L'or des Pyrénées

 

L'orpaillage, c'est à dire la recherche artisanale de l'or en rivière, connaît un certain succès dans les Pyrénées notamment en Ariège où plusieurs associations proposent des stages de recherche d‘or. Au-delà de cet aspect amateur et touristique, d'autres auront des intentions plus industrielles et financières.


Selon le site Web Orpailleur : "Ce renouveau est du à Jean-Claude Lefaucheur grâce à son livre " Chercheur d'or en France" paru en 1976, qui a relancé l’activité. Le mouvement à été poursuivi par l’association Oriège, créée en 1982, qui par l’organisation d’animations, de journées, de stages d’initiation à l’orpaillage et d’articles dans la presse spécialisée a popularisé le mouvement et c'est par centaines que les orpailleurs, amateurs chercheurs d'or, se lancent pendant l'été dans les rivières à la recherche de paillettes ou de pépites d'or. Vers la même époque (1986), l'orpaillage-loisirs devenant à la mode, et à l'instar d'autres pays, sont apparus en France les championnats d'orpaillage , organisés par la FFOR".

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La nouvelle fièvre de l'or


Une pépite d'un gramme, lundi dernier dans l'Ariège ! Pour Stéphane, l'orpailleur qui l'a sortie des flots, ce specimen est plus important que sa valeur financière. Comme les pêcheurs à la truite et les ramasseurs de cèpes, les chercheurs d'or sont des passionnés obstinés et qui ne donnent pas facilement leurs meilleurs coins. Mais le métal précieux projette son éclat particulier sur tous. La fièvre de l'or, Jean-Pierre Berlureau, au club minéralogique de l'Albigeois la ressent encore. «Après une journée, on a mal aux reins et l'enthousiasme retombe, mais le plaisir d'en trouver reste indescriptible».

Or = argent

Le plaisir de l'or, les créateurs du marketing s'en sont emparé pour gagner de l'argent. Chez Dior, l'actrice égérie Charlize Théron dévoile ses formes sous un voile d'or, et Paco Rabane a eu la vision d'un lingot d'or pour son eau de toilette «One million».

Le lingot d'or est loin du million. Pesant 1 kg pour 11,7 cm de côté (l'or, c'est du lourd), il cotait vendredi 32 540 €, contre 43 084 € en novembre 2012. 32,54 € la pépite de lundi dernier dans l'Ariège. L'or, valeur refuge ? Oui, mais à condition de ne pas vendre actuellement.

Pour Emmanuel Macron, l'or pourrait être un outil de relance. Sous l'égide de son ministère de l'Economie et des Finances, cette richesse inexploitée en France depuis la fermeture de la mine audoise de Salsigne en 2004, est de nouveau à l'ordre du jour. Six permis d'exploitation ont été accordés en deux ans, dont un dans la Creuse, d'autres en Bretagne et Pays de Loire. Au Pays basque, c'est une nouvelle société, Sudmine, qui a déposé l'an dernier une demande de permis de recherche. Alors que la consultation des communes concernées est terminée, avec interdiction d'en faire état auprès des habitants, des inquiétudes se font jour. Car l'or qui brille en microns sur les meubles précieux ou au doigt des mariés ne s'extrait pas sans conséquences sur le paysage et la nature. La ministre de l'Environnement aura-t-elle autant de poids que celui de l'Economie ?

L'or sous les ordures

Pas de doute, en tout cas, sur la présence du métal précieux dans la région. L'archéologue toulousaine Béatrice Cauuet en mentionne dans le Massif central, au Pays basque, «un peu et en de nombreux endroits», mais aussi un filon en Ariège, au-dessus d'Ax-les-Thermes, à Ignaux. Et parce que l'or est lié à l'histoire de l'humanité, c'est encore une archéologue, Argitxu Beyrie, qui explique aux habitants d'Itxassou (64) que leurs ordures avaient été entassées sur une exploitation aurifère antique. Les résidents d'aujourd'hui, des gens du voyage, se demandent si l'or de Sudmine leur apportera un nouveau bloc de sanitaires !

Auteur : Pierre Mathieu
Source : La Dépêche du Midi du 27 septembre 2015

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L'or des basques aiguise les appétits


Itxassou, province basque du Labourd, dans les Pyrénées-Atlantiques. Au camp des gens du voyage, entre les volutes nauséabondes de l'usine de recyclage des déchets verts et les martèlements de la centrale d'enrobés routiers Durruty, Raoul Steimbach est assis sur son pliant, et sur un tas d'or. L'information lui étire un sourire incrédule. «Oui, quelqu'un est venu avec un plan, il a cherché à côté de l'Intermarché !».

Pourtant, l'or des Basques, certains y croient dur comme fer. Sudmine, une nouvelle compagnie minière «de 36 copains associés», dixit son président (dont des universitaires toulousains), a déposé en novembre 2014 une demande de permis de recherche. S'il est accordé, il lui ouvrira l'exploitation du gisement aurifère dit «de Kanbo». Ce gisement, secondaire, est d'après les spécialistes, constitué de particules d'or détachées au fil des siècles d'un filon primaire. En particulier à Itxassou, au «Camp de César» (photo ci-contre), ce terrain accidenté de dômes et ravins jouxtant la zone industrielle, au-dessus des champs où broutent les vaches, des hérons entre les pattes...

Les recherches ont commencé discrètement : «Fin août, j'ai vu passer une pelle mécanique», confirme Fabien Ezcurra chez Durruty. Si discrètement que les services de l'Etat, en sollicitant l'avis consultatif aux 11 mairies situées sur les 126 km2 de la demande de permis, leur ont interdit de la rendre publique.

De l'or sous les piments ?

C'est par des Bretons, également concernés par une demande de recherches de Sudmine, que le Cade, collectif des associations de défense de l'environnement du Pays basque, a été alerté.

«Les zadistes agitent le cocotier !», s'exclame Christian Vallier, géologue orléanais président de Sudmine, et il précise, déjà assuré de ne pas avoir de concurrence : «On va rechercher l'or libre, a priori superficiel, dans des sondages de quelques mètres, on attend l'attribution du permis de recherche, peut-être pour le printemps prochain».

Zadistes ? ils n'en avaient pas le «profil», les 150 participants, calmes et interrogatifs, de la réunion d'information organisée par le Cade, vendredi soir à Ustaritz. Cette commune des hauteurs de Bayonne «a donné un avis négatif au projet», annonce le premier adjoint, assis dans la salle. N'en veulent pas non plus : les élus d'Itxassou, Cambo-les-Bains, Sare, Jatxou, Halsou et Saint-Pée -sur- Nivelle. Le maire d'Espelette a répondu oui et on ne sait pas ce qu'il en est des trois dernières, Ainhoa, Larressore et Souraïde. Tous ces noms évoquent de beaux virages dans la verdure, des maisons blanches aux volets sang de bœuf et des produits gourmands.

«La zone convoitée, en forme de cercueil dont la tête est à Cambo et les pieds à Saint-Pée, dit Georges Colomar, l'un des orateurs de la soirée, est en plein dans les appellations protégées du piment d'Espelette et de l'Ossau Iraty (ndlr : dossiers en cours pour le porc Kintoa et la cerise noire d'Itxassou), et la question environnementale est d'autant plus cruciale que la nappe phréatique est très proche de la surface du sol».

«Sudmine se présente modestement en parlant de gisement secondaire, mais on peut craindre qu'il s'agisse d'un cheval de Troie à la recherche du filon primaire, redoute Martine Bouchet, vice-présidente du Cade, et là, bonjour les dégâts, résume-t-elle en montrant les images de Salsigne, dans l'Aude, dernière mine d'or exploitée en France jusqu'en 2004. Avant ce scénario catastrophe, la recherche touchera à un patrimoine jusque là méconnu : les tranchées et les collines dessinant le paysage ont été modelées par les chercheurs, des siècles avant Jésus-Christ, qui en retiraient, d'après l'historien Strabon, «des lames d'or allant jusqu'à remplir la main». Sudmine y croit.

Auteur : Pierre Mathieu
Source : La Dépêche du Midi du 27 septembre 2015

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"Le trésor est sous nos yeux !"


Interview de Béatrice Cauuet, CNRS, archéologue, spécialiste de l'histoire minière

Y a-t-il de l'or au Pays basque ?

Oui, il y en a un peu, et en de nombreux endroits. Il s'agit d'un gisement secondaire, résultant de l'érosion d'un filon primaire, dont on trouve des particules fines dans la terre. Dans le grand sud, l'or est encore présent dans les Pyrénées, mais pas seulement, il y en a aussi dans le Massif central et au nord-est de la Dordogne.

A-t-on déjà exploité l'or basque ?

Oui, à l'époque antique, et plus du tout depuis. Posidonios cité par le géographe ancien Strabon, avait remarqué que les Tarbelles, précurseurs des Basques avant l'arrivée des Romains, «retiraient de leur sol de grandes quantités d'or». Nos recherches ont permis d'établir qu'il existait là il y a plus de 2000 ans une industrie de l'or, industrie au sens de travail collectif concerté, qui est différente de la collecte des orpailleurs.

Comment faisaient-ils ?

L'or étant dans la terre, et d'une densité très lourde, ils ont mis en place un système très rare de récupération des particules d'or en lavant la terre. Pour stocker de l'eau, ils ont creusé de grands collecteurs, avec barrages, canaux et aqueducs et en dessous des tranchées dont la terre, transformée en boue au passage de l'eau, finissait par laisser sur place l'élément le plus lourd : l'or, prisonnier de certaines plantes. Ce qui est aujourd'hui passionnant, c'est de découvrir les traces laissées dans le paysage par cette industrie : elles sont sous nos yeux et quasiment personne ne le sait !

Ce serait donc intéressant de chercher de nouveau de l'or ?

Eh bien pas du tout. Les teneurs sont très faibles et pour quelques farfelus qui vont arriver avec des pelles mécaniques et repartir avec une poignée d'or en laissant des trous partout, on va perdre le vrai trésor, qui est historique. Exploitons plutôt une route de l'or, qui racontera l'histoire de l'or antique, et même le mythe de la toison d'or : certains anciens, à la place des plantes censées recueillir le précieux métal, utilisaient des peaux de moutons...

Propos recueuillis par Pierre Mathieu
Source : La Dépêche du Midi du 27 septembre 2015

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Le paradis des orpailleurs - Bienvenue en «oriège»


L'Agenais Stéphane Magrin, 48 ans, est chercheur d'or professionnel, en Ariège. «J'ai trouvé ma plus belle pépite d'or lundi dernier dans le Salat. Ce n'est pas la plus grosse, il ne pèse qu'un gramme mais elle est magnifique de par sa forme tourmentée (photo du titre) . Je pratique l'orpaillage depuis 1987 et en tant que professionnel depuis 2012.» Originaire d'Agen, Stéphane Magrin a commencé à prospecter un petit ruisseau du Lot-et-Garonne puis la Garonne. «Comme je n'avais pas de résultats, j'ai décidé de suivre un stage de trois jours à Prat-Bonrepos, en Ariège. Là, j'ai appris les bases comme le maniement de la batée, du sluice... Puis, je suis parti dans les Cévennes où j'ai rencontré un ancien mineur qui m'a tout appris. Il m'a livré tous ses secrets.» Suite à cette rencontre, les recherches aurifères de Stéphane Magrin font un boom. «J'ai commencé à trouver des grains et des pépites d'or. Aujourd'hui, chercher de l'or est toujours pour moi une passion dévorante.» Stéphane a besoin d'un arrêté préfectoral pour l'exercer car il utilise du matériel motorisé. «Ce qui me plaît le plus, c'est de parvenir à localiser l'or plus que de le trouver.» Le chercheur d'or a déjà passé un mois dans les montagnes de Californie aux Etats-Unis et doit reconnaître que c'était moins bien qu'ici, en Ariège. «Pour trouver de l'or, ce n'est pas la peine de partir si loin», avoue-t-il.

Aujourd'hui, Stéphane organise des stages d'initiation à la recherche d'or en août et septembre. «Je communique sans problème mon savoir mais je ne donne pas les endroits où je trouve de l'or.» Pour son compte, il cherche de l'or dans les rivières 18 jours par an en moyenne, ça correspond à mes jours de congé.» Le reste du temps, Stéphane Magrin a un vrai métier. Il est maçon.

(contact : chercheurdor09@sfr.fr. Tel.06.34.69.77.21)

L'Ariègeois David Bruno, 42 ans, cherche de l'or depuis plus de 20 ans, «un peu partout sur terre. J'ai commencé en France puis j'ai participé à plusieurs championnats du monde de chercheurs d'or qui m'ont mené en Autriche, Espagne, Afrique du sud, Canada, Italie du Nord...» Avec le temps, David Bruno s'est rendu compte qu'il était «plus fréquent que ce que l'on pense de trouver de l'or... en petites quantités.»

Tout a commencé pour lui, au lycée Fonlabour d'Albi où il étudiait. «L'année où est sorti le film Germinal, j'ai dû faire un exposé sur les ressources minéralogiques de l'Ariège et j'ai découvert son potentiel aurifère. J'ai voulu tout simplement en trouver !» David Bruno s'est alors procuré le matériel de base et est parti prospecter l'Arget, «c'est la rivière qui coule juste en dessous de chez moi.» Bonne pioche lors de cette première tentative, il ramène «une petite particule d'or.» Vingt ans plus tard, il continue à chercher. «J'ai toujours la fièvre de l'or, comme on dit». Plutôt que les grandes rivières comme le Salat, il préfère «fouiller» des ruisseaux plus confidentiels de l'Ariège«car on y fait des trouvailles moins nombreuses mais plus jolies.» Même s'il a souvent rêvé d'or, David Bruno n'a jamais perdu a tête. Au contraire, il garde les pieds sur terre. Normal pour ce jardinier de métier !

Basé à Lavelanet, Jimmy Benard, 37 ans, est en train de monter le projet «Orpaillage Aventure». Il souhaite proposer des stages à la journée ou demi-journée aux enfants et aux adultes pour fouiller les cours d'eaux du département à la recherche d'or. «L'orpaillage a toujours fait partie du patrimoine ariégeois. Vu les quantités qu'on trouve, ça reste un loisir et ça continue de faire rêver.» Il veut créer une activité mobile, «on se déplace sur l'Ariège, le Salat... j'enseigne le maniement du pan américain, l'utilisation des lampes de lavage...»

Auteur : Pierre Mathieu
Source : La Dépêche du Midi du 27 septembre 2015

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