Que devient la traversée centrale ferroviaire
des Pyrénées ? « Elle n'intéresse
plus la France » (1) se lamentent
les conseillers du gouvernement d'Aragon de l'autre côté
de la frontière. Au mois de novembre, leur président Marcelino
Iglesias a interrogé le ministre des Transports Dominique Perben
sur le thème : « Où en sont les études
commandées début 2006 ? ». Réponse :
au point mort.
Dix
ans après son lancement, l'ambitieux projet de relier l'Aragon
et Midi-Pyrénées par une ligne ferroviaire de grand gabarit
et de basse altitude pour le transport de marchandises n'a pas avancé.
Pourtant les comptages confirment que le trafic de marchandises sur
les axes littoraux (Perthus, Bayonne) et même au centre (Val d'Aran)
progresse : 17 500 camions par jour en moyenne en 2005 au lieu de 12
000 dix ans plus tôt. À ce rythme, la saturation est inéluctable
dans 20 ans.(2)
Alors pourquoi
ça bloque ?
-
L'opposition locale. La Traversée centrale des Pyrénées
(TCP) est devenue la NTP (Nouvelle traversée des Pyrénées)
en changeant de vallée. Face à la pression de la population
de la vallée des Gaves refusant le tracé le plus court
et le plus logique sous le Vignemale, le projet s'est déplacé
vers les vallées d'Aure, de Louron et Lannemezan. L'association
d'opposants a changé de nom : Actival est devenu EPINE. (3)
Les élus locaux prudents ne disent pas non a priori à
la NTP (Ils refusaient
la TCP) mais ils souhaitent des études. Encore ! [Ndr
: des
études, il y en a plein
les tirroirs... ça doit rapporter à quelqu'un...]
- Le coût
: un tunnel de 50 kilomètres plus long que celui sous la
Manche, une voie nouvelle, une plateforme de fret : tout cela se chiffre
en milliards. Or la France peine à financer d'ici à 2
020 tous les TGV prévus.
-
L'absence de conviction. La région Midi-Pyrénées,
le gouvernement d'Aragon et l'UE sont peu soutenus par le ministère
de l'Équipement français (4)
qui estime les besoins sur les côtés de la chaîne
et non au centre. Pourtant Saragosse, la capitale de l'Aragon, possède
déjà la base logistique pour accueillir des nouveaux flux
de marchandises (5). Le gouvernement d'Aragon
pousse au point d'envisager de déplacer le projet de tunnel vers
l'Aquitaine. Baladé de vallées en études, de réunions
en intentions, le grand tunnel sous les Pyrénées est discrètement
enterré. Après tout, ce ne serait pas le premier serpent
de montagne dans l'histoire tumultueuse des Pyrénées.(6)
Auteur
: P. J
Source : La
Dépêche du Midi du 3 mars 2007