258 ours dans les Pyrénées : c’est un objectif affiché par le Muséum d’Histoire Naturelle

Ours dans les Pyrénées

Ours dans les Pyrénées

Six ours à minima, c’est ce que tout le monde aura retenu de la presse la semaine dernière. La réalité est bien différente puisque l’objectif affiché page 17 du rapport du Muséum d’Histoire Naturelle « Expertise collective scientifique, l’ours brun dans les Pyrénées » est de 258 ours dans les Pyrénées. Et encore cela ne suffirait pas, puisque ce chiffre « mènerait à une catégorisation ‘en danger’ mais proche du seuil ‘vulnérable’ de la population pyrénéenne. »

Une spoliation des territoires prévue de longue date

Derrière cette énormité, la réalité va bien au delà de l’ours en lui même. Il s’agit en fait de tendre vers une mainmise totale sur le massif par une forme d’administration écologiste dont l’aboutissement est à la fois la privatisation et la financiarisation des espaces protégés. L’animal n’est ici qu’un prétexte au profit d’une idéologie et non au profit de l’environnement. Certains éléments se trouvent clairement écrit dès septembre 1997 par l’un des « experts » rédacteurs du rapport du Muséum, Luigi Boitani, dans Livestock subsidy systems in Europe and reform proposals to benefit large carnivore conservation (Systèmes européens de subventions à l’élevage, et propositions de réformes favorables à la conservation des grands carnivores). D’autres apparaissent à travers des conventions telles que celles passées entre les Parc Nationaux et la LPO ou encore le projet de mise sur le marché mondial du captage du CO2 par les parcours pastoraux.

Dans le rapport de Boitani, loin de limiter l’impact des grands carnivores à quelques secteurs des massifs concernés, il est clairement indiqué, page 103 : « C’est la totalité du paysage qui doit être incluse dans les plans de gestion. » Et l’élevage n’est pas le seul visé, les activités touristiques sont directement menacées, page 97, car « elles peuvent conduire à des effets négatifs sur les populations de grands carnivores. » 

Tourisme, randonnée : Ensauvagement ou diversité des paysages ?

Sous l’apparence du « nounours », la volonté d’ensauvagement du massif est claire, comme est évidente celle de déposséder les habitants et tous ceux qui profitent de ses beautés, de les marginaliser. Les territoires de montagne des Pyrénées ont toujours été humanisés. Ce sont leurs habitants qui ont su préserver leurs richesses biologiques, tout en y développant une économie riche et variée : pastoralisme et tourisme, exploitation forestière, industries en de nombreuses vallées même si la crise, là comme ailleurs, fait des ravages.  L’homme pyrénéen a toujours su s’adapter aux époques et contextes différents, jamais faciles, toujours avec les mêmes passions et amour du pays.

Aux antipodes de l’ensauvagement, et si nous regardons les projets en cours ou à venir, c’est cette dynamique que les Pyrénéens entendent continuer en l’adaptant aux besoins et nouvelles techniques du XXI° s. Et comme ils l’ont toujours fait, en partageant avec tous ceux qui viennent profiter, en touristes, de leurs montagnes ou choisissent de s’y installer et devenir Pyrénéens.

Face à cette dynamique, y compris pastorale, il est difficile d’imaginer que l’avenir se trouve dans 258 ours et plus, ni dans un paysage en totalité placé sous contrôle parce que les besoins de ces ours priment sur ceux des humains.

La raison l’emportera-t-elle ?

Louis Dollo

Ce contenu a été publié dans environnement, Faune, Ours. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire