dont le rejeton doit accomplir son premier vol dans quelques jours. Ce fut le cas également l'an dernier.
Les estives se font livrer une à une, d'Ossau ou d'Aspe, et les pierres à lécher, les blocs de sel, les pharmacies vétérinaires, les croquettes pour les chiens s'empilent avec les carburants des générateurs, dans les filets au bout de l'élingue. Parfois, il faut même monter une charpente comme celle d'une cabane de Bious Artigue soufflée par vent d'une avalanche. Didier Hervé, le directeur de l'IPHB, tient ainsi son cahier des charges comme un marathonien son plan de course pour éviter les surcoûts rapidement inflationnistes en cas de mauvais temps. Aujourd'hui, le ciel arrange le coup, forcé par la prière éternelle du « curé d'Illurpe ».

Source : Sud-Ouest du 2 juin 2005

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