SECOURS EN MONTAGNE.
--Militant de la gratuité des secours,
le préfet hors cadre Marcel Pérès, originaire de
Cauterets, publie chez Libris un bel hommage aux sauveteurs
" Chers
sauveteurs de Chamonix, je vous remercie de m'avoir sauvé la
vie quand je suis tombée dans une crevasse " : l'écriture
et la forme trahissent une petite fille appliquée d'une dizaine
d'années. C'est sur cette lettre étalée parmi d'autres
témoignages de gratitude que s'ouvre le livre-plaidoyer que Marcel
Pérès, originaire des Hautes-Pyrénées il
est né à Lanne, entre Lourdes et Tarbes consacre au secours
en montagne, en collaboration avec le photographe Philippe Poulet.
Sous-préfet dans plusieurs arrondissements de montagne, puis,
suprême consécration pour un Pyrénéen (1),
directeur de l'Ecole nationale de ski et d'alpinisme de Chamonix (ENSA),
Marcel Pérès, aujourd'hui préfet hors cadre chargé
de mission, est l'auteur d'un rapport remis en juin 2004 au ministre
de l'intérieur préconisant un retour à la gratuité
des secours en montagne.
Illustré de photos somptueuses, l'ouvrage relate les grandes
heures du secours en montagne, forcément liées aux grandes
tragédies. Comme celle de la conquête du Cervin par Whymper,
où quatre de ses compagnons trouvèrent la mort dans la
descente. Comme le drame du Mont Blanc, en décembre 1956, dans
une première hivernale tentée par deux étudiants
par trop inexpérimentés, l'hélicoptère des
secours se désintégrant dans la tempête. Cette affaire
posera tragiquement la question des risques que l'on peut faire courir
à dix ou quinze sauveteurs, pour sauver deux hommes en péril.
Elle aura un retentissement considérable, dans la presse de l'époque.
Quelques mois plus tard, le 21 août 1958, le secours en montagne
devient " un véritable service public " et de surcroît
" l'affaire de professionnels volontaires disponibles 24 heures
sur 24 ". Il y aura encore le sauvetage des Drus, en 1966, puis
le drame des Grandes Jorasses, en février 1971, resté
dans toutes les mémoires pour l'incroyable résistance
opposée aux éléments seize jours durant par René
Desmaison, bloqué en pleine paroi.
Pour la gratuité.
Marcel Pérès, souscrivant à l'avis du président
de la Compagnie des guides de Chamonix hostile à toute "
règlementation de la montagne ", s'élève contre
l'article de la loi de démocratie de proximité (27 février
2002) autorisant les communes à réclamer aux intéressés
ou à leurs ayants droit une participation aux frais engagés
pour des opérations de secours. Le haut fonctionnaire déplore
que soit ainsi battu en brèche le principe de la gratuité
: " En permettant aux communes de facturer des frais résiduels
[...] on s'affranchit, écrit Marcel Pérès, du sacro-saint
principe de solidarité en montagne et de mutualisation des risques
". Il n'existe pas de définition juridique du domaine
skiable et l'auteur craint que les secours en stations puissent être
remis en cause.
Enfin Marcel Pérès objecte qu'on invoque à
tort la " lourde charge financière " des secours en
montagne " qui en fait représente bien moins de 1 % des
charges de fonctionnement des SDIS (2) ".
Auteur
: :Thomas Longué
Source : Sud-Ouest
du 14 mars 2005
(1)
Il est le seul à l'avoir jamais été.
(2) Service départemental d'incendie et secours