Pour le Comité
TCP, les enjeux du développement durable, de la préservation
de l'environnement et des patrimoines naturels sont des enjeux mondiaux
donc des enjeux pyrénéens. Reste à savoir si favoriser
la TCP sur des territoires et dans des vallées pas encore trop
atteintes par la pollution et la détérioration des paysages
c'est remplir ces trois conditions.
Le Comité
TCP propose une exposition conçue en 2005 (que nous n'avons pas
encore vu) " offrant aux citoyens une information et une réflexion
sur l'impact des transports dans l'espace régional et plus particulièrement
sur le massif pyrénéen."
Cette exposition s'articule autour de 7 espaces :
1- Vers la saturation
2- L'accélération des échanges
3- Mobilité : nuisances et dégradations
4- Route, rail mer : avantages et inconvénients
5- Les Pyrénées à l'horizon 2020
6- Eviter la congestion
7- Peut-on dissocier la croissance économique et celle des
transports ?
L'exposition sera
ouverte au public du 19 au 27 avril prochain à la salle des fêtes
(1er étage) de l'Hôtel de ville de Tarbes. Le financement
de cette présentation est assuré par la ville de Tarbes
qui fourni l'espace, le Grand Tarbes à hauteur d'environ 1000
euros et
Eurosud Transport, association financée par le
Conseil Régional Midi-Pyrénées pour mener une opération
de lobbying en faveur de la TCP
Pour apprécier
la qualité de cette présentation et son objectivité,
il faudra attendre le 19 avril. Néanmoins, il semble bien que
l'exposé part du postulat de " saturation du trafic "
déjà erroné puisqu'un rapport récent
du Ministère des transports dit que " sur la période
récente, le rythme moyen [de progression] est deux fois moins
rapide, même si la progression est forte ". Par ailleurs,
rien ne nous permet d'apprécier les incidences de
- La nouvelle
ligne à grande vitesse (GV) Figueras-Perpignan se prolongeant
vers le couloir rhodanien et le Nord de l'Europe
- Doublement de
la ligne sur la côte Atlantique par le Pays-Basque
- Le développement
du cabotage et les possibilités d'accueil de Port 2000 au Havre
pour dégager le Port de Sinès vers l'Europe du Nord
et limiter le transit camion
- Les possibilités
offertes dans quelque temps par les aménagements du port de
Fos sur Mer dont les travaux devraient démarrer avant la fin
de l'année avec la plate-forme logistique "Clesud"
alliant mer, fer et fluvial
- La stabilisation
du développement économique de l'Espagne dopé
par son entrée dans l'Union Européenne avec une sous
évaluation de la "pesetas" et l'apport des fonds
structurels
..
Beaucoup d'inconnues
et d'éléments nouveaux par rapport à une réflexion
qui commence à dater (réalisation en 2005 sur des données
antérieures).
Si cette exposition
a le mérite de poser certains problèmes, il ne semble
pas qu'elle aborde tous les problèmes et en particulier des questions
qui nous concernent directement :
- Quelle est la
part de décision des territoires ? A quoi bon vouloir proposer
au grand public des éléments de réflexion si
par ailleurs les promoteurs du projet considèrent qu'une TCP
est indispensable et dans la logique des choses ? Voir à ce
sujet certains propos tenus à Lannemezan vendredi soir au sujet
de la TCP par la vallée d'Aure: " il faut débuter
rapidement les études avant que l'opposition ne s'organise
".
- Les Français,
et plus précisément les Pyrénéens, doivent-ils
se soumettre au dictat et à l'arrogance des aragonais pour
assouvir leurs exigences de développement. Deux éléments
posent problème :
- L'Aragon
crée une plate-forme multimodale à Saragosse et
nous dit " il faut que la TCP arrive ici donc elle doit partir
d'ici "
- L'arrogance
du conquerrant qu'ils ont adopté l'an dernier dans les
Pyrénées-Atlantiques lorsque la route du Somport
s'est écroulée.
- Pourquoi venir
polluer notre région au nom du " développement
durable " pour seulement regarder passer des trains ? Imaginer
que le passage d'une ligne de chemin de fer créera des emplois
c'est avoir une vision passéiste de ce type de travail et se
transposer 50 ans en arrière. N'y a-t-il pas d'autres solutions
de développement entre le Nord et le sud des Pyrénées
que de vouloir à tout prix développer un moyen de transport
dont les apports régionaux n'ont jamais été prouvés.
Au milieu de tout
ceci, il faudra également analyser la part d'échanges
inter-régionaux et la part de transit, ce qui semble ne pas apparaître
clairement au travers des titres qui nous sont fournis. Il en est de
même pour les chiffres transmis récemment par le Ministère
des transports concernant la flotte de camions : " Le pavillon
espagnol se situe largement en tête des pavillons assurant le
transit par les Alpes, les Pyrénées ou le poste de Bâle.
Alors qu'il comptait pour moins d'un quart en 1993, il atteint désormais
37%
. " "
le pavillon portugais double presque
sa part en cinq ans
" "
dans le flux d'échange
transpyrénéen, le pavillon espagnol confirme également
son rang de premier pavillon. Six poids lourds sur dix sont espagnols
"
"Il résulte de ces évolutions une détérioration
du pavillon français
". (voir
l'étude complète)
Lorsque l'on sait
par ailleurs que le principal transporteur routier français est
la SNCF
tout se passe de commentaire !
La grande question qui n'est pas posé par cette exposition est
donc : à qui profitera cette TCP ?
Les bigourdans trouveront-ils la réponse ?
L'histoire des
Pyrénées est pleine de grands projets transpyrénéens
qui n'ont jamais abouti, que ce soit pas chemin de fer ou par route
et de réalisations abandonnées. Cette TCP aura-t-elle
sa place sur une étagère de musée ?
Auteur
: Louis Dollo
Article paru dans Lourdes-Infos
le 11 avril 2006 à l'occasion de la venue de l'exposition à
Tarbes.
Dossier
sur la TCP